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Déclaration de La Via Campesina sur la guerre contre l’Iran et la politique impérialiste mondiale
8 mars 2026
Bagnolet, 6 mars 2026 | La Via Campesina déclare : Non à la guerre. Non à l’impérialisme. Non à l’occupation.

La Via Campesina, mouvement international regroupant plus de 180 organisations dans 81 pays et représentant plus de 200 millions de paysan·nes, agriculteur·rices, travailleur·euses agricoles, peuples autochtones et communautés rurales à travers le monde, a été créé pour faire entendre sa voix et refuser le silence lorsque les canons de la guerre se mettent à parler. Il existe parce que des terres sont confisquées, parce que des peuples sont affamés par des décisions prises loin de nos champs et de nos tables, et parce que celleux qui nourrissent le monde se voient systématiquement refuser le droit de se nourrir eux·elles-mêmes.

Depuis sa fondation en 1993, notre mouvement porte une bannière sans compromis : la souveraineté alimentaire est un droit des peuples, et non une concession des marchés ni une faveur accordée par des États puissants. Une paix juste est une condition non négociable pour tout projet véritable de libération.

Aujourd’hui, alors que nous assistons à une escalade militaire effrontée visant l’Iran et son peuple, notre mouvement se lève pour dire, d’une voix qui ne tolère aucune ambiguïté : nous rejetons cette guerre, nous rejetons la logique impérialiste qui l’a produite, et nous refusons que les paysan·ne·s du monde, avec leurs moyens de subsistance, leurs terres et la vie de leurs enfants, paient le prix des ambitions hégémoniques des États-Unis et et de l’occupation israélienne.

Lorsque les États-Unis et Israël ont lancé des attaques contre l’Iran le 28 février, les frappes ont tué des centaines de civils, dont plus de 100 élèves dont l’école a été bombardée pendant l’assaut, tout en détruisant des infrastructures sociales vitales. Cet événement tragique souligne le coût humain dévastateur de la guerre, où les civil•es innocent·es, en particulier les enfants, souffrent le plus.

L’impérialisme ne change pas de visage. Il change seulement de prétexte

Ce qui se passe aujourd’hui n’est ni un événement isolé ni une surprise pour celleux qui ont suivi la trajectoire des politiques impérialistes au cours des dernières décennies. C’est l’extension naturelle d’un schéma profondément enraciné : imposer la domination par la force, démanteler la souveraineté des peuples et écraser toute expérience qui ose tracer un chemin indépendant en dehors des structures du capitalisme mondial et de son ordre coercitif.

Lorsque l’impérialisme mondial a décidé d’étrangler le Venezuela, il ne s’est pas limité aux sanctions économiques brutales qui ont transformé un pays capable de se nourrir en une nation luttant pour accéder aux médicaments et au pain. Il a organisé des coups d’État, soutenu des mercenaires et financé des mouvements d’opposition fabriqués, le tout pour ramener ce pays à l’obéissance.

Lorsqu’il a décidé d’isoler Cuba, il a imposé un blocus durant six décennies, dont la véritable cible était la capacité d’un peuple entier à atteindre la souveraineté alimentaire et à vivre dignement sur ses propres terres.

Lorsqu’il a cherché à subjuguer le Nicaragua, la Bolivie et d’autres pays, il a utilisé les mêmes instruments : sanctions, sièges, ingérences militaires directes et indirectes, et une machine de propagande conçue pour tromper.

Le fil conducteur de toutes ces expériences est sans équivoque : les paysan·nes, femmes et hommes, sont toujours les premiers à saigner et les derniers à être entendu·es. Lorsque le prix du carburant explose sous le poids des sanctions, les paysan·nes ne peuvent plus labourer la terre. Lorsque les chaînes d’approvisionnement s’effondrent, les semences et les intrants disparaissent des marchés ou deviennent des produits de luxe hors de portée. Lorsque les blocus étouffent les ports et les routes commerciales, les petit·es producteur·rices se retrouvent coupé·es des marchés et des réseaux d’échange qu’iels ont bâtis de leurs propres mains pendant des générations. C’est ainsi que l’impérialisme opère : il ne cible pas seulement les armées. Il transforme la souveraineté alimentaire des peuples, leur droit à la terre, à la production, à l’autodétermination sur ce qu’iels cultivent et ce qu’iels mangent, en un autre front dans ses guerres sans fin de subjugation et d’humiliation.

En Iran, la même formule est appliquée avec une férocité encore plus grande et avec encore moins de prétexte. Des décennies de sanctions économiques étouffantes ont privé le peuple iranien des besoins les plus élémentaires pour vivre dignement. Aujourd’hui, l’escalade militaire vient couronner une longue campagne d’agression douce et dure. Et derrière la fumée des récits médiatiques sur les fichiers nucléaires et les menaces sécuritaires, la vérité fondamentale que l’impérialisme voudrait que le monde ignore reste obstinément visible : ce peuple a payé et continue de payer un prix énorme pour son insistance à conserver une part d’indépendance vis-à-vis de l’hégémonie américaine et de l’agenda de normalisation imposé au service de l’occupation.

L’État israélien occupant se tient au premier plan de ce projet de guerre, à la fois partenaire et instigateur, son bras meurtrier ne cessant jamais de frapper à Gaza, au Liban, en Syrie et sur l’ensemble de la région, tout en exigeant que le monde qualifie cela d’autodéfense.

La Via Campesina n’a jamais accepté ce récit et ne l’acceptera pas aujourd’hui. De Gaza, systématiquement assiégée et affamée en violation flagrante de toutes les normes du droit humanitaire international, à l’Iran, ciblé pour être détruit par le fer et le feu, se déploient les fils d’un projet impérialiste intégré unique à l’échelle de la région, un projet dont le but est la subjugation de ses peuples, le pillage de ses ressources et l’élimination de son droit à construire des systèmes alimentaires souverains et à déterminer son propre avenir.

L’appel des milliards : Levez-vous. Organisez-vous. Résistez.

Confrontée à cette réalité, La Via Campesina ne voit pas d’autre voie que celle de l’intensification de sa voix, de son organisation et de sa solidarité.

Nous exigeons un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel.
Nous exigeons la fin des sanctions économiques injustes imposées au peuple iranien.
Nous exigeons l’ouverture de véritables canaux diplomatiques fondés sur le respect mutuel, la souveraineté des États et le droit des peuples à l’autodétermination, à l’abri du chantage et de la coercition.
Nous appelons la communauté internationale et les instances des Nations Unies à assumer pleinement leurs responsabilités et à résister aux diktats des États puissants, qui vident de leur légitimité ces institutions chaque fois qu’ils cherchent à avancer leur agressivité sans rendre de comptes.
La Via Campesina appelle toutes ses organisations membres et tous les mouvements de solidarité sociale à travers le monde à organiser des actions de protestation et de solidarité, à exercer une véritable pression sur les gouvernements pour placer la souveraineté alimentaire des peuples et la protection des civils au-dessus de toute autre considération, et à renforcer les réseaux locaux de production et d’échange qui construisent la résilience de nos communautés face aux conséquences des guerres, des sanctions et des instruments de contrôle impérialiste.
Nous appelons tou•tes à documenter chaque dommage infligé à nos communautés paysannes et à porter ces témoignages dans tous les forums internationaux disponibles, en tant que témoins vivants des crimes de l’impérialisme contre les peuples de la Terre.
Nous, les paysan·nes du monde, produisons la nourriture qui soutient l’humanité et cultivons la terre sur laquelle l’histoire se tourne. Chaque fois que l’impérialisme a déclenché une guerre, nous avons été celleux qui ont récolté la destruction et reconstruit ce qui était brisé avec des mains calleuses et abîmées. Mais nous n’avons jamais été des victimes passives. Nous sommes et restons une force organisée et déterminée, qui sait que l’avenir appartient à celleux qui le plantent dans la liberté et la dignité souveraine, et non à ceux qui l’embrasent avec des agressions qu’iels sont initiées et qu’iels ne peuvent éteindre.

Pas de souveraineté alimentaire sans paix. Pas de paix sans justice. Pas de justice sous occupation et domination.

La terre à celleux qui la travaillent. Paix aux peuples. Autodétermination pour l’Iran et pour tous les peuples qui résistent à l’impérialisme et à ses allié·es.

source : https://viacampesina.org/fr/declaration-de-la-via-campesina-sur-la-guerre-contre-liran-et-la-politique-de-limperialisme-global/

Tag(s) : #LaViaCampesina, #Iran

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