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Publié le 19 mars 2025

Ça pourrait passer pour du rituel : chaque année, rappeler la Commune de Paris alors que tout dans notre monde semble la nier et l’ensevelir, la refuser et la destiner à la seule mémoire de quelques exotiques érudits.

Eh bien, justement ! C’est aujourd’hui que nous avons besoin de nous rappeler que le 18 mars 1871, le peuple de Paris, en se soulevant, commençait à écrire une page nouvelle de l’histoire de l’émancipation humaine. C’est aujourd’hui qu’il faut se le rappeler à l’heure de toutes les naturalisations désespérées (mon bon Monsieur, il en a toujours été ainsi ; ma brave dame, ce sera toujours comme ça), terreau des renoncements sur lesquels poussent si bien les fleurs brunes du fascisme. Aujourd’hui, quand le sentiment d’impuissance gagne les consciences face à Trump, Poutine, Macron, l’écrasant « ordre du monde »…

Eh bien, en 1871, face à Bismarck, Thiers et quelques autres qui valent bien leurs successeurs, Paris se levait pour renverser la table et proposer un horizon nouveau. Assurément, les révolutionnaires de 1871 étaient porteurs de la mémoire des révolutions passées et de leur héritage consciencieusement écrasé par la botte de Napoléon III (au pouvoir entre 1851-1852 et 1870) : 1789, 1793, 1848… Il y a bien quelque chose de l’ordre de la revanche : jadis nous l’emportâmes, vous nous battîtes ; aujourd’hui, nous reprenons le cours de l’histoire là où vous l’avez arrêté : en 1794 en guillotinant Robespierre, Saint-Just et tous les autres ; en juin 1848 en écrasant la révolte ouvrière ; en 1851 lorsque le président Louis-Napoléon Bonaparte élu en 1848 profita de la force donnée par son élection au suffrage universel direct pour franchir une étape supplémentaire dans la concentration du pouvoir entre ses mains : le coup d’État, le « 18 Brumaire de Louis Bonaparte » qui devait le faire prince-président à vie et très bientôt empereur, non sans une répression féroce de tous les républicains (Les Châtiments de Hugo restent une merveille du genre pour décrire Bonaparte et tous ceux, nombreux dans la finance et cette bourgeoisie conquérante, qui le suivirent avec zèle et intérêt). C’est contre eux, leur ordre et leur principe, qu’on se soulève le 18 mars 1871, avec les martyrs d’hier et d’avant-hier dans le cœur et la tête. C’est aussi, bien sûr, pour des raisons très présentes qu’on s’insurge : économiques, sociales, patriotiques (la guerre avec la Prusse et ses alliés, sous la conduite de Napoléon III puis de ceux qui lui succèdent, tourne mal et on parle de cesser le combat dans l’injustice et le déshonneur)…

Il y a du classique dans la Commune - et cela ne la rapetisse en rien - mais quelle modernité aussi ! Écoutez donc : « Les prolétaires de la capitale, au milieu des défaillances et des trahisons des classes gouvernantes, ont compris que l’heure était arrivée pour eux de sauver la situation en prenant en main la direction des affaires publiques. »
Et pendant 72 jours, voici l’imagination au pouvoir et tout avance, comme toujours, du même pas : droits sociaux, économiques, démocratiques, laïques, pour les hommes, pour les femmes… Pourtant, les Communards affrontent les pires conditions qui soient : la province qui ne suit pas, la guerre qui continue avec des Versaillais décidés à ne rien perdre de leur pouvoir de classe. L’issue est connue, c’est la Semaine sanglante, impitoyable répression qui trouve une de ses expressions terribles le long de ce « mur des fédérés » qui vit tant de Communards exécutés. Pour d’autres, ce sera Cayenne, l’exil…

L’amnistie ne surviendra qu’en 1880. Quant à la reconnaissance officielle par la République, on l’attend toujours à la hauteur de l’expérience communarde : cherchez les avenues, les boulevards, les hautes statues, les stations de métro… Pourtant, après 1871 et pendant plus d’un siècle, en France et à l’échelle internationale, la Commune jouit d’une place de tout premier plan dans la brûlante mémoire révolutionnaire. C’est Lénine qui danse une fois que le 72e jour d’Octobre est passé. Et, de la même manière qu’au XIXe siècle on faisait la Révolution dans toute l’Europe réactionnaire en chantant La Marseillaise, combien de peuples se soulèveront à partir de 1871 avec la Commune au cœur, « comme une étoile au firmament » (Coulonges/Ferrat). Tant pis pour les ors de la République française...

Nous reste ce drapeau d’avenir qu’on n’a aucune raison de ranger : l’émancipation réelle, possible, nécessaire des travailleurs comme œuvre des travailleurs eux-mêmes.

Guillaume Roubaud-Quashie

membre du CEN

Article publié dans CommunisteS, numéro 1034 du 19 mars 2025.

source : https://www.pcf.fr/la_commune_n_est_pas_morte

Tag(s) : #PCF

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