Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Grèce-UE : Clash ou guerre d’usure ?

2 Avril 2015

auteur:

Marc Botenga

En mars, la Grèce a dû rembourser plus de deux milliards d’euros au Fonds monétaire international (FMI). Pour le 9 avril la Grèce devrait rembourser encore 460 millions. Entre-temps, l’Union européenne refuse de débloquer les 7,2 milliards d’euros qu’attend la Grèce pour passer les prochains mois. La raison officielle ? Le gouvernement grec ne présenterait pas les réformes justifiant le déblocage de cette aide. Pourtant le gouvernement grec a présenté des plans de réformes, à plusieurs reprises. Va-t-on vers un clash entre Athènes et Bruxelles ?

Les caisses sont vides

Pour faire plier un gouvernement grec désireux d’abolir l’austérité et de rompre avec la logique des coupes budgétaires, l’Union européenne lui a mis la corde au cou. La tactique européenne peut se résumer ainsi: « Plus les caisses grecques se vident, plus le gouvernement sera obligé d’accepter nos diktats. » Au rythme actuel, la Grèce risque de se trouver les caisses vides dans les semaines qui viennent.

Que la Grèce ait un besoin pressant de liquidités n’est pas une coïncidence. La Banque centrale européenne (BCE) s’est servie de tous ses moyens pour étrangler le pays financièrement. Chaque plan du gouvernement grec pour trouver de l’argent rapidement, en émettant des obligations à court terme par exemple, a été refusé. La BCE a en plus exclu la Grèce du champ d’application de sa planche à billets par laquelle elle a commencé à offrir 1 140 milliards d’euros aux autres pays de la zone Euro. Et pendant que la Grèce devait rembourser deux milliards, notamment au FMI, la BCE refusait de rembourser 1,9 milliard de bénéfices réalisés sur ses avoirs en titres grecs. Seule l’assistance en liquidités d’urgence restait disponible pour les banques du pays. S’y ajoute la menace d’une panique bancaire, situation dans laquelle les citoyens retirent massivement leur épargne des banques par crainte d’un manque de liquidités. Un risque qui n’est pas que théorique : en février, environ 8 milliards d’euros étaient retirés des banques grecques.

Économiquement, ce chantage est tellement dur que même au sein de la BCE des voix dissidentes commencent à la condamner. Politiquement, l’objectif est clair : étrangler le pays pour que le gouvernement accepte d’abandonner son programme social.

Exiger la capitulation totale

Dos au mur, le gouvernement grec avait néanmoins conquis le 20 février le droit de pouvoir lui-même proposer ses propres réformes, un acquis face à la dictature de l’UE. Mais l’UE refuse donc d’accepter les réformes proposées par la Grèce. Les dernières propositions grecques du 27 mars ont même été critiquées parce qu’écrites en grec.

Selon le journal économique français La Tribune, le refus de la liste de réformes repose sur l’absence de deux réformes : celle des retraites et celle du marché du travail. Au-delà des dogmes économiques du « travailler plus longtemps » des dirigeants européens, La Tribune souligne une deuxième raison expliquant l’intransigeance européenne : « Il serait naïf de ne pas non plus y voir un but politique : en faisant accepter ces mesures par un gouvernement “de la gauche radicale”, on fait évidemment perdre toute radicalité à ladite gauche, on fait plier Syriza et on le ramène dans la logique économique qui est celle de la zone euro : seules les “réformes” qui visent à réduire le coût du travail sont d’authentiques réformes. La victoire que visent les créanciers est aussi idéologique. Il s’agit de détruire toute alternative. »

Un gouvernement en quête d’argent

Le 30 mars, le Premier ministre Alexis Tsipras a affirmé devant le Parlement grec qu’il reste attaché à compromis honorable avec l’UE, mais pas à n’importe quelle condition. Pour sortir un minimum de l’étranglement financier, le gouvernement grec a commencé à chercher une série d’options alternatives pour pouvoir maintenir une partie de ses promesses aux électeurs grecs. Dans une proposition de réformes du 6 mars, il ciblait surtout une amélioration du système fiscal, mais aussi un meilleur contrôle des exploitants commerciaux du secteur de l’horeca, soumis à la TVA.

D’autre part, le gouvernement est aussi en quête d’autres possibles soutiens internationaux. En Chine, le gouvernement grec est allé s’assurer de 500 millions d’euros à travers l’investissement de l’entreprise chinoise Cosco pour une joint-venture concernant le port de Pirée. La Grèce s’est aussi tournée vers la Russie, à laquelle elle a demandé d’abaisser les prix du gaz et l’autorisation d’exporter à nouveaux des fruits vers la Russie. La Russie avait bloqué l’importation des fruits européens depuis l’adoption par l’UE de sanctions à son égard, mais accepterait maintenant à nouveau les produits grecs.

Le parti chrétien-démocrate allemand de la chancelière Angela Merkel s’est inquiétée et indignée du « flirt » du gouvernement grec d’Alexis Tsipras avec la Russie. Herbert Reul, chef des chrétiens-démocrates au Parlement européen, affirmait : « Qui joue avec le feu et cherche maintenant de l’aide à Moscou se brûlera les doigts. » Cette réaction virulente est aussi ironique que logique : toute tentative grecque de défaire un peu le nœud coulant autour de son cou pourrait mettre à risque la domination totale de l’UE sur les politiques du pays.

Guerre d’usure ou clash ?

Pendant que le gouvernement grec cherche un compromis, l’UE impose une guerre d’usure. Limiter l’accès de la Grèce aux liquidités à des mécanismes d’urgence signifie qu’on lui rend impossible la mise en place de réformes pouvant alléger sa situation financière en augmentant par exemple ses entrées fiscales. Pendant que la Grèce se bat pour sortir de trou de la crise austéritaire, l’UE prend soin de ne pas lui en donner les moyens. Pendant qu’elle empêche le pays de sortir du trou, l’UE garde la tête grecque juste hors de l’eau avec des mesures d’aide « d’urgence », menaçant toutefois de noyer le pays à tout moment. C’est une véritable guerre d’usure, qui pourrait continuer jusqu’en juin quand un nouvel accord de longue durée devrait être négocié entre la Grèce et l’UE.

L’objectif de l’UE est de faire capituler Athènes sur toute la ligne, mais centres d’études et journaux financiers spéculent sur une deuxième piste. Si l’UE maintient le nœud coulant autour du cou du gouvernement grec, celui-ci pourrait être tenté de choisir la rupture. A trop tirer sur la corde, elle finit par se casser. Une telle rupture pourrait impliquer une suspension des payements de la dette, l’instauration d’un contrôle des capitaux pour stabiliser le système financier, et l’émission de titres de créances pour se financer. Les conséquences d’une telle décision seraient sans doute lourdes pour l’économie grecque, mais ne conviendraient pas forcément plus à l’UE. Les créditeurs de la Grèce, comme la BCE, risqueraient de perdre une partie de leur argent prêté à la Grèce. Bien qu’il n’y ait que la mobilisation populaire qu’elles craignent vraiment, ce genre de risque rendrait peut-être les institutions européennes plus enclines à la négociation ?

Soirées d’information PTB sur la Grèce:

D’autres soirées seront planifiées prochainement.

SOURCE:http://ptb.be/articles/grece-ue-clash-ou-guerre-d-usure

Tag(s) : #europe

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :