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20 avril, par Ary Yée-Chong-Tchi-Kan

L’événement majeur des Municipales 2026 est la disparition du PCR de la direction des communes de La Réunion. C’est la fin d’un cycle de 55 ans, entamé en 1971, en plein affrontement contre les fraudeurs.

Le dernier maire de la série avait organisé cette fin avant le dépôt de liste, se faisant remplacer par un candidat plus controversé que consensuel, et qui n’appartient pas au PCR. Directeur de la campagne électorale, il est le mieux placé pour expliquer le résultat. Cependant, quelles que soient les raisons objectives d’un scrutin territorial, l’ampleur du phénomène ne peut pas s’apprécier de manière conjoncturelle.

En effet, il appartient au PCR d’expliquer son absence dans la direction de toutes les Communes, sauf à Saint Denis où siègent le jeune doctorant en Histoire, Thomas Robert et, Julie Pontalba, Professeur des Mathématiques. Cette dernière laisse sa fonction de 4e adjointe au maire de Saint-Denis qu’elle occupait dans la précédente mandature pour la 7e vice-présidence à la Cinor. Cet acquis est essentiel, face à des manœuvres qui ont tenté de briser la section communiste dionysienne.
Le déclin du PCR

Au-delà de ces péripéties, il faudra noter les remarques de Paul Vergès, en 1983, lorsque le PCR a conquis 7 communes : « à partir d’aujourd’hui, commence le déclin du parti », a-t-il prévenu. Sous-entendu, si la priorité est accordée à la gestion des institutions, nous serons coupés des préoccupations des masses populaires. L’alerte a eu lieu, aux élections de 1995, lorsque 23 majorités municipales ont été reconduites dont 20 dès le premier tour. Le fait que seul le PCR a engrangé une commune supplémentaire a dû donner l’illusion de puissance. Le PCR était uni dans le contexte de la lutte pour l’égalité sociale. C’était un mot d’ordre très populaire.

Le problème surgit quand des militants d’un parti, créé pour renverser la société coloniale, deviennent eux-mêmes des magistrats de ce système tandis que d’autres intègrent la classe privilégiée. Le PCR apparaît alors aux yeux de la population comme un « parti au pouvoir » égal aux autres. L’évolution vers un système néocolonial a trouvé une méthode pour affaiblir le PCR, en l’assimilant à la gestion d’un système à bout de souffle. Cela fut plus efficace que la violente répression, l’emprisonnement de militants ou la fraude électorale.

Paradoxalement, l’effacement du PCR a lieu au moment où les thèses étudiées par les Congressistes, lors de sa fondation, en 1959, arrivent à maturité et sont de plus en plus convergentes et partagées. Il y a la reconnaissance du peuple réunionnais qui s’affirme au fur et à mesure des luttes quotidiennes pour ses droits fondamentaux. Il y a l’apport réunionnais aux réflexions de Marx et aux pratiques du développement durable. Il y a la responsabilité devant le peuple réunionnais et la solidarité envers les peuples du monde. Il y a surtout la continuité des luttes engagées depuis le début du peuplement pour exister, survivre et préparer un avenir. La valorisation du génie collectif réunionnais sera notre apport aux débats ouverts sur la civilisation mondiale par le Parti communiste Chinois, en 2023.
Vivre avec son temps

Le monde a changé. La Réunion a changé. Des contradictions ont surgi. De nouveaux défis sont apparus. La perspective est claire : éradication de la pauvreté en 2030 ; trajectoire zéro carbone en 2050, avec un pic en 2035. Passé ce délai très contraignant, il sera impossible de maintenir l’augmentation moyenne de la température sous la barre de 2 degrés supplémentaires par rapport au milieu du 19e siècle, c’est-à-dire avant que le capitalisme commence à polluer abondamment l’atmosphère. La prise de conscience que notre survie en dépend aurait dû nous conduire à planifier la fin des énergies fossiles à La Réunion, en 2025, comme cela était prévu entre 1998 et 2010 : carburant, gaz, charbon. L’argent public doit financer la transition énergétique au lieu de soutenir la consommation sans limite. Le 4 septembre 1996, Paul Vergès avait prévenu : « l’avenir avance en silence ». Le 4 novembre 2016, le Traité sur le Climat est entré en vigueur. Le 12 novembre 2016, il nous quitte. A-t-il considéré l’essentiel de sa mission accomplie ? Il nous laisse « un héritage politique lourd et complexe », titre d’une brochure que j’ai coanimé avec Pascale David, à partir de 6 articles du journaliste Franck Cellier.

Considérons son combat comme patrimoine du bien commun réunionnais et mondial. Associons tous les Réunionnais à la résolution des problèmes de la vie quotidienne et à la recherche de solutions globales de sortie de la crise structurelle. Intégrons les bouleversements technologiques du monde, avec notamment l’Intelligence Artificielle, la technologie bas-carbone et l’économie de moyenne altitude. Acceptons les réalités d’un monde multipolaire, en renouant avec la diplomatie du bon voisinage. Formons le vœu que les Réunionnais, débarrassés des contingences municipales, vestiges de la société esclavagiste, organisent, du 4 septembre au 12 novembre 2026, des dizaines d’initiatives populaires pour rappeler la priorité : toutes les batailles peuvent être légitimes, mais si la lutte contre le réchauffement climatique est perdue, les autres sont secondaires ou inutiles. J’espère que les communistes seront en pôle position pour surmonter 2 annulations consécutives de la Marche pour le Climat.
Le salut par l’action

Ainsi, le désastre municipal du PCR apparaîtra comme un moment salutaire pour préparer un avenir « en co-responsabilité, c’est-à-dire par le dépassement de soi et l’union sur l’essentiel » (in Réconciliation et Fraternité). Le week-end du 16 et 17 mai prochain pourrait être consacré à la suite des activités liées au centenaire de Paul Vergès, à la planification des initiatives de septembre à novembre, à une intervention de Bruno Guigue qui fera un résumé de son livre « Communisme »(2023) suivi d’un exposé que je ferai sur le « communisme réunionnais ».


Ary Yee Chong Tchi Kan, auteur de « Réconciliation et Fraternité »(2009), « contribution à la cause réunionnaise »(2016), chroniqueurdu journal« Temoignages », membre de la section communiste de St-Denis

source : https://www.temoignages.re/chroniques/di-sak-na-pou-di/pcr-l-instant-salutaire-de-la-defaite-electorale

Tag(s) : #PCR

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