Le rêve chinois: construction d'un pays socialiste riche, prospère et démocrate

Publié le par anonyme

le 07 mars 2017

Des 15 au 25 novembre 2016 une délégation* de jeunes cadres du PCF a eu l’occasion de s’immerger dans « l’empire du milieu » à l’invitation du Parti communiste chinois. Chacun au travers des différentes rencontres de hauts cadres du PCC ou élus territoriaux a pu découvrir :

- Les différentes réalités, les écarts importants de développement d’une région à l’autre : la ville de Kunming et la province rurale de Yunnan où s’identifie plus l’idéal d’égalité porté par le communisme, alors que Shanghai ou Pékin sont plus marquées par les stratégies de développement économique, relayant l’humain à un autre niveau.

- Un système politique où il nous faut mesurer et relativiser le sens et le contenu de la démocratie à l’aune de notre culture occidentale, de celle de la culture chinoise, asiatique en général. Un fonctionnement politique plus vertical, plus hiérarchisé, selon la fonction ou l’âge, l’autorité morale est plus ou moins grande et n’a pas la même valeur. Ce qui est contradictoire pour nous ne l’est pas forcément pour eux.

- Un système politique présidentiel fort où les chambres « parlementaires » - comité central et assemblée du peuple - sont sous l’autorité de la direction du PCC. L’assemblée du peuple étant une représentation territoriale des provinces, du pouvoir politique local, de la société civile, des ethnies élue au suffrage universel. Un élément essentiel de la cohésion sociale est le respect de l’identité culturelle et religieuse des 41 ethnies existantes et de leur représentation dans les institutions.

- Un PCC à forts débats internes sur les questions économiques et sociales, sur les questions internationales, traversé par des courants des plus orthodoxes aux plus libéraux, où ce sont les congrès qui tranchent les orientations, qui déterminent les rapports de force internes, qui élisent les dirigeants du parti et du pays. Les 84 millions d’adhérents au PCC et les 87 millions d’adhérents aux jeunesses communistes étant « représentatifs » de la population au sein des instances du parti et donc du pays.

Malgré la crise financière mondiale de 2008 qui ne lui a pas été favorable, ces 30 dernières années ont vu se modifier les structures de la Chine ainsi que les demandes de la société, certains ayant bénéficié des fruits du développement.

Au plan international, la Chine a su faire grandir son influence pour y jouer un rôle prépondérant : membre permanent du conseil de sécurité de l’ONU, 2e puissance économique mondiale, banquier des Etats-Unis, puissance nucléaire, militaire, industrielle, commerciale, territoriale et démographique dont la zone d’influence dépasse les frontières de l’Extrême-Orient est favorable à un ordre mondial multipolaire où elle serait un pôle incontournable.

Son ambition est d’accélérer le développement économique et social, en renforçant ses accords de libre-échange en partant d’un principe : le besoin que ses partenaires se développent pour trouver des débouchés économiques et commerciaux plus importants dans un rapport gagnant-gagnant.

C’est en ce sens que le dernier congrès du PCC a adopté le « XIIIe plan quinquennal de développement de la Chine » qui anticipe une baisse de la croissance d’ici 2020 à 5 % et s’articule autour de cinq axes essentiels :

Développement de l’innovation : l’objectif étant de dépasser un développement basé sur le seul investissement productif par l’arrivée de capitaux étrangers, notamment des usines d’assemblages de nouvelles technologies venues d’ailleurs. La volonté affichée est donc de diminuer les importations et de développer une politique de formation, d’éducation en investissant massivement dans la recherche scientifique et technique dans une volonté d’indépendance intellectuelle sur des domaines de pointe, produire des marchandises à haute valeur ajoutée (aéronautique, automobile, énergie, haute technologie…) pour exporter.

Développement ouvert : le marché intérieur ne suffisant pas à écouler la production, la Chine cherche à obtenir des accords commerciaux renforcés et s’engouffre dans le libre-échangisme, qu’elle souhaite d’accords de coopérations « gagnants-gagnants ».

C’est ce qu’elle a engagé avec la « nouvelle route de la soie », qui se veut un couloir commercial, fait d’infrastructures routières, maritimes, terrestres, aériennes vers tous les continents. L’objectif étant d’investir fortement dans ces infrastructures en Chine (déjà engagé aujourd’hui) et dans les pays partenaires à la hauteur de cette ambition et de disposer d’infrastructures qui le permette (le rachat du port du Pirée est un exemple, il ouvre la voie au renforcement de son commerce avec l’UE). La Chine est prête à participer dans le cadre de coopérations mutuellement avantageuses.

Développement coordonné : lucide sur les inégalités entre les différentes régions de la Chine, entre les grandes mégapoles et les provinces plus rurales, le plan se veut engager dans un plan coordonné qui encourage, favorise et aide les régions à investir dans le développement en redéployant le tissu industriel.

Développement de partage : en anticipation au risque de baisse de croissance, au-delà des exportations le plan quinquennal se veut prévoir les possibilités d’écouler dans le marché intérieur, d’où le besoin d’augmenter le pouvoir d’achat (1,4 milliards d’habitants) pour maintenir un taux de croissance importants. Par le développement économique et la croissance, des axes forts sont affichés comme construire une véritable protection sociale, éradiquer la pauvreté avec un objectif de sortir de la pauvreté 80 millions de Chinois d’ici 2020. En fait, créer de la richesse par la consommation interne pour la redistribuer afin de construire une forte cohésion sociale et culturelle en élargissant la classe moyenne.

Développement environnemental : après la COP21, le plan veut décliner des réponses aux énormes problèmes environnementaux, notamment dans les grandes villes où se concentrent les principales industries lourdes. Prenant en compte le risque de frapper lourdement ses intérêts économiques par des fermetures massives d’entreprises polluantes et les dégâts sociaux engrangés, la Chine s’engage aujourd’hui dans la planification d’une transition écologique qu’elle veut rapide.

D’autres actions sont engagées comme la lutte contre la corruption, la spéculation immobilière qui sont des armes du capitalisme financier qui investit en Chine. En même temps la Chine poursuit un développement en marche accélérée par le biais de forts investissements publics financés par le pouvoir central et le système bancaire public chinois et par une régulation de l’économie de marché.

Certes de nombreuses questions et interrogations subsistent au vu des contradictions générées par le monde globalisé libéral. Mais il reste cette vision d’espoir, d’autres possibles à mettre en oeuvre pour tenter la transformation sociale. Le rêve chinois est en route dans des chemins tumultueux comme celui qu’est d’ailleurs sa propre muraille.

* La délégation conduite par Laurent Péréa, responsable adjoint des relations internationales du PCF était composée de : Jérémy Giono (Isère), Jérémy Bacchy (Bouchesdu-Rhône), Cédric Latuada (Marne), Loris Fontana (Haute-Savoie), Pedro Maia (Loire-Atlantique), Nathalie Marchand (Somme), Christophe Pouysegur (Haut-Rhin), Gwenn Herbin (Seine-Saint-Denis)

source: http://international.pcf.fr/97343

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