Jonathan LefèvreNick Dobbelaere
Ils étaient rouges ou verts. Ils étaient ils ou elles. Ils étaient Gantois ou Liégeois. Ils étaient à Bruxelles dimanche ou à Courtrai mardi. Ils étaient du service public ou de secteur privé. Ils étaient les bourgeons et ils sont les fleurs du printemps social. Des dizaines de milliers de fleurs contre ce gouvernement des 1 %. Petit tour de Belgique à l’occasion de cette journée d’action syndicale de ce 1er avril.
20 000 personnes à la Grande Parade organisée par les mouvements citoyens Tout autre Chose et Hart boven Hard à Bruxelles ce dimanche. 7 000 à la manifestation en front commun syndical à Bruxelles le lendemain. 600 à Courtrai le mardi, 2 500 à Malines, 800 à Hasselt, 2 000 à Namur, 1 500 à Gand, 8 000 à Liège et 12 000 à Charleroi ce mercredi. Avec 35 000 participants, la semaine de la résistance sociale est une réussite pour les travailleurs et une mauvaise nouvelle pour le gouvernement. Solidaire est parti aux quatre coins du pays à la recherche de ce printemps si ardemment désiré et que les nuages ne pourront occulter.
Malines
Le monde syndical de toute la province d’Anvers s’était donné rendez-vous à Malines. 2 500 manifestants ont marché de la gare à la Grand-place. Une importante délégation (300 personnes) du fabriquant d’autocars Van Hool s’est jointe au cortège.
Les manifestants voulaient prouver que la protestation ne s’arrêterait pas tant que le gouvernement ne cédait pas.
La CSC et la FGTB lançaient un message que tout le monde pouvait comprendre : ce ne sont pas aux travailleurs à payer la crise mais bien aux plus riches. Message porté aussi par la délégation du FAN (Financieel actie netwerk, réseau pour la justice fiscale).
Ilse Dielen, secrétaire provinciale de la CSC Anvers : « Nous devons encore nous voir plusieurs fois, car ce gouvernement reste complètement sourd à nos revendications. »
Le secrétaire régional de la FGTB, Joeri Hens, insistait encore une fois sur l’importance du front commun syndical : « Ils essaient depuis des mois de briser le front commun. Ici, à Malines, nous leur faisons bien comprendre que le front commun ne cède pas. »
Charleroi
Malgré le mauvais temps, 12 000 Hennuyers ont participé à la journée d’action en front commun syndical. « Nous sommes révoltés par les mesures du gouvernement fédéral qui ne veut rien entendre malgré le large mouvement social de novembre et décembre dernier », selon un délégué CSC.
Ici, c’est la remise au travail des prépensionnés qui fâche particulièrement. Toute une série d’entreprises sont concernées, comme Caterpillar. « C’est ici, dans la rue, qu’on fera reculer le gouvernement ».
Une forte mobilisation est venue du Hainaut occidental (Tournai) et des syndicalistes du Brabant wallon sont venus en renfort.
Enormément de secteurs étaient représentés : métallos, enseignants, nettoyage, personnel de la ville, éducateurs, cheminots, TEC, poste et même des… policiers, qui n’étaient pas là que pour assurer la sécurité du cortège.
L’ampleur de la mobilisation en a surpris plus d’un. Par exemple, sur les 40 travailleurs de l’entreprise CG Holding, seulement… 5 étaient au travail.
Gand
1 500 personnes se sont réunies devant la gare Saint-Pierre de Gand avant de rejoindre la Vrijdagmarkt. Dans le viseur des manifestants, le saut d’index, l’allongement de l’âge de départ à la retraite, le démantèlement des services publics et le gouvernement des 1 %.
Katrien Neyt de la FGTB Flandre-orientale : « Personne n’a voté pour un plan d’austérité où ce sont les travailleurs qui doivent en supporter la charge. » C’est pourquoi elle a déclaré que la résistance allait continuer. Le 22 avril avec la grève des services publics et les futures actions de la police. « Nous courrons un marathon de la résistance sociale. C’est pourquoi nous devons doser nos efforts. »
L’action n’entrait pas uniquement dans la lutte syndicale mais faisait le lien avec le mouvement citoyen Hart boven Hard (bien présent avec une délégation) et la lutte des étudiants pour une éducation accessible et de qualité. « Le printemps social fleurit dans notre pays », a déclaré la représentante étudiante Nele Van Parys. Même si cela ne se voyait pas dans la météo.
Hasselt
A Hasselt, environ 800 personnes se sont rassemblées devant l’Onem pour aller vers le CPAS. Un trajet que beaucoup de demandeurs d’emplois doivent emprunter à cause des mesures du gouvernement.
Depuis la fermeture de Ford-Genk, il n’y a pas d’alternative pour les milliers de familles touchées.
« Les salaires à la hausse, les fortunes à la baisse », était un slogan largement repris. Les manifestants étaient présents pour dire non à la fin des prépensions et pour un impôt sur les grosses fortunes. Beaucoup de personnes présentes disaient aussi qu’il est temps de retourner manifester à Bruxelles avec au moins 100 000 personnes.
« Tant que le gouvernement prend des mesures de droite, la résistance sociale doit continuer », a déclaré le président de la FGTB-Limbourg, Pierre Vrancken.
Il y avait des délégations de, entre autres, Ineos, Vecoplast, ALZ, De lijn, gardiens de prison, du rail, de la chimie…
Liège
8 000 personnes sont venues de Liège, évidemment, mais aussi de Verviers, Huy ou Waremme. Verts et rouges entendaient dénoncer les mesures d’austérité en général.
Les manifestants étaient issus tant du secteur privé que public. Une grosse délégation de TNT était de la partie (200 personnes), aux côtés des travailleurs de Techspace Aero, des TEC. D’ailleurs, tous les bus étaient à l’arrêt.
« On ne se laissera pas amener à l’abattoir », ont prévenu les participants.
Francis Gomez, président de la FGTB Liège-Huy-Waremme : « Il faut un impôt sur la fortune et la suppression des intérêts notionnels. (…) Il faut élargir le mouvement. La prochaine étape, c’est faire 24h de grève. »
Namur
2 000 manifestants venus des provinces de Namur et du Luxembourg ont répondu à l’appel du front commun syndical.
Comme le déclare Thomas, délégué syndical, « les conditions de fin de carrière sont de plus en plus difficiles et les travailleurs ne voient pas comment continuer alors qu’ils connaissent des problèmes de santé. Le projet d’étendre les horaires de travail dans le commerce, par exemple, ne passe pas du tout. C’est encourageant de voir que nous avons des relais politiques, mais aussi que des mouvements comme Tout Autre Chose se mettent en place. Ça bouge, ça prend. Il y a toujours une bonne énergie de gauche dans la société, et c’est un message qu’il faut vraiment faire passer, parce qu’on ne l’entend pas dans les médias. »
Pour Justine, stagiaire à Vie Féminine, il était très important d’être là : « En tant que femme, étudiante, future travailleuse sociale, je ne pouvais pas ne pas venir. Je serai lésée de toute part. Les jeunes doivent se mobiliser pour ne pas accepter des choses qui vont nous faire du tort. »
Louvain et Vilvorde
Dans le quartier le long du canal, à Louvain, des militants de la CSC ont débarqué en vêtements de pêcheurs, sur un petit bateau, pour y pêcher des poissons. Message : le gouvernement vise uniquement les petits poissons avec ses mesures d’austérité, alors que les gros poissons peuvent s’échapper. Les militants ont ensuite manifesté jusqu’au bâtiment des services publics Finances pour y déposer des poissons sûrs (bonbons).
A Vilvoorde, la FGTB a mené une action contre le saut d’index. Les passants pouvaient ainsi grimper en haut d’un monte charge à 10 mètres de hauteur et “sauter” sur un énorme coussin rempli d’air. Les sauteurs ont trouvé la chute plutôt douce. Mais si le saut d’index est effectivement appliqué, alors les salaires chuteront et cette chute sera bien plus dure…
source:http://solidaire.org/articles/le-printemps-social-fleurit-dans-notre-pays
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