Notre pays n’est pas le seul à connaître un automne chaud. Le 12 décembre, en Italie, il y aura une grève générale contre la réforme des lois du travail du Premier ministre Matteo Renzi. En Grèce, les syndicats continuent à mener des actions contre les mesures d’économies imposées par l’Union européenne et, en Grande-Bretagne, ce sont les étudiants et les sapeurs-pompiers qui font entendre parler d’eux.
Tony Busselen
Italie : grève générale vendredi 12 décembre
La nouvelle « loi du travail » que compte faire approuver le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi, se heurte à une résistance acharnée. Après une manifestation rassemblant un million de syndicalistes le 25 octobre, à Rome, une grève générale avait d’abord été annoncée pour le 5 décembre. Celle-ci a été reportée au 12 décembre quand, outre la CGIL, le premier syndicat italien, le troisième syndicat du pays, l’UIL, a décidé de s’y joindre. Ensemble, les deux syndicats comptent 8,2 millions de membres.
La nouvelle « loi du travail » vise prétendument à créer « plus emplois ». C’est un vieil air que nous connaissons bien. Elle prévoit une réduction d’impôts pour les employeurs ainsi qu’une diminution des investissements publics. En outre, Renzi veut faire ce que les gouvernements de droite n’ont jamais osé faire avant lui : supprimer l’article 18 de la loi du travail, qui prévoit la protection en cas de licenciement. Les organisations patronales italiennes insistent depuis très longtemps pour obtenir cette « réforme » qui accorderait aux patrons une grande marge pour licencier sans motif. Ces dernières semaines, les syndicats ont organisé des manifestations dans plusieurs grandes villes.
Cependant, Renzi continue toutefois à jouer au provocateur : la semaine dernière, il a encore qualifié les patrons de « héros de l’Italie » et, à la mi-novembre, il a signé un pacte avec Berlusconi afin d’ouvrir la voie vers un régime autoritaire par le biais d’une nouvelle loi électorale. Concrètement, un parti qui obtiendrait plus de 40 % des voix bénéficierait de la majorité par le biais d’un nombre supplémentaire de sièges. En attendant, la popularité du « sympathique Renzi » a dégringolé de 20 % ces six dernières années, même s’il est encore crédité de 49 %. Le correspondant en Italie du Journal du Dimanche (français), fait toutefois remarquer que Renzi « doit désormais espérer que, début 2015, des signaux de reprise de la croissance apparaîtront s’il désire que son étoile ne pâlisse pas davantage ». Et c’est bien vrai : la crise s’avère de plus en plus fatale, surtout pour les régions les plus pauvres du pays. Fin octobre, une étude de Svimez, une association pour le développement industriel du Mezzogiorno (le Sud de l’Italie), révélait que la région comptait pour la deuxième année consécutive plus de décès que de naissances, un phénomène qui n’avait été remarqué que durant la crise de 1867 ainsi qu’au lendemain de la Première Guerre mondiale, en 1918. En 2013, ce sont 116 000 personnes qui sont parties s’installer dans le Nord du pays.
Grèce : journées d’action contre les nouvelles mesures d’austérité et la crise politique
Dans la nuit du dimanche 7 au lundi 8 décembre, le gouvernement grec a fait approuver le budget de 2015 par le Parlement (155 voix pour et 134 contre). Contre cette loi budgétaire, une grève générale avait déjà été organisée le jeudi 27 novembre. La semaine dernière, il y a eu ensuite trois journées d’action.
Le jeudi 4 décembre, les bâtiments gouvernementaux de nombreuses villes ont été assiégés par des manifestations de masse. À Athènes, en face du ministère de l’Emploi et de celui des Finances, d’importantes manifestations ont également eu lieu. Le vendredi 5 décembre, le front syndical militant PAME, proche du KKE, le Parti communiste grec, organisait une vaste campagne d’information sur des milliers de lieux de travail. Il y appelait aux meetings de masse qui se sont déroulés le dimanche 7 décembre. Le PAME explique dans un communiqué que la prochaine étape consistera dans les préparatifs d’une nouvelle grève générale. Mais la Commission européenne estime que les mesures prévues dans ce budget ne suffisent pas encore. La Commission exige une diminution encore plus draconienne des pensions, un relèvement plus marqué de l’âge de la pension, une hausse de la TVA et des diminutions salariales dans les entreprises publiques. À titre provisoire, la Commission a encore accordé deux mois de répit à la Grèce pour se conformer à ses exigences, sinon, le « programme de soutien », qui consiste en milliards d’euros de prêts, sera mis à l’arrêt.
Ces pressions opposées, à savoir d’une part, celle des syndicats grecs et, d’autre part, celle de la Commission européenne, ont provoqué une crise politique. Hier, on apprenait que les élections présidentielles allaient être anticipées et auraient lieu le 17 décembre. En guise de pression sur la population, afin que l’on soit sûr que le vote aille à la coalition de droite, la Bourse d’Athènes a connu une chute de 13 %.
Grande-Bretagne : protestations dans 20 universités et grève des sapeurs-pompiers
Le pays connaît un nouveau Mai 68 dans ses universités. Les étudiants ne réclament rien moins que la réintroduction de l’enseignement gratuit. Le 3 décembre, dans vingt universités de tout le pays, des sit-ins, des blocages et des occupations ont été organisés contre les frais d’inscription, qui s’élèvent à 9 000 livres, soit 11 400 euros. À Londres, l’organisation de coordination des universités britanniques, la UUK, a été prise d’assaut par un important groupe d’étudiants. Un participant à l’action a expliqué comme suit les raisons de cette action dans le journal de gauche The Morning Star : « Cette organisation joue un rôle clé dans la marchandisation de l’enseignement supérieur. En outre, elle est à la base de diminutions importantes dans les retraites du personnel universitaire. Nous, étudiants, sommes solidaires avec le personnel et nous soutenons son action syndicale. »
Alors que les étudiants envahissaient le hall d’entrée de la UUK, ils clamaient : « À qui appartient l’université ? À nous ! » tout en éparpillant autour d’eux des billets de Monopoly. Des actions similaires ont eu lieu dans vingt universités différentes, dont Sheffield, Lancaster, Manchester, Warwick et Cambridge. Un porte-parole des étudiants a déclaré : « On nous a ignorés, menti et agressé pendant des années. C’est pourquoi nous optons désormais pour une multiplication des actions directes, et cette journée d’action n’en est qu’une infirme composante ! » Le mois dernier, à Londres, plus de 10 000 étudiants ont manifesté. Samedi 13 décembre, des manifestations sont à nouveau prévues à Brighton, Birmingham et Londres-Sud.
Le lundi 8 décembre, les 30 000 sapeurs-pompiers britanniques organisaient une grève de 24 heures. Depuis trois ans, les hommes du feu mènent des actions contre l’obligation de participer jusqu’à 60 ans à des opérations d’extinction d’incendie, une mesure qui a été introduite en 2010. La Fire Brigades Union (FBU), le syndicat des pompiers, déclare qu’il est impossible pour les pompiers de satisfaire jusqu’à la veille de leurs 60 ans, aux exigences physiques imposées par leur travail. Matt Wrack, secrétaire général de la FBU, déclare : « Les pompiers paient les cotisations les plus chères pour leur pension, à savoir 4 000 livres par an sur un revenu annuel de 29 000 livres. Les tests du gouvernement montrent eux-mêmes que deux hommes sur trois entre 55 et 60 ans échouent dans les épreuves physiques qu’on fait subir aux pompiers. »
Dans le Buckinghamshire, un second thème faisait également l’objet de protestations : là, les pompiers manifestaient contre le licenciement d’un délégué de la FBU, Ricky Matthews. Matt Wrack : « Pour avoir participé à une grève légalement organisée, Ricky a été licencié par une hiérarchie qui a l’habitude d’intimider son personnel. Son licenciement constitue une attaque contre tous les pompiers et contre leur droit à s’organiser et à revendiquer de meilleures conditions de travail et un meilleur service public. »
Sources : The Morning Star, Junge Welt, communiqué du PAME du 8 décembre, agences de presse.
source:
/image%2F1031403%2F20180510%2Fob_e8c081_movimiento-comunista-internacional-1.jpg)