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En novembre 2024, la direction de Michelin annonçait la fermeture de deux sites en France et plus de 1 200 licenciements. Cette décision avait suscité l’indignation et la colère partout dans le pays. Même le premier ministre d’alors, Michel Barnier, s’était ému de cette situation et avait pris l’engagement devant la représentation nationale de contrôler ce que le groupe avait fait de l’argent public perçu.
Considérant que Michelin n’était pas un cas isolé, et que l’utilisation des aides publiques revenait régulièrement au cœur du débat public, j’ai décidé, avec le groupe CRCE-K au Sénat, d’y consacrer une commission d’enquête dont j’ai été nommé rapporteur.
Pendant 6 mois, nous avons mené 58 auditions, et interrogé 33 PDG des plus grands groupes français. Lors de l’audition du PDG de Michelin, j’ai relevé que le groupe avait perçu, en 2017, 4,3 millions d’euros au titre du CICE pour l’achat de 8 machines-outils destinées au site de la Roche-sur-Yon. Or, à partir de 2018, six de ces machines ont été envoyées sur des sites roumains, polonais ou espagnols, alors que l’usine vendéenne était fermée par le groupe en 2020. Florent Menegeaux avait alors concédé qu’il ne « serait pas anormal » que son groupe rembourse ces fonds publics qui n’avaient pas été utilisés sur le sol français.
Cet engagement de Michelin, formulé sous serment, s’inscrit dans une dimension éthique : en effet, aucune règle juridique ne peut l’y contraindre, puisqu’il a été établi lors de nos travaux que le CICE souffrait d’un mal originel tenant à l’absence de conditionnalité ou de contrepartie.
Cette décision m’est apparue salutaire, puisqu’elle constitue un précédent notable vers une meilleure utilisation des aides publiques pour l’ensemble des grandes entreprises. C’est pourquoi j’ai tenu à ce qu’une recommandation du rapport de la commission d’enquête y soit consacrée, et j’ai interpellé, via une tribune publique publiée en septembre, le groupe.
Michelin a immédiatement répondu en assurant avoir fait les démarches nécessaires auprès de Bercy, et j’ai obtenu l’engagement du ministre de l’Économie qu’il irait au bout du processus de remboursement.
Et c’est heureux, car dans un contexte de débat budgétaire où le gouvernement a présenté une copie austéritaire et exige des milliards d’économie, sous prétexte d’une dette artificielle creusée à coups d’exonérations de cotisations, d’allégement, voire de crédit d’impôt et de refus de taxer les ultra-riches, personne ne comprendrait que l’État ne s’attèle à pas recouvrir ces 4,3 millions d’euros. Le Parti a d’ailleurs lancé une pétition demandant au ministre de l’Économie et des Finances de recouvrir cette somme. Je vais inviter à signer en ligne.
Plus largement, puisque le rapport a été adopté à l’unanimité, nous attendons que le gouvernement suive nos recommandations afin que les 211 milliards d’aides publiques, le premier chef de dépense de l’État, soient mieux utilisées et conditionnés à des contreparties.
Dans la jungle qu’est devenue le cadre des aides publiques, plus personne ne s’y retrouve, que ce soit l’administration, le Parlement ou les entreprises.
Un choc de transparence est absolument nécessaire, car il est inadmissible que cet argent public soit un chèque en blanc donné au patronat, qui procède dans le même temps à des licenciements, des rachats d’actions et des distributions de dividendes.
Notre travail a été nié par le capital, qui a tenté par tous moyens, sombrant même dans le populisme, de le discréditer, de le ridiculiser. Mais que les libéraux le veuillent ou non, le chiffre de 211 milliards s’est imposé dans le débat public et dans les luttes sociales.
C’est un point d’appui pour nous, communistes et pour tous les progressistes, pour répondre à la soif de justice sociale et fiscale qui s’exprime partout dans le pays.
Fabien Gay
Article publié dans CommunisteS, numéro 1065 du 3 décembre 2025.
source : https://www.pcf.fr/michelin_remboursez
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