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Malgré l'intense propagande à laquelle les États-Unis consacrent chaque année des dizaines de millions de dollars, les résultats sont très largement favorables à la direction révolutionnaire que Washington tente de renverser depuis six décennies

Auteur: Iroel Sanchez | informacion@granmai.cu

11 novembre 2020 15:11:53

Une amie brésilienne qui se trouvait à Cuba en tant que journaliste pendant quelques jours, m'a fait part de son étonnement de voir que tous les Cubains à qui elle parlait savaient qui était Bolsonaro, Dilma et Lula, ce qui n'était pas le cas dans d'autres pays d'Amérique latine où elle s’était rendue récemment.

L'intérêt exceptionnel avec lequel les Cubains suivent les événements internationaux est quelque chose de très particulier qui passe souvent inaperçu aux yeux de ceux d'entre nous qui vivent sur l'île. Les explosions sociales en Haïti, au Chili, au Panama et en Équateur, le conflit de pouvoir au Pérou, les répressions et les assassinats incessants de leaders sociaux au Honduras et en Colombie, l'ingouvernabilité héritée qui a forcé le gouvernement mexicain à libérer un trafiquant de drogue, l'emprisonnement injuste subi par le leader de la gauche brésilienne pour empêcher une victoire électorale assurée et les élections en Bolivie et aux États-Unis, ou les agressions constantes de Washington contre le Venezuela, peuvent être des sujets de conversation où que ce soit à Cuba, aussi bien au coin d’une rue où l'on joue aux dominos que dans un salle de cours d'une université.

Bien sûr, ces conversations n'évitent pas les graves difficultés que traverse l'économie cubaine, contre laquelle de nouvelles sanctions du gouvernement étasunien sont annoncées chaque semaine, ni les déficiences des services publics auxquelles les citoyens se heurtent, dans lesquelles l'impact du blocus économique peut s’ajouter à la paresse bureaucratique et provoquer contrariété et mécontentement. Toutefois, ce mélange de guerre économique et de carences internes ne provoque pas d’explosions sociales, et lorsque le système – socialisme avec un Parti unique – a été mis à l'épreuve des urnes, comme lors du récent référendum constitutionnel, malgré l'intense propagande à laquelle les États-Unis allouent des dizaines de millions de dollars chaque année et une « Force opérationnelle interne à Cuba » bien financée, les résultats sont très largement favorables à la direction révolutionnaire que Washington tente de renverser depuis six décennies.

L'explication de la machinerie médiatique dominante est que le mélange de « forte répression du régime » et de « nonchalance cubaine » empêche une explosion sociale. Or, dans l'histoire de Cuba – depuis la « reconcentration » de Weyler à la dictature de Batista en passant par celle de Machado –, aucun régime basé sur la répression n'a réussi à rester longtemps à la tête du pays, malgré une « nonchalance » dans laquelle la corruption était la dynamique du fonctionnement de la politique et de l'économie à tous les niveaux.

Au contraire, si au lieu de février 2019, l'élection devait se tenir maintenant, en plein renforcement du blocus, le taux d'approbation dépasserait probablement celui obtenu alors, et cela serait sans doute le résultat d'une combinaison de trois facteurs conjoncturels et de deux facteurs structurels.

Conjoncturels :

1. La recrudescence de l'agressivité du gouvernement étasunien qui renforce le sentiment patriotique et l'unité nationale.

2. L'efficacité politique du gouvernement cubain, qui explique de manière convaincante la relation entre les pénuries et l'augmentation des agressions, et la manière dont la stratégie pour faire face aux sanctions étasuniennes cherche à réduire leur impact sur la vie quotidienne de la population.

3. La situation internationale qui montre un échec visible des politiques néolibérales et le discrédit des formules de la démocratie bourgeoise.

Structurels :

1. Une culture politique massive chez les Cubains, acquise depuis 60 ans grâce à la pédagogie de Fidel Castro, sur la nature de l'impérialisme et sur le projet de justice sociale et de souveraineté nationale de la Révolution.

2. Le lien entre la direction révolutionnaire et le peuple, poursuivi par le leadership de Raul et soutenu par Diaz-Canel. Un lien qui a renforcé la perception que le gouvernement est à l'écoute du peuple et travaille en sa faveur.

Aucun pays d'Amérique latine, parmi ceux qui répriment actuellement les protestations sociales par des coups de feu et des gaz et/ou qui violent ouvertement les règles de la démocratie formelle qu'ils défendent eux-mêmes, n'a été soumis à une guerre économique, à un financement de plusieurs millions de dollars en vue de créer une opposition artificielle, et encore moins à un lynchage médiatique et universitaire mondial permanent de leurs dirigeants et de leur projet politique et social.

Cependant, il faut reconnaître que certains sont mécontents à Cuba, et que beaucoup d’entre eux partent s’installer à Miami. L'accumulation de près de six décennies de privilèges migratoires, ainsi que des compétences éducatives accrues et un bon état de santé, favorisés par le socialisme cubain, rendent ces personnes très compétitives par rapport au reste des communautés immigrées, mais cela ne les rend pas plus libres : plus d'un million de Cubains aux États-Unis subissent de graves restrictions dans leurs relations avec leurs familles à Cuba à cause des mesures de Trump. Pourtant, aucune information ne nous indique que cela y provoque des manifestations importantes. Nous ne lisons nulle part non plus que cette absence de protestation publique est attribuée à la corruption et aux pratiques répressives, en rien démocratiques, que la classe dirigeante de l'île jusqu'en 1959 semble avoir implantée à Miami depuis qu’elle s’est installée dans cette ville il y a bien longtemps, sans passer outre l'exemple édifiant offert par un système qui met aujourd'hui Donald Trump et Joe Biden en concurrence, sur le plan de la corruption et des insultes.


source : http://fr.granma.cu/cuba/2020-11-11/pourquoi-ny-a-t-il-pas-dexplosions-sociales-a-cuba

Tag(s) : #Cuba

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