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Belgique : Les cheminots devraient récupérer 1 million de jours de travail

« 1 000 000 de jours de libertés = 5 000 cheminots à la maison pendant un an » Afin de dénoncer le manque de personnel, ce qui fait que les cheminots ne peuvent pas récupérer leurs jours de repos ou de congés, la CGSP-Cheminots a déposé un préavis de grève pour le 30 juin. Interview de son président, Michel Abdissi.

Jonathan Lefèvre

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Quelles sont les raisons de ce préavis ?

Michel Abdissi. A plusieurs reprises, dans les instances paritaires nous avons tenté, en vain, de conscientiser les différents responsables des chemins de fer belges et nous avons dénoncé l’inertie en matière de recrutement malgré une accumulation de jours de liberté (repos – congés…). Nous considérons qu’il n’existe aucune volonté de trouver des solutions adaptées aux aspirations des travailleurs.

Il n’y a qu’un pas pour dénoncer que la santé et la sécurité tant des travailleurs que des usagers sont moins importantes que les objectifs financiers fixés par les CEO.

Comment est-ce possible légalement ?

Michel Abdissi. C’est bien la raison primordiale de nos inquiétudes. La société ne respecte pas les lois. Pour rappel, l’accord social 2008-2010 prévoyait un effectif total de 38 000 agents soit 37 000 ETP (équivalent temps plein, NdlR). Mais depuis, les effectifs n’ont fait que décroître pour atteindre 34 500 ETP au 31 décembre 2013.

Plus grave encore, le 1er mai 2014, ils ne s’élevaient plus qu’à 34 000 ETP en raison du nombre considérable de cheminots admis à la retraite.

Sans surprise, cette chute massive joue un rôle sur la situation en congés, repos...

En quoi les usagers sont-ils concernés ?

Michel Abdissi. A partir du moment où le personnel lié à la sécurité n’est plus à 100% de sa capacité vu le manque de jours de liberté, cela entraîne des accidents. Le manque d’agents pour le nettoyage conduira à un manque d’hygiène dans les trains. Même cas de figure pour les techniciens des contrôles légaux. Moins de vérifications des escalators, des ascenseurs donc augmentation du risque d’avoir des accidents. Pensons aussi aux personnes âgées, aux personnes à mobilité réduite. Le manque d’agents de la sécurité… On ne doit pas taire ce genre de situations. C’est insupportable pour notre organisation syndicale et pour garantir la santé et la sécurité il faut recruter beaucoup plus.

On a pourtant l’impression que la SNCB engage...

Michel Abdissi. C’est vrai, un travail formidable est réalisé par HR-Rail. On recrute en moyenne 1 500 cheminots par an. Mais dans un même temps, il y en a 3 000 qui partent. Nous enregistrons donc une perte de 1 500 personnes. Nous avons l’impression que les responsables des chemins de fer belges profitent de cette pyramide des âges, vieillissante, pour faire passer le nombre de cheminots en dessous de 30 000. J’attire aussi votre attention sur l’augmentation de firmes privées qui gravitent au sein de notre société

Vous demandez le recrutement de suffisamment de personnel. À combien estimez-vous ce chiffre ?

Michel Abdissi. Dans notre cahier revendicatif, nous estimons que, pour fin 2015, nous devons avoir potentiellement 39 000 cheminots. Il est vrai que c’est un véritable défi mais la société doit être plus proactive. Il faut créer pour cela une véritable académie du rail et obliger les dirigeants d’Infrabel et de la SNCB de revoir à la hausse les contingents au niveau des recrutements

Vous dénoncez la multiplication de la sous-traitance. Votre revendication d’une structure unique est-elle toujours d’actualité ?

Michel Abdissi. Bien sûr. Notre vision n’a pas changé. Mais depuis le 1er janvier 2014, la structure bicéphale est mise en place. Le groupe SNCB a vécu, Infrabel et la SNCB volent de leurs propres ailes. Seul, HR Rail, chargé de la gestion de tout le personnel, a encore un rôle fédérateur. Cette nouvelle structure influence également les situations financières des entités. Une seule solution, notre solution : la structure unique.

Ces temps-ci, le secteur du rail est attaqué dans d’autres pays européens…

Michel Abdissi. Nous avons déjà réalisé des actions communes avec des pays voisins. Nous faisons partie de l’ETF (European Transport Workers Federation, NdlR). Nous devons rencontrer prochainement les responsables des syndicats d’autres pays. L’idéal serait de faire une/des action(s) au niveau de toute l’Europe pour dénoncer cette volonté de détricoter les sociétés historiques comme la SNCB et la SNCF. Si on arrive à se mettre d’accord pour organiser le blocage du rail à l’échelle européenne, cela aura un véritable impact sur les différents gouvernements.

Avez-vous d’autres raisons de vous inquiéter pour votre secteur ?

Michel Abdissi. Je ne vais pas épiloguer sur les résultats des dernières élections car, en réalité, seuls les résultats des négociations en cours importeront pour la constitution des gouvernements. Il est clair qu’avec ou sans De Wever, le futur gouvernement fédéral risque bien d’imposer des mesures asociales au nom d’une situation financière difficile.

Nous verrons la voie que choisira le nouveau gouvernement mais chacun sait que lorsque le fédéral cherche de l’argent, il met toujours les chemins de fer à contribution…

La grève des cheminots en France vous inspire-t-elle ?

Michel Abdissi. Pour le moment, nous avons déposé un préavis pour une seule journée. Nous espérons avoir un retour positif de la direction. Mais, si c’est l’inverse dès la rentrée, on envisagera des actions de plus grande envergure.

Que répondez-vous aux personnes qui veulent un service minimum ?

Michel Abdissi. Nous sommes totalement opposés à un service minimum. Regardez ce qui se passe en France. Les gens se battent pour entrer dans les trains. C’est une catastrophe. La sécurité est mise en péril. Si, un jour, on essaie de mettre cela en œuvre en Belgique, les locomotives seront soudées au rail. Et, par principe, on ne remet pas le droit de grève en cause.

Dans plusieurs pays européens, les cheminots organisent des actions pour dénoncer leurs conditions de travail, le sous-effectif, le manque de sécurité, etc. Comme les travailleurs du rail français, qui entamaient ce vendredi leur dixième jour de grève. En cause ? Plusieurs syndicats, dont la CGT (syndicat le plus important), veulent revenir à la situation d’avant 1997, c’est-à-dire à un retour à une structure unique.
Plus d’infos sur www.humanite.fr

source : Solidaire

Tag(s) : #europe

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