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« Mon engagement est de lutter contre l’inégalité sociale » : Gloria Inés Ramírez

par Paco Col | 28 août 2025 | Actualités, Opinion | 0 commentaire

Gloria Inés Ramírez. Photo : Fabián Sora

La précandidate présidentielle du Parti communiste colombien s’est exprimée sur sa candidature pour la consultation d’octobre, les défis du Pacte Historique, son bilan comme ministre du Travail et ses engagements envers le peuple travailleur pour accéder à la direction de l’État.

Par : Anna Margoliner – Óscar Sotelo Ortiz

De maîtresse à leader

Parler de Gloria Inés Ramírez est facile si l’on s’en tient aux postes qu’elle a occupés : ministre du Travail, sénatrice de la République, présidente de la Fédération colombienne des travailleurs de l’éducation (Fecode). Mais derrière les titres se trouve une femme qui a appris, dès l’enfance, au milieu des champs, que la liberté et la nature pouvaient enseigner autant que n’importe quelle salle de classe.

C’est là, parmi les odeurs de terre humide et les horizons ouverts, qu’a commencé à se forger le regard analytique qui, plus tard, trouverait dans les mathématiques et la physique une façon de comprendre le monde.

Gloria se souvient avec tendresse de son époque d’enseignante. Écouter les enfants n’était pas seulement une partie du cours, mais une leçon de vie. Un jour, en expliquant le concept du « dedans et dehors », un petit lui montra une boule de pâte à modeler et lui dit : « Dehors, c’est la boule, dedans, il y a la petite fourmi atomique. » Ce moment l’a profondément marquée : elle comprit qu’enseigner ne consistait pas à imposer des vérités, mais à apprendre à regarder à travers les yeux des autres. Cette sensibilité l’amena à comprendre que l’éducation devait aussi rimer avec justice, ce qui orienta sa vie vers le syndicalisme.

Au sein de Fecode — un syndicat où 70 % des membres étaient des femmes, mais dont la direction était presque toujours masculine — Gloria a ouvert la voie à la participation féminine. Elle fut la première présidente de la fédération et, depuis ce poste, a lutté non seulement pour les droits des enseignants, mais aussi pour la reconnaissance des enseignantes comme leaders légitimes et influentes.

Être femme dans la lutte politique

Sa vie a toujours été traversée par une conscience féministe. Très jeune, elle participa au Congrès latino-américain des femmes, ce qui lui permit de comprendre que la véritable égalité ne se conquiert pas seulement par des lois, mais aussi en transformant les relations sociales.

Elle n’a jamais nié combien il est difficile pour une femme de se faire une place dans des structures patriarcales, ni la charge supplémentaire des soins que la société impose. Mais elle a trouvé en son compagnon de vie un allié avec qui elle a partagé l’éducation des enfants, les décisions et une manière aimante de résister ensemble à l’inégalité.

Au Sénat, elle a défendu des causes marquantes : elle fut l’une des promotrices de la Loi 1257 sur le droit des femmes à une vie sans violences, puis de la Loi “Rosa Elvira Cely”, qui a typifié le féminicide. Elle s’est battue pour la reconnaissance de la valeur économique du travail de soin, démontrant que l’apport invisible de millions de femmes au PIB était supérieur à celui de l’industrie pétrolière ou du café. Sa ligne a toujours été claire : sans justice pour les femmes, il n’y a pas de démocratie possible.

La ministre inattendue

Elle n’avait jamais imaginé devenir ministre du Travail, mais elle a accepté ce défi avec la conviction que, de ce poste, elle pouvait restituer des droits à celles et ceux qui avaient toujours été oubliés. La réforme du travail, la réforme des retraites et la concertation sur le salaire minimum ont été, selon ses mots, une façon d’honorer les compagnons et compagnes tombés dans la lutte syndicale.

Loin des projecteurs, Gloria est une femme simple. Elle aime les plantes, adore danser et se laisse émouvoir par des chansons porteuses d’espoir. Sa préférée est “La canción de las simples cosas”, parce qu’elle lui rappelle que ce qui est le plus profond dans la vie ne réside pas dans le grandiose, mais dans les gestes du quotidien. Sa vie est marquée par la joie et par une phrase qu’elle répète avec conviction : « À personne, on ne peut enlever les danses qu’il a déjà dansées. »

Aujourd’hui, en tant que précandidate présidentielle, elle parle de faire fleurir : fleurir comme pays, fleurir comme femmes, fleurir comme société qui comprend que le changement n’est pas un luxe, mais une nécessité. Elle insiste sur le fait que nous ne pouvons pas relâcher nos efforts, que nous commençons seulement à voir les fruits d’un semis collectif de résistances et d’espoirs.


Pacte Historique et primaires 2025

Pourquoi avoir finalement décidé de vous lancer comme précandidate présidentielle ?
Aujourd’hui, le Pacte Historique est la première force politique du pays, et nous avons décidé de le renforcer et de le consolider afin que, en 2026, nous puissions conduire la seconde vague du changement en Colombie.

Nous mettons à disposition de toutes et tous notre expérience, notre cohérence et notre engagement. Nous venons contribuer au débat démocratique avec pour objectif de renforcer l’unité.

Quel est le principal défi du Pacte en vue de 2026 ?
Poursuivre le processus de changement. Nous avons compris qu’il ne suffit pas d’être au gouvernement. Il faut obtenir des majorités législatives pour avancer sur les réformes structurelles nécessaires. C’est pourquoi le grand défi est de rester une force capable de garantir que la conduite de notre gouvernement reste entre les mains de la gauche et des secteurs progressistes.


Gouvernement du changement

Quelle importance le dialogue social a-t-il eu dans votre expérience gouvernementale ?
Pour progresser et renforcer les processus démocratiques, il faut parler avec l’autre. Construire dans la différence.

Dans les réformes sociales, nous avons montré des principes et un horizon vers lesquels nous devions aller. Nous avons progressé en écoutant la voix de ceux qui n’avaient jamais été entendus : les femmes, les paysans, les travailleurs informels, les jeunes, les peuples autochtones, les communautés noires, bref, tous ceux qui avaient quelque chose à dire.

Mais cet exercice de dialogue social a également été mené avec les secteurs raisonnables de l’opposition, avec le patronat, avec des organisations internationales. Nous avons recueilli toutes les voix, et c’est pourquoi nous avons pu construire des réformes qui répondent aux besoins des majorités.

Vous avez été ministre du Travail pendant presque trois ans sous le gouvernement Petro. Comment décririez-vous cette expérience ?
Ce fut une opportunité très importante, non seulement pour connaître la structure de l’État, mais aussi pour comprendre la force des politiques publiques. L’enseignement que nous en avons tiré est que ces politiques se construisent avec les gens, et nous l’avons fait en garantissant l’inclusion.

Quelle recommandation politique adresseriez-vous au président Petro pour la fin de son mandat ?
Nous devons saluer le président Gustavo Petro, reconnaître sa valeur, son courage et son éthique. Il a marché aux côtés de la classe ouvrière, s’est identifié aux intérêts des majorités et a gouverné depuis une perspective différente, en donnant la priorité aux voix historiquement exclues.

Notre recommandation est qu’il continue sur le chemin de l’inclusion sociale. Nous reconnaissons dans ce gouvernement la construction de politiques structurelles qui transforment la vie des gens. Et ce sera notre engagement de poursuivre ce chemin du changement.


Sur l’économie du pays

Quel est votre diagnostic économique du pays ?
Les chiffres confirment que nous sommes sur la bonne voie. Le patronat a toujours dit que si les salaires augmentaient, cela générerait du chômage et plus de pression inflationniste. Mais nous avons démontré que c’est tout le contraire : lorsque les gens ont des revenus et du pouvoir d’achat, il y a plus de consommation, ce qui relance l’économie.

Le résultat a été une inflation maîtrisée et un chômage inférieur à un chiffre. De plus, nous avons un taux de croissance du PIB de près de trois points de pourcentage, le meilleur d’Amérique latine.

Comment résoudriez-vous les récents problèmes de déficit fiscal ?
Le déficit fiscal vient des dettes à court terme contractées par les gouvernements précédents. Cette administration a tenu parole : elle a payé ces dettes tout en maintenant l’investissement social, en garantissant des droits dans des secteurs comme l’éducation, l’agriculture, la santé et la transition énergétique.

Le problème, c’est que l’élite et les secteurs financiers de ce pays veulent toujours résoudre les problèmes sociaux par l’endettement et la restriction des dépenses. Nous ne partageons pas cette vision. Si le pays veut atteindre la paix tant désirée, nous devons garantir des transformations territoriales, ce qui n’est possible qu’avec de l’investissement social et une présence de l’État.


Réformes sociales

Les réformes du travail et des retraites ont été approuvées sous votre direction. Pourquoi leur mise en œuvre sera-t-elle fondamentale pour l’avenir du pays ?
Je suis une passionnée des réformes. Je suis convaincue des grands bénéfices qu’elles apportent à la majorité de la population. L’urgence maintenant est de les mettre en œuvre. Pour la réforme des retraites, les décrets réglementaires et les ressources sont déjà garantis, car nous avons laissé en place la soutenabilité fiscale.

Nous avons une base de données précise sur les 25 millions d’affiliés au système, avec leur statut de cotisation. Nous savons aussi que le programme Colombia Mayor couvre 1 774 000 personnes âgées, mais qu’environ 1 300 000 personnes âgées ne bénéficient d’aucun soutien et doivent être intégrées.

Mais la Cour constitutionnelle n’a pas encore donné son feu vert…
Nous espérons que la Cour, dans sa sagesse, sera juste et ouvrira la porte pour que ces trois millions de personnes âgées puissent bénéficier immédiatement de cette politique, car l’État a la capacité de l’exécuter.

C’est pourquoi l’opposition a été mesquine. Les recours de la sénatrice Paloma Valencia pour faire tomber la réforme des retraites sont innombrables. Et même si, en public, tout le monde reconnaît que le pilier solidaire est juste, en réalité, ils ne veulent pas qu’il s’applique, car cela représenterait plus de justice sociale pour le peuple.


Points en suspens

Sur la réforme du travail, le chapitre des droits collectifs n’a pas été approuvé. Que s’est-il passé ?
Il y a un paradoxe. Le patronat, qui siège à l’OIT, défend ces droits à Genève, mais, en Colombie, s’y oppose avec férocité.

Nous voulions intégrer dans le Code substantiel du travail toutes les avancées et jurisprudences liées aux droits collectifs, comme le droit de grève ou la négociation à plusieurs niveaux. Cette discussion est fondamentale pour équilibrer les rapports de force dans le monde du travail. Mon engagement est d’insister sur ces droits.

Et le contrat agricole ?
Je regrette profondément que le Congrès n’ait pas approuvé le contrat et le journalier agricole. Dans la Colombie rurale, seuls cinq départements paient le salaire minimum ; sept départements paient entre 60 % et 80 % du salaire minimum ; le reste est encore en dessous. Cela révèle une profonde inégalité sociale envers les paysans.

Même si l’article n’a pas été adopté, un paragraphe permettra tout de même au ministère de l’Agriculture de formaliser des droits pour ces travailleurs.

Un gouvernement dirigé par nous donnerait toutes les garanties à celles et ceux qui vivent dans les zones rurales. Sans campagne, pas de paix ; sans justice sociale à la campagne, pas de changement possible. Nous voulons la souveraineté agricole, la sécurité alimentaire et une réforme agraire qui donne la terre à ceux qui la travaillent, avec un accompagnement technique et un soutien financier.


L’engagement

Quelle serait votre priorité pour le pays ?
Si les Colombiennes et Colombiens me donnent l’opportunité d’être leur présidente, mon engagement se concentrerait sur la lutte contre l’inégalité sociale. Nous avons un indice de Gini douloureux, des fossés immenses entre le rural et l’urbain, entre le centre et les régions.

Il faut attaquer l’inégalité sous l’angle de la justice sociale, économique, environnementale et de genre. Dans cette perspective, l’accent que je propose pour le pays est l’éducation et l’avancement des connaissances, ce qui implique aujourd’hui la recherche et l’innovation.

Quel est votre message aux lectrices et lecteurs de VOZ ?
Je les invite toutes et tous à continuer de nous accompagner. Nous avons un grand défi le 26 octobre prochain. Le Pacte Historique a joué un rôle déterminant. C’est la première force politique de ce pays, mais nous devons continuer à la renforcer. C’est le moment des droits, et la Colombie marche vers une nouvelle opportunité.

source : https://pacocol.org/mi-compromiso-es-combatir-la-desigualdad-social-gloria-ines-ramirez/

Tag(s) : #Colombie, #PACOCOL

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