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Publié le 09 juillet 2025

Le 27 juin 2025, à Washington, les ministres des Affaires étrangères de la République démocratique du Congo (RDC) et du Rwanda ont signé un accord de paix, sous l’égide du président américain Donald Trump.

Célébré par certains comme un jalon diplomatique majeur, ce traité est pourtant loin de faire l’unanimité. Pour nombre d’observateurs, il s’inscrit davantage dans une logique de marchandisation de la paix que dans une perspective de justice et de souveraineté réelle pour les peuples de la région. Ce qui se joue dans les Kivu, depuis près de trois décennies, ce ne sont pas de simples escarmouches frontalières, mais une guerre transnationale de prédation minière, orchestrée par des puissances voisines et des multinationales ― et couverte par l’impunité la plus totale.

Le théâtre d’un conflit d’intérêts masqué

Derrière les sourires de façade de la Maison Blanche, les lignes de l’accord révèlent une architecture asymétrique. D’une part, il exige de Kinshasa la neutralisation du groupe armé FDLR ― exutoire commode pour Kigali qui justifie ainsi sa présence militaire sur le sol congolais. D’autre part, il ne fixe aucune échéance contraignante pour le retrait effectif des troupes rwandaises, pourtant qualifiées d’« occupantes » dans la résolution 2773 du Conseil de sécurité de l’ONU. Pis encore, les signataires omettent soigneusement d’impliquer les principaux protagonistes sur le terrain, comme le M23, pourtant à l’origine de la plupart des récentes conquêtes territoriales dans le Nord et le Sud-Kivu.

Cette approche bilatérale, vantée par Donald Trump comme un « glorious triumph », passe sous silence la dimension régionale du conflit, où se croisent les ambitions du Rwanda, de l’Ouganda, du Burundi et de bien d’autres acteurs officiels ou informels. Elle exclut également toute mention des crimes de guerre documentés, des millions de morts depuis les années 1990 et des pillages systématiques de ressources orchestrés par des armées régulières comme par des groupes rebelles. La tentative de faire passer cet accord pour un processus de pacification s’apparente, à bien des égards, à une opération de blanchiment géopolitique.

Une paix sans justice : le piège de l’impunité

Une des critiques adressées à cet accord est l’absence de traitement judiciaire des crimes commis. Le rapport Mapping de l’ONU, publié en 2010, répertoriait plus de 600 violations graves du droit international entre 1993 et 2003. Il recommandait la mise en place d’un mécanisme mixte de justice internationale. Quinze ans plus tard, aucun tribunal n’a vu le jour, et les acteurs incriminés siègent toujours à des postes de responsabilité dans leurs pays respectifs. Comment croire à la sincérité d’un processus de paix qui ne nomme pas les agresseurs, qui ne reconnaît pas les victimes. La RDC est sommée de «neutraliser» certains groupes, pendant que l’on laisse le M23 administrer des villes conquises, exporter du coltan via Kigali, et renforcer ses positions militaires.

Par ailleurs, les implications économiques de l’accord ne trompent personne. Le président Trump ne cache pas son objectif  : sécuriser des « droits miniers » pour les compagnies américaines. À peine l’accord signé, les mines de Rubaya et Lueshe - riches en coltan et aujourd’hui sous contrôle rebelle - sont déjà citées parmi les zones que Washington souhaite ouvrir aux entreprises américaines. Le slogan « From aid to trade », repris cyniquement par les diplomates américains, fait ici figure de cynisme néocolonial. Une paix qui s’échange contre des concessions minières n’est qu’un marché léonin, où les peuples n’ont pas voix au chapitre.

Pour une paix des peuples, contre le marchandage entre élites

Le Parti communiste français, fidèle à son combat anticolonialiste, appelle à une mobilisation solidaire autour des aspirations du peuple congolais. La paix ne peut résulter d’arrangements entre élites soutenues de l’extérieur : elle doit incarner la souveraineté populaire, s’appuyer sur une économie endogène, un État social refondé, la justice pour les crimes passés et le respect de la dignité humaine.
Nous soutenons les forces démocratiques qui réclament le retrait immédiat des forces étrangères du territoire congolais, l’abandon de toute logique de pillage, et l’instauration de mécanismes populaires de contrôle sur les ressources naturelles. Nous exigeons la mise en œuvre de la résolution 2773 du Conseil de sécurité et l’engagement ferme de la communauté internationale à soutenir la création d’un tribunal pénal international pour la RDC, tel que l’envisageait le rapport Mapping.
Non, l’Afrique ne peut pas être le marché des minerais critiques d’une transition énergétique pensée ailleurs, ni le terrain de jeu diplomatique de puissances en quête de trophées géopolitiques. La paix véritable est une paix de justice, pas un marchandage de résignation.

Collectif Afrique du secteur international du PCF

Article publié dans CommunisteS, numéro 1049 du 09 juillet 2025.

source : https://www.pcf.fr/paix_grands_lacs_decryptage_critique_accord_rdc_rwanda

Tag(s) : #RDC, #PCF

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