Union européenne: une année électorale cruciale

Publié le par anonyme

Le processus de construction européenne traverse une crise existentielle qui met en question les fondements politiques sur lesquels reposait cette construction. L’aggravation des politiques néolibérales qui ont disloqué les cohésions économiques, sociales et territoriales, la régression démocratique considérable par la mise sous tutelle des souverainetés populaires, une militarisation croissante dangereuse pour la paix ont conduit à une défiance populaire croissante vis-à-vis de l’Union européenne (UE). Les risques sont grands d’une implosion provoquée à la fois par une fuite en avant dans un ordo libéralisme ravageur imposé aux peuples européens par la gouvernance actuelle de l’UE sous leadership allemand ; ou dans celle que portent les forces de la droite ultraconservatrice et une extrême droite ultranationaliste, raciste et xénophobe, en progression constante, menant à des replis identitaires encore plus dévastateurs pour les droits sociaux et démocratiques.

Dans ce contexte, les élections cruciales, qui vont se tenir tout au long de cette année, doivent s’inscrire d’abord dans l’urgence d’une rupture réelle avec le cadre néolibéral actuel, et en finir notamment avec le pacte de stabilité budgétaire européen, véritable camisole de force « austéritaire » pour les peuples.

En France, cette question est au centre de la bataille électorale avec, notamment à gauche, l’exigence d’abroger la loi El Khomri et les perspectives concernant un « nouveau pacte budgétaire européen » permettant de mobiliser les financements publics pour le développement social et l’environnement.

En Italie, le processus électoral en cours est également marqué par les premiers reculs imposés au gouvernement Renzi, lors du référendum sur la réforme constitutionnelle et les deux référendums d’initiative populaire visant à mettre en cause les lois de précarisation du travail qui se tiendront dans les prochains mois.

Aux Pays-Bas, les élections du 15 mars traduiront à la fois l’échec de la coalition entre les libéraux et les travaillistes au pouvoir, que traduit le recul notoire de ce que l’on nomme encore l’État providence, et le risque que, faute d’alternative suffisante à gauche, la politique de ce pays puisse être conditionnée par un rejet de l’UE porté par une extrême droite ultranationaliste, islamophobe et xénophobe.

En Grèce, la perspective d’une austérité renforcée, exigée par la gouvernance actuelle de l’UE, rend d’autant plus urgente la mobilisation des forces de progrès en Europe pour imposer une inversion de cette politique en remettant en cause les mémorandums d’austérité et les mécanismes de mise sous tutelle imposés à travers l’Eurogroupe.

Dans des situations politiques différentes, les luttes de la gauche progressiste, au Portugal, en Espagne, en Belgique, à Chypre, comme dans les pays nordiques témoignent que cette nécessaire inflexion des politiques de régression sociale en Europe est possible.

Toute avancée significative en ce sens contribuera à « desserrer l’étau » de cet ordre néolibéral que la droite allemande veut encore renforcer si elle l’emporte à nouveau lors des élections de septembre prochain.

Au Royaume-Uni, le résultat du référendum qui a donné la victoire aux partisans de la sortie de l’UE a montré à quel point la possibilité pour les progressistes de défendre un maintien dans l’UE devait être liée à une mise en cause des politiques européennes actuelles. La mise en oeuvre par le gouvernement britannique des modalités très dures pour ce « Brexit » aura des conséquences très douloureuses pour les peuples du Royaume-Uni : dérégulation accentuée de l’emploi, baisse des salaires, pression redoublée pour la privatisation des services publics, etc. Alors que les Écossais et les Irlandais du Nord se sont prononcés pour le maintien dans l’UE, leurs parlements risquent de ne pas être consultés sur les modalités de la sortie, et la première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, laisse entrevoir la possibilité d’un nouveau référendum d’indépendance du peuple écossais « si les aspirations de celui-ci n’étaient pas entendues ».

En Irlande du Nord, des élections anticipées auront lieu le 2 mars. La démission de Martin Mc Guinness, vice-premier ministre, membre du Sinn Féin (SF), suite au scandale financier qui touche le parti unioniste DUP, partenaire du SF dans l’exécutif nord-irlandais, en est l’élément déclencheur. Mais la perspective pour les Irlandais du Nord d’être entraînés dans le « Brexit » contre leur volonté, avec ses conséquences sur les relations avec l’Irlande, notamment la fermeture de la frontière, peut mettre en danger l’ensemble du processus de réconciliation entre les deux communautés, catholique et protestante, consacré il y a près de vingt ans dans les accords dits du Vendredi saint. Pour le Sinn Féin, « les gouvernements britanniques successifs ont sapé le processus de changement en refusant d’honorer les accords, en refusant de résoudre les problèmes du passé, imposant par ailleurs l’austérité et le Brexit contre les souhaits de la population » (lettre de démission de Martin McGuinness du 10 janvier 2017 in Bulletin international du SF). Ainsi, cette crise politique rouvre le débat sur l’avenir de ce processus de pacification, dans la perspective, souhaitée par le SF, d’une réunification à terme avec l’Irlande et dans le cadre d’une UE refondée (cf. encadré : le référendum sur l’unité de l’Irlande et le Brexit).

Enfin, les élections qui se dérouleront dans les pays de l’Est européen (Bulgarie et République tchèque) mesureront également l’ampleur des blocages et reculs démocratiques de la construction européenne dans son élargissement à l’est, avec les résistances populaires naissantes qui cherchent à se structurer dans une alternative progressiste face à la montée en puissance de droites autoritaires et ultranationalistes. Se libérer des contraintes des politiques néolibérales drastiques imposées aux pays d’Europe centrale et orientale depuis leur adhésion à l’UE, affirmer une politique de voisinage avec la Russie et les pays proches, non conditionnée par une politique de sécurité et de défense commune toujours plus alignée sur l’OTAN pourraient ainsi ouvrir la voie à la construction d’un nouveau cadre de coopération et de sécurité collective en Europe, se dégageant de ces contraintes néolibérales et de l’OTAN.

Ainsi la résistance des peuples européens peut et doit se traduire dans des luttes convergentes pour une rupture radicale avec les politiques qui ont marqué le processus de construction actuel de l’UE, dans une perspective alternative de progrès social et de paix : celle de la fondation d’un autre projet européen, d’une autre Europe des peuples et des nations souverains et solidairement associés.

José Cordon
membre de la commission des relations internationales - Europe

source: http://13.pcf.fr/node/97386

Publié dans europe

Commenter cet article