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Armando Hart et Fidel lors de la cérémonie de remise des diplômes aux enseignants volontaires à la CTC. Photo : Roberto Salas

Le défi le plus redoutable auquel a été confronté le Dr Armando Hart Davalos au cours de sa trajectoire révolutionnaire a sans doute été la création du ministère de la culture.
Remarquable combattant de la lutte clandestine, membre de la direction fondatrice du Mouvement du 26 Juillet, prisonnier du régime tyrannique, au triomphe de la Révolution, il s'est vu confier une tâche difficile : être le premier ministre de l'Éducation dans la nouvelle ère historique qui s'ouvrait dans le pays.
Interprète créatif des idées de Fidel, Hart a joué un rôle décisif dans la transformation des casernes en écoles, les réformes des universités, la revalorisation du rôle de l'enseignant, mais surtout dans la mise en œuvre et le développement de la Campagne nationale d'alphabétisation en 1961.
Après la fondation du Parti communiste de Cuba, il a occupé de hautes responsabilités, dont celle de Secrétaire à l'organisation. Il avait été élu membre du Bureau politique du premier Comité central et avait occupé le poste de Premier Secrétaire du Parti dans la province d'Oriente pendant les cinq premières années des années 1970.
C'est au terme de cette période que, dans le cadre du processus d'institutionnalisation, les dirigeants du pays ont proposé à Hart de prendre en charge le ministère de la Culture, lequel s'était comporté de manière erratique au cours des dernières années. Heureusement, des entités clés fonctionnaient. Fondées dans les premières années de la Révolution, elles avaient posé des jalons.
Le ministère de la culture devait créer, et dans le meilleur des cas restaurer, un climat de confiance entre les artistes, les écrivains et les promoteurs, avec un système institutionnel radicalement nouveau. Au cours de mes longues conversations avec Hart, il m'avait avoué sans ambages que la première chose à se demander était à quoi servait un ministère de la Culture.
En observant d'autres réalités, il s'est rendu compte qu'il existait des pays où le ministère se limitait à quelques opérations dans la sphère publique, souvent désavantagé par rapport au secteur privé : l'assaut néolibéral des années 80 en Amérique latine et dans les Caraïbes et la crise de l'État-providence dans plusieurs pays européens confirmeraient sa perception.
Mais en analysant, comme il l'a toujours fait, la gestion des organismes en Union soviétique et dans le camp socialiste européen, il a apprécié la façon dont la normativité esthétique, le découragement de l'expérimentation et les dogmes limitaient considérablement l'envol de la création artistique et littéraire et stimulaient, malgré tout, des phénomènes indésirables en marge de la société.
Avant de prendre toute décision, Hart se consacra à écouter toutes les opinions des écrivains et artistes cubains, des spécialistes et des universitaires, et de Fidel en action avec l'empreinte des réunions qui aboutirent à son intervention « Paroles aux intellectuels », toujours d’actualité. Ce n'est que de cette manière qu'il a pu comprendre la nature complexe des processus, en particulier lorsque les effets  du « quinquennat gris » pesaient sur la vie culturelle de la nation.
Durant l’exercice de ses fonctions, pas moins de 21 ans à la tête du ministère, Hart  arriva à une conclusion qu'il conviendrait d'analyser à la lumière de notre époque : la culture se promeut, on ne la dirige pas. Cela ne veut pas dire que l’on cesse d’induire certains processus, d’allouer les ressources nécessaires à des programmes fondamentaux, et d’encourager, comme il l'a lui-même souligné, une économie de la culture. Cependant, en séparant promotion de direction, il a attiré l'attention sur la nécessité de bannir les pratiques interventionnistes et volontaristes et, au contraire, de favoriser les valeurs les plus élevées de la création culturelle, qu'il s'agisse de celles de la tradition ou des nouvelles valeurs essentielles du développement. Par exemple, sa participation à la Biennale de la Havane et à la Fête du feu.
En 1983, Hart a tenté de résumer quelques idées sur la mise à jour permanente de la politique culturelle et la relation entre la politique et la culture dans notre processus révolutionnaire. Si l'on laisse de côté l'anecdotique et le circonstanciel, les concepts contenus dans le livre Cambiar las reglas del juego (Changer les règles du jeu), fruit d'un long entretien avec le journaliste Luis Baez, méritent d'être revisités. Cinq ans après le décès du Dr Armando Hart, un 26 novembre, les leçons et les expériences dont nous devrions tirer parti pour améliorer le système institutionnel de la culture sont nombreuses.

source : https://fr.granma.cu/cuba/2022-12-02/armando-hart-la-culture-se-promeut-on-ne-la-dirige-pas

Tag(s) : #Cuba

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