VENEZUELA : Une belle histoire d'amour

Publié le par anonyme

VENEZUELA  : Une belle histoire d'amour

Auteur: Dilberto Reyes Rodriguez | informacion@granma.cu

29 janvier 2016 18:01:55

COLINAS DE SAN LORENZO, Cojedes, Venezuela. — Dans ce lieu couvert de poussière blanche, aux fermes humbles et pauvres, il n’y a pas vraiment de collines. Seule s’élève l’immense vertu humaine qui grandit chaque jour au passage des trois Cubains qui y vivent et y travaillent.

Ils sont trois, mais on ne les voit jamais seuls. Ils entraînent avec eux une ribambelle d’enfants du village, souvent suivis de leurs parents, et partout où ils se présentent, ils trouvent portes ouvertes, entrent dans la famille et finissent par en faire partie.

À Colinas de San Lorenzo se trouve la seule Base de missions de la municipalité de Tinaco, dans l’État de Cojedes. L’institution garantit à ce village à l’extrême pauvreté l’accès intégral aux services de santé, de culture et de sports, assurés par les jeunes Cubains.

Grâce à eux, disent les habitants, la Révolution bolivarienne est devenue plus grande dans ces parages. La communauté a tellement changé que, si l’on ne se rend pas sur place pour écouter les témoignages des gens, on ne peut pas y croire.

L’AUTRE MÈRE D’ELIÉCER

La petite maison d’Omaira, par exemple, est toujours grande ouverte pour eux. Surtout pour Maria Milagros, la coopérante en sport, qui tient la place de seconde mère dans ce foyer. L’enfant qu’on lui a présenté un jour comme patient pour une rééducation s’agite aujourd’hui dans son lit, et se met à rire d’excitation quand la voix de la jeune femme traverse la petite salle sans demander d’autorisation.

Eliécer Quiñones a 14 ans, mais une paralysie cérébrale infantile, compliquée de cyphoscoliose limite gravement les mouvements de son corps et l’oblige à rester couché ou sur un fauteuil roulant… ou dans les bras de Maria.

« C’est ma vie… ». Ce sont les seuls mots qu’elle peut prononcer, la gorge nouée par l’émotion. Elle a coutume de le prendre sur ses genoux après chaque séance de rééducation, et c’est ainsi que cette jeune femme de Cienfuegos nous raconte son histoire.

« Je suis arrivée dans cette communauté pour y accomplir une tâche, mais très rapidement, c’est devenu une récompense, et le cas d’Eliécer y est pour beaucoup.

« Les connaître, lui et sa mère, c’est ce qu’il m’est arrivé de mieux au Venezuela. Sentir que je peux apporter mon aide. Après les soins, je reste avec eux, je cuisine, je lui donne ses médicaments, son repas, et même son bain. Je me sens comme chez moi, je peux leur donner tout ce que je suis comme amie et comme mère, parce qu’à Cuba, j’ai deux filles qui m’attendent. »

Mais la maison d’Eliécer est l’expression familiale, disons à petite échelle, de ce que Maria Milagros a réussi à faire dans la communauté. Il faut dire que le charisme et la générosité sont contagieux, à tel point que le village, auparavant apathique et froid s’est métamorphosé. Désormais, les activités physiques des personnes âgées, de l’école, du jardin d’enfants ou la danse-thérapie mobilisent les après-midi dans le jardin de la base.

« Le meilleur résultat a été l’intégration des gens autour de la base de missions. Aujourd’hui, nous sommes le centre de la communauté. Notre travail a beaucoup amélioré l’ambiance, la sécurité et même les relations entre voisins.

« Les gens s’intègrent d’eux-mêmes aux projets, demandent spontanément, manifestent leur intérêt, la jeunesse surtout. C’est ce qui s’est passé lorsque nous avons construit le gymnase rustique, et avec la contribution de tous, le résultat a été excellent.

« L’impact de la base a grandi comme un enfant qui naît : d’abord tu le portes, tu le caresses et tu en prends soin jusqu’à ce qu’il devienne grand. C’est ce que nous avons voulu faire ici, et nous avons vraiment marqué un avant et un après.

L’ART de la MATERNITÉ

« Nous avons marqué… », insiste Maria, car on retrouve la signature des trois coopérants cubains dans tout ce qu’est devenu aujourd’hui Colinas de San Lorenzo.

Il faut ajouter que l’assistance prêtée par la Base de missions porte aussi un sceau musical très particulier : la chance d’avoir une instructrice culturelle de Mayajigua. Elle est venue depuis la campagne de Sancti Spiritus, de Yaguajay jusqu’aux champs de Tinaco, pour semer les graines de l’art et récolter les fruits multipliés de son art.

À 27 ans, Jhoamma Lopez fait preuve de ses qualités de mère : elle déambule dans le hameau comme une poule avec ses poussins : « Lorsque l’on me cherche, on ne demande pas la prof de culture, mais la maman des enfants d’ici. C’est moi… »

Son histoire, comme celle d’Ahmed, le médecin venu de La Havane, a commencé avec la Base de missions.

« J’ai commencé avec six enfants et maintenant, j’en ai 34 », dit-il, sans se cacher de son petit côté vénézuélien, « car quand tu vis avec eux tout le temps, c’est sûr que tu finis par prendre quelque chose d’eux, leur manière de parler.

C’est un motif de plaisanterie constant entre les enfants et moi. Ils me corrigent et moi j’insiste sur la façon de parler des Cubains. Une vraie fête !

« En arrivant ici, je me suis d’abord rapproché des enfants. Aujourd’hui, nous avons presque une compagnie de théâtre. Ils savent tout faire, parce qu’ils ne veulent rien perdre. En plus, ils ont du talent et ce qu’ils font, ils le font bien : danser, chanter, jouer la comédie, peindre…

« J’ai monté une sorte de Colmenita, mais appelée Avalancha en las Colinas. Des spécialistes de la municipalité viennent leur donner des ateliers de théâtre, d’arts plastiques, de musique, de danse, d’artisanat, de littérature, et il faut voir combien ils sont intéressés. Ils passent le plus clair de leur temps ici, à la Base. »

Jhoamma explique combien les trois coopérants sont unis en prenant l’exemple de la danse-thérapie. « Pendant que les mères pratiquent, leurs enfants restent avec moi pour répéter, dessiner, monter les pièces de théâtre. Il y a longtemps que la confiance s’est installée. Ils les laissent chez moi quand il y a une représentation et que leurs parents ne peuvent pas les emmener. Parfois nous allons avec eux au Mercal (marché communautaire) pour faire les courses ou nous promener dans le hameau.

« Un jour, avant mon départ en vacances à Cuba, ils ont proposé de faire une soirée-pyjama chez moi. Vous imaginez tous ces enfants ? Ahmed, Maria et moi, nous avons accepté de leur faire plaisir et cela s’est terminé par une très jolie fête.

« Je leur ai demandé de venir à 19h. À 18h, ils étaient tous là sur le porche avec leur oreiller et ils sont restés jusqu’au lendemain. Ce fut une joie d’avoir la maison pleine d’enfants, de jeux, de contes jusqu’à ce qu’ils s’endorment. Cette nuit-là, en les regardant endormis, j’ai bien compris qu’ils me considéraient comme une mère, et la Base de missions comme la grande maison de tous.

« J’ai pensé aux miracles sociaux que l’ont peut obtenir grâce à la culture en luttant contre la marginalisation et l’ignorance. J’ai pensé aux objectifs de cette Révolution, attentive aux besoins se sa population pauvre, mais j’ai aussi pensé à Cuba, aux Cubains, je me suis vue là-bas… et je me suis sentie fière. »

AMOUR ET BÉNÉDICTION

À force de déambuler dans le quartier, à faire du porte à porte, Ahmed est tout aussi apprécié, aussi bien quand il soigne les douleurs avec ses médicaments que lorsqu’il arrive tout simplement dans une maison, pour demander des nouvelles des personnes malades et des autres en bonne santé, son stéthoscope autour du cou et une plaisanterie au bord des lèvres.

À Colinas, on s’est habitué à lui, traversant les cours, sur les chemins poussiéreux, sans laisser voir le moindre signe qu’il est né et qu’il a grandi dans la vie urbaine de la capitale cubaine. C’est sans doute pour cette raison que, tout en marchant, il nous confie ce qu’il y a de meilleur dans son expérience: « Aller chez les gens, arriver partout où quelqu'un pourrait avoir besoin de moi. »

« Ici, il n’y avait aucune assistance médicale. Les gens devaient se déplacer vers le CDI (Centre de diagnostic intégral) ou vers un hôpital éloigné, après avoir trouvé un transport. C’est ce manque que nous sommes venus combler, en même temps que nous aidons à former leurs propres médecins. Nous devons le faire bien. »

En venant au Venezuela, il avait déjà 15 ans d’expérience professionnelle, mais avec Marie et Jhoamna, il a formé un trio exceptionnel de débutants dans une mission, lesquels, portés par l’enthousiasme, sont parvenus à la combinaison presque parfaite d’une équipe de travail excellente.

« Je peux aussi bien animer une séance de danse-théraphie que monter une pièce de théâtre, mais je peux aussi compter sur elles comme mes deux meilleures infirmières. » Car c’est bien de cela qu’il s’agit : « À nous trois, nous ne formons qu’un », affirme Ahmed.

Les trois coopérants se retrouvent à l’entrée de la maison d’Eliécer, et à la fin d'une chanson interprétée par les enfants du voisinage, Omaira Quinones, la maman, résume ce que ces jeunes Cubains ont représenté pour elle et son quartier pauvre. À travers les larmes qui brillent dans ses yeux, elle les regarde un à un et nous dit : « Grâce à l’affection de Maria, mon fils a progressé, très lentement, mais il est heureux. Tout ce bonheur affleure quand elle est là. C’est son autre mère et c’est aussi ma sœur.

« Toutes les belles surprises que lui apporte chaque fois Jhoamna, font sourire Eliecer, et moi, je suis encore plus bouleversée. Et grâce au médecin, à sa présence, je n’ai plus eu à courir sur la route, mon enfant dans les bras, pour trouver du secours.

« Je connais des médecins qui refusent les pauvres parce qu’ils ont la gale, et aussi de mauvaises gens qui m'ont dit froidement : "ma fille, mets l'enfant entre les mains de Dieu, ne sois pas cruelle, regarde quelle vie tu lui donnes dans ce monde". Mais avec mes "Cubanitos", j’ai appris que toutes les personnes ont une chance, qu’il n'y a pas de problèmes insurmontables quand l'amour existe, ce grand amour qu'ils nous prodiguent, solidaire, respectueux, désintéressé et sincère.

« C’est ce que vous êtes, un grand amour, une bénédiction accordée à ma famille et à ces gens. »

Publié dans cuba, Venezuela

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