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Le fonds immobilier de la municipalité a été durement frappé. Photo: Ronald Suárez Rivas

• Pinar del Rio. – Agrippée à la vierge qui pend à son cou, Amnedi Duarte fait le signe de croix et, comme quelqu'un qui a vu le visage du diable, elle décrit avec horreur : « Ce qui s'est passé ici, c'était l'enfer ! »
En 74 ans, elle affirme qu'elle n'a jamais été témoin d'une chose pareille.
« Jamais rien d’aussi fort ni d’aussi triste n’était arrivé ici. Je me suis caché dans un placard et j'ai dit : "Oh Seigneur, aidez-nous à nous en sortir !" Nous, les vieux, avons nos croyances. Vous me comprenez, n'est-ce pas ? »
Comme elle, des milliers d'habitants de Pinar del Rio se sont réveillés le 27 septembre avec le sentiment que c’était la fin du monde, dans une municipalité qui, ironiquement, porte le nom béni de San Luis.
Un chiffre suffit à illustrer l'ampleur de la tragédie : 85% des habitations ont été frappées.
Certaines, comme celle de Yasmani Reyes, ont eu leur toiture arrachée. « Nous l'avions protégée avec des bâtons attachés avec du fil de fer et des sacs de sable. Et même avec ça, elle n'a pas résisté. »
Pourtant, elle a eu de la chance. D'autres, comme Elizabeth Cruz, n'ont plus de maison.
« J'avais pensé rester ici, mais quand j'ai vu le chat griffer les murs, j'ai dit à mon fils : allons-nous-en d'ici, les animaux sentent les choses et je crois que quelque chose de terrible va arriver. »
Trois heures plus tard, durant une accalmie de l'œil de Ian, Elizabeth affirme que sa maison était toujours debout, mais au bout d’un moment, le vent a tourné et s'est mis à souffler plus fort que la première fois.
Ce qui s'est passé ensuite n'est pas difficile à imaginer. Dans le rectangle de béton de ce qui était le sol de sa maison, il y a une porte et une fenêtre couchées sur un amas de briques, un lit avec un matelas trempé qu'elle n'a pas pu réutiliser, un réfrigérateur recouvert d’un morceau de nylon, deux cocottes électriques et très peu d'autres choses.
Depuis, Elizabeth vit avec son fils sous une planche en zinc soutenue par plusieurs piquets, récupérés de ce que le cyclone a laissé derrière lui. « Nous avons sauvé nos vies, ce qui le plus important, mais ce qui nous est arrivé est terrifiant », dit-elle, et on se demande où elle trouve la force de ne pas s'effondrer.
« Si je perds courage et que mon fils me voit, il va se décourager lui aussi. En outre, nous devons avoir la confiance et l'espoir que la Révolution nous aidera. »
DES MILLIONS DE PESOS PERDUS
À SAN LUIS
Tout près, dans la zone d'El Paradero, près de de la montagne de décombres de ce qui était il y a encore quatre jours un énorme complexe de transformation du tabac, Miguel Angel Guzman, l'administrateur, assure que « des millions de pesos ont été perdus ».
« Ici, nous avions un emplacement pour le choix des feuilles, un séchoir pour le traitement contrôlé, un entrepôt, un réfectoire et 16 entrepôts remplis de tabac fin de première qualité, destiné à l'exportation », raconte Miguel Angel.
Au total, dit-il, il y avait 90 tonnes pour la campagne 2020-2021 et 360 tonnes de la campagne 2021-2022, sous un bâtiment qui s'est effondré.
« Tout était protégé par des couvertures en polyéthylène, mais les vents n’ont eu aucune pitié », ajoute l’administrateur.
Face à un panorama on ne peut plus sombre, il explique que la première tâche a été d’enlever les décombres, de sauver toutes les ressources qui peuvent l'être et d'ouvrir des lieux où il est possible de commencer à placer le tabac humide qui peut encore être sauvé.
Dans toute la commune reconnue comme « le berceau du tabac », la situation est semblable.
Aucun des 1 250 séchoirs de traitement naturel, ni les 36 de traitement contrôlé, ni les 87 entrepôts dans lesquels est stocké le principal produit exportable de l'agriculture cubaine, n'ont échappé aux assauts de l'Ian.
Sur les 3 655 tonnes qui se trouvaient dans la province, seules 450 se trouvent en lieux sûrs. Le reste demeure dans des endroits présentant une certaine vulnérabilité.
NOUS DEVONS NOUS BATTRE
POUR NOUS EN SORTIR
Ronald Hidalgo, président du Conseil municipal de la Défense, ne se laisse pas abattre par l'adversité et résume la situation en bon cubain : « Ici, nous avons vécu la fin du monde, mais nous devons nous battre pour en sortir. »
Outre les énormes dégâts causés au fonds de logements et à l'industrie du tabac, il explique que le reste de l'infrastructure économique de la municipalité a été durement touché.
Au moment de la mise sous presse, les conseils populaires de El Corojo, El Retiro, Luengo et Buena Vista étaient toujours inaccessibles par la route.
Quelque 15 000 des 32 000 personnes vivant dans la municipalité sont coupées du monde en raison de la chute d'arbres sur les routes.
L'une des priorités de travail est le déblaiement des routes, avec les forces de l’Entreprise d'électricité et d'autres entités du territoire, afin de permettre la communication.
Dans le chef-lieu de la province, on achève de ramasser les branches et les arbres entiers qui n'ont pas résisté à la violence de Ian.
Par ailleurs, on renforce la prise en charge des huit points d'évacuation où 183 personnes sont encore hébergées, tout en sachant que ce chiffre pourrait augmenter en raison du nombre de familles qui ont perdu leur maison et n'ont nulle part où s'abriter.
« Nous insistons auprès des zones de défense pour qu’elles prennent contact avec ces personnes et les déplacent vers les points d'évacuation », a-t-il déclaré.
Avec les forces et les ressources des entreprises de la municipalité désormais sous son commandement, le président du Conseil de la Défense s’attache à prendre en charge les problèmes les plus urgents, et à unir les forces pour transformer le visage de l’une des zones les plus durement frappées par Ian.
Même si les renforts envoyés par la direction du pays pour stimuler la reprise ne sont pas encore arrivés, en raison de la difficulté d’accès à la municipalité et des urgences à prendre en charge dans le chef-lieu de la province, le président du cmd affirme que la visite du président du Conseil national de la Défense, Miguel Diaz-Canel Bermudez, quelques heures après le passage de Ian, a été très encourageante pour les habitants de San Luis.
« Il nous a appelés à l'unité, à récupérer ce qui peut être réutilisé, tout en convoquant la population à se joindre à la reconstruction de ce que nous avons perdu.
« La présence du président, qui nous a donné de l'affection et de l'espoir, nous a aidés à trouver des solutions, a été un soutien dont notre peuple a été très reconnaissant. »
Le bruit des tronçonneuses interrompt parfois la conversation, ainsi que celui de la grue et des camions qui débarrassent les rues des décombres et des branches, confirmant qu'il y a une vie au-delà de la tragédie et que, tôt ou tard, la végétation repoussera, les bâtiments réapparaîtront, si bien que l'ouragan le plus destructeur de mémoire d'homme dans ces terres ne sera plus qu'un mauvais souvenir, et pourrait bien être enregistré dans les récits de l'histoire locale comme l'Apocalypse selon San Luis.

source : https://fr.granma.cu/cuba/2022-10-03/lapocalypse-selon-san-luis

Tag(s) : #Cuba

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