Le marathon grec contre l’Union d’austérité européenne a commencé
26 Février 2015
auteur:
Marc Botenga
La pression sur le gouvernement grec aura été maintenue jusqu’au dernier moment. Ce mardi 24 février, la Grèce s’est retrouvée seule contre tous. L’Union européenne étant résolument déterminée à éliminer toute alternative à sa politique d’austérité. Athènes a finalement obtenu un délai de quatre mois pour préparer de nouvelles négociations. Le marathon grec a commencé.
L’europe décidée à étouffer toute alternative
Le 25 janvier dernier, les Grecs ont élu un gouvernement qui leur a promis d’en finir avec la politique d’austérité désastreuse de l’Union européenne. Les réformes proposées par ce nouveau gouvernement grec osent rompre avec la pensée unique européenne. Pour la première fois, un gouvernement remet ouvertement en cause la logique d’austérité. Et si la Grèce réussit à résister à cette logique d’austérité autoritaire, les populations en Espagne, en Irlande et au Portugal pourraient aussi tourner le dos aux politiques traditionnelles.
L’UE est résolument décidée à rompre cette résistance. Il est hors de question d’annuler la dette, et encore moins d’accorder un crédit-relais sans le fameux « plan de sauvetage ». Durant les négociations, la Grèce s’est souvent retrouvée seule contre tous. La Banque centrale européenne (BCE) a menacé d’asphyxier la Grèce. Athènes n’a pas eu droit à l’injection des 1 140 milliards d’euros. La BCE a rejeté le plan grec visant l’émission d’obligations pour trouver rapidement les 10 milliards nécessaires et a interdit aux banques grecques d’utiliser les obligations d’État comme garantie lors d’emprunts. Avec un plan de sauvetage qui arrive à échéance le 28 février, le nouveau gouvernement grec s’est retrouvé avec un couteau sur la gorge.
Les précédents gouvernements grecs ont systématiquement cédé au chantage de l’UE. Le 29 novembre 2014, le gouvernement Samaras (PASOK, social-démocrate) avait ainsi accepté une nouvelle série de coupes et privatisations. Le gouvernement Tsipras a lui choisi d’affronter l’Europe austéritaire dans ce combat très inégal.
Un pied à l’étrier
Juste avant l’accord-relais du 20 février, le nouveau ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, a souligné que la Grèce avait été très raisonnable : « Nous avons déjà parcouru quatre cinquièmes du chemin ». La Grèce a en effet remporté une bataille importante. Désormais, elle présentera elle-même ses réformes aux institutions européennes et internationales comme la Commission européenne (CE), le Fonds monétaire international (FMI), la BCE ou l’Eurogroupe. Même si ces institutions continuent de prendre part aux discussions avec la Grèce, elles ne pourront plus prendre de décision sans qu’elle puisse intervenir. Auparavant, c’était la Troïka qui déterminait la politique grecque sans que la Grèce ait son mot à dire. Cette Troïka – alliance entre l’UE, la BCE et le FMI – envoyait ensuite ses redoutés « Men in Black » à Athènes pour imposer sa loi aux différents ministères grecs. Mais cette époque est désormais révolue et ce n’est pas rien.
Les réformes proposées
Le 24 février, le gouvernement grec a présenté sa liste de propositions pour les quatre mois à venir. Cette liste est sans conteste un compromis. Le gouvernement reste vague sur de nombreux points et c’est donc sur l’interprétation que cela va se jouer. Dans les limites imposées et avec un couteau sur la gorge, le gouvernement grec a fait de son mieux pour utiliser la marge obtenue.
La comparaison avec l’attitude et le programme du précédent gouvernement Samaras est plutôt intéressante. Il n’y aura probablement pas de blocage des pensions en 2016 et 2017, ni de relèvement de deux ans de l’âge légal de la pension d’ici 2019 et de 4 ans d’ici 2020, ni même de hausse de la TVA de 6,5 à 13% sur l’hôtellerie et le tourisme. Cette dernière mesure surtout aurait pour effet d’accroître considérablement les tarifs des séjours en Grèce et donc de dissuader les éventuels touristes.
La liste permet au gouvernement grec de prendre des mesures sociales pour lutter contre la crise humanitaire, par exemple la fourniture d’électricité gratuite à 300 000 familles qui en sont privées, distribution de nourriture dans les écoles pour les enfants les plus démunis pour qu’ils n’aient plus à souffrir de la faim, ainsi que l’accès aux soins de santé pour tous. L’accord prévoit également de mettre un terme aux expulsions. Pour ce qui est des autres mesures sociales, comme le ticket modérateur ou la fermeture des centres fermés pour migrants, le gouvernement n’a pas attendu cet accord.
On insiste également sur une plus lourde taxation des riches, le renforcement de la lutte contre la fraude fiscale, la corruption et l’évasion fiscale. Le gouvernement grec espère pouvoir rassembler les moyens nécessaires pour ne plus devoir couper dans les services publics et la sécurité sociale. On prévoit également la mise en place d’une « banque de données des fortunes » (cadastre des fortunes). Ce qui devrait faciliter l’instauration d’une taxe des millionnaires par la suite.
Un marathon n’est pas un sprint
Dans cette épreuve de force inégale, Athènes doit aussi faire des concessions. Le compromis prévoit également des mesures pour réduire les dépenses publiques, concernant notamment les ministères de l’enseignement, de la défense, des transports, les avantages sociaux et la politique locale. La réforme du régime des pensions devrait permettre de trouver une solution pour la pension anticipée et renforcer le lien entre contributions individuelles et droits à la pension, ce qui remet en cause la solidarité entre les revenus les plus élevés et les revenus les plus faibles. Concernant le secteur public, l’accord semble pour l’instant exclure la réintégration des fonctionnaires abusivement licenciés.
En ce qui concerne les privatisations, la liste ne prévoit pas la possibilité d’un retour en arrière pour les privatisations déjà réalisées, mais à l’avenir les futures privatisations devront faire l’objet d’un examen approfondi. Quant aux ports de Piraeus et Thessaloniki, la poursuite du processus de privatisation semble inéluctable puisqu’il a été promis que les procédures d’adjudication en cours ne seraient pas interrompues. En matière de flexibilisation du marché du travail, l’accord prévoit des concessions de la part du gouvernement grec. On parle avec euphémisme d’approche « intelligente » des négociations salariales collectives à la recherche d’un équilibre entre « flexibilité et équité ». Quant à l’augmentation du salaire minimum, elle dépendra aussi d’une approbation externe.
Si cet accord ne constitue pas un revirement radical, ce n’est pas non plus un fiasco. C’est en quelque sorte une trêve qui permettra au gouvernement de gagner du temps et de prendre des forces. On ne peut pas juger un marathonien aux premiers 100 mètres parcourus. Le gouvernement grec reste pleinement engagé dans une lutte au sein de l’Union européenne et de la zone euro. On compte donc sur les quatre mois accordés. Un nouvel accord devra ensuite être trouvé et il faudra à nouveau tout renégocier.
De la trêve à un nouveau rapport de force
Le gouvernement grec poursuit ses efforts pour le changement. Le gouvernement Tsipras veut ainsi fixer le solde budgétaire primaire, destiné à rembourser la dette, à 1 % plutôt que 3 % (2015) et 4,5 % (2016) et utiliser la marge budgétaire libérée au profit de diverses mesures sociales. L’UE a donc laissé une ouverture pour permettre une certaine flexibilité. Le gouvernement grec prévoit par la suite de nouvelles négociations sur l’annulation de la dette ou un rééchelonnement d’une partie de la dette et plus de marge pour la reconstruction économique. Le troisième point litigieux concerne les mesures relatives aux superriches. Une mobilisation de la base sera nécessaire si l’on veut construire un rapport de force solide dans ce clash inévitable avec l’establishment grec.
La mobilisation des Grecs et des Européens jouera également un rôle décisif dans l’épreuve de force avec l’Europe austéritaire et les réformes structurelles. Les dictats antisociaux qui touchent la Grèce aujourd’hui pourraient très bien toucher la Belgique demain. C’est pourquoi le combat des Grecs est aussi le combat des Européens. Dans ce combat contre une Europe austéritaire et ses dictats, le peuple grec a plus que jamais besoin de notre soutien.
source:http://ptb.be/articles/le-marathon-grec-contre-l-union-d-austerite-europeenne-commence
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