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29 juin 2026

L’espoir des peuples ne s’éteint jamais : la lutte pour la terre, la paix et la souveraineté continue.

Bagnolet, lundi 29 juin 2026 | Au nom de La Vía Campesina, nous exprimons notre profonde solidarité avec le peuple colombien, ainsi qu’avec les organisations paysannes, autochtones, afro-colombiennes, de travailleurs et travailleuses, de femmes, de jeunes et avec l’ensemble des secteurs populaires qui, depuis des années, mènent une lutte intense pour la justice sociale, la paix et la construction d’une Colombie plus démocratique et souveraine.

Nous saluons les progrès importants réalisés sous le Gouvernement du Changement, fruit non seulement d’une volonté gouvernementale, mais aussi de décennies de mobilisation et de résistance des peuples. Nous apprécions tout particulièrement la reconnaissance des paysan·ne·s en tant que sujet bénéficiant d’une protection constitutionnelle spéciale, les avancées dans la mise en œuvre de la réforme agraire, le rétablissement du rôle stratégique de la production alimentaire, les politiques en faveur des femmes rurales et les efforts visant à progresser vers une paix fondée sur la justice sociale. Ces réalisations constituent des avancées historiques pour celles et ceux qui, pendant des générations, ont été exclu·e·s et condamné·e·s à l’abandon par l’État. Ce sont des victoires construites à la base, dans les territoires, et elles constituent un patrimoine politique et social qui appartient au peuple colombien.

En tant que mouvement international, La Vía Campesina a constamment soutenu les efforts en faveur de la mise en œuvre intégrale de l’Accord de paix, en particulier du point 1 relatif à la Réforme agraire intégrale, convaincue qu’il ne pourra y avoir de paix stable et durable tant que persisteront les profondes inégalités dans les campagnes. Fidèle à son engagement en faveur de la souveraineté alimentaire, de la réforme agraire populaire et des droits des paysan·ne·s, elle a soutenu les initiatives visant à démocratiser l’accès à la terre, à renforcer les économies paysannes, à garantir la participation des communautés rurales et à transformer les conditions structurelles à l’origine du conflit. La mise en œuvre de ce point ne constitue pas seulement un engagement signé entre les parties ; elle représente une dette historique envers des millions de paysan·ne·s et une occasion d’avancer vers une Colombie plus juste, plus démocratique et en paix.

Dans le même temps, nous observons avec inquiétude les manifestations croissantes d’ingérence étrangère dans les affaires intérieures de la Colombie. Nous rejetons toute intervention, directe ou indirecte, de la part du gouvernement des États-Unis visant à restreindre la souveraineté du peuple colombien ou à s’immiscer dans les décisions démocratiques de la nation. Les peuples ont le droit inaliénable de définir leur propre destin, sans pressions ni tutelle de la part de puissances étrangères.

Nous sommes également profondément préoccupé·e·s par les discours de haine, les appels à la confrontation et les discours bellicistes véhiculés par le président élu. L’Amérique latine connaît trop bien les conséquences de l’autoritarisme, de la persécution politique et de la violence à l’encontre de celles et ceux qui luttent pour la terre, les droits humains et la justice sociale. L’histoire nous enseigne que les voies de la haine ne mènent qu’à de nouvelles fractures et à de nouvelles souffrances pour les peuples.

Nous exprimons également notre inquiétude face aux propositions visant à renforcer un modèle extractiviste fondé sur l’exploitation aveugle des biens communs de la nature. La promotion du fracking (fracturation hydraulique) comme alternative énergétique représente une grave menace pour les ressources en eau, les écosystèmes, la production alimentaire et la vie des communautés rurales. Les intérêts économiques ne peuvent prévaloir sur le droit des peuples à vivre dans un environnement sain, ni sur la responsabilité collective de faire face à la crise climatique. La défense de la terre, de l’eau et des territoires constitue une condition essentielle pour garantir la souveraineté alimentaire et l’avenir des générations futures.

Face à ce nouveau contexte, nous appelons les organisations populaires et démocratiques de la Colombie à préserver l’unité dans la diversité, à renforcer la mobilisation sociale et à continuer de faire naître l’espoir depuis les territoires. Aucune élection ne peut effacer les acquis obtenus grâce à la lutte organisée ni freiner les aspirations de millions de paysan·ne·s qui réclament la terre, un travail décent, la souveraineté alimentaire et une vie digne, dans le respect de leurs droits.

La réforme agraire intégrale reste une nécessité historique et une condition indispensable à la paix. C’est pourquoi nous réaffirmons l’importance de poursuivre les processus de redistribution des terres, de renforcer l’économie paysanne, de protéger les semences autochtones, de reconnaître les droits des paysan·ne·s et de mettre en œuvre des politiques publiques garantissant le maintien dans la dignité des communautés rurales sur leurs territoires.

Depuis La Vía Campesina, nous réaffirmons que l’espoir des peuples ne dépend pas uniquement des gouvernements ; il se nourrit de l’organisation, de la solidarité et de la résistance collective. Le peuple colombien n’est pas seul. Les mouvements paysans du monde entier accompagnent ses luttes et continueront à défendre une société fondée sur la paix, la souveraineté des peuples, la justice sociale et la dignité.

Nous continuerons à semer l’espoir, car tant qu’il y aura des peuples organisés, il y aura un avenir !

|La Vía Campesina |

source : https://viacampesina.org/fr/declaration-de-solidarite-de-la-via-campesina-avec-le-peuple-colombien/

Tag(s) : #Colombie, #LaViaCampesina

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