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Raul Castro : Jamais nous n’accepterons de conditions portant atteinte à la souveraineté et à la dignité de la Patrie !

Auteur: Raul Castro Ruz | internet@granma.cu

4 janvier 2016 17:01:21

Discours prononcé par le général d'armée Raul Castro Ruz, Premier secrétaire du Comité central du Parti et président du Conseil d’État et du Conseil des ministres, à la 6e période ordinaire de sessions de la 8e Législature de l'Assemblée nationale du Pouvoir populaire, au Palais des Conventions, le 29 décembre 2015, « Année 57 de la Révolution ».

(Traduction de la version sténographique du Conseil d’État)

Compañeras et compañeros,

Une année de travail intense et de résultats positifs pour le pays est sur le point de s’achever. Ces derniers jours, nous avons eu de nombreuses activités : le 18 décembre dernier, s’est tenue une réunion du Conseil des ministres consacrée, entre autres sujets qui ont été largement évoqués dans la presse, à évaluer la performance de l’économie au cours de cette année et les propositions du Plan et du Budget pour 2016, adoptés aujourd’hui par cette Assemblée.

Samedi dernier, le 12e Plenum du Comité central du Parti s’est penché sur la situation économique et, dans le cadre de la préparation du 7e Congrès du Parti, nous avons analysé la proposition de conceptualisation du modèle économique et social de développement socialiste et le Rapport sur la mise en œuvre des objectifs adoptés lors de la 1ère Conférence nationale du Parti, tenue en janvier 2012.

Comme de coutume, nos députés ont largement débattu en commissions de ces questions sur l’économie, ce qui me permet de n’en souligner que quelques aspects.

En dépit des impacts de la crise économique internationale, aggravés dans notre cas par les effets du blocus étasunien qui reste inchangé, ainsi que des restrictions financières externes qui se sont accentuées durant le second semestre, le Produit intérieur brut (PIB) a connu cette année une hausse de 4%, ce qui est sans conteste un bon résultat dans ces circonstances.

Tous les secteurs productifs connaissent une augmentation, même si certains n’ont pas atteint les objectifs fixés. Les services sociaux maintiennent des niveaux similaires à ceux de l’an dernier.

Le nombre de touristes étrangers s’est élevé à trois millions et demi, ce qui constitue la plus importante hausse enregistrée depuis que le pays a décidé de miser sur le développement du tourisme. On ne saurait négliger que ce résultat a été obtenu alors que Cuba reste le seul pays au monde interdit aux citoyens nord-américains en tant que touristes.

Malgré les restrictions financières auxquelles nous continuons de faire face, nous avons respecté les engagements pris dans les différents processus de rééchelonnement de nos dettes envers les créanciers étrangers et la tendance à la progressive restauration de la crédibilité internationale de notre économie s’est également renforcée.

La dernière preuve concrète dans ce sens a été l’important accord multilatéral signé le 12 décembre dans la capitale française, avec les 14 pays créanciers qui composent le Groupe ad hoc du Club de Paris, ce qui a permis de résoudre un ancien problème, en tenant compte de la réalité et des possibilité de l’économie cubaine.

Cet accord ouvre une nouvelle étape dans les relations économiques, commerciales et financières avec les pays participants, car il facilite l’accès tellement nécessaire, à moyen et long terme, à des financements pour l’exécution des investissements prévus dans nos plans de développement.

Je confirme la volonté du gouvernement cubain d’honorer les engagements résultant de cet accord et d’autres pris lors de la renégociation de la dette avec d’autres États et leur secteur privé.

Je me dois de rappeler également la portée stratégique de l’accord signé avec le gouvernement de la Fédération de Russie concernant le financement, dans des conditions avantageuses, de quatre blocs de 200 mégawatts de génération électrique chacun et la modernisation de notre industrie sidérurgique.

L’année prochaine, le Produit intérieur brut continuera d’augmenter, mais il le fera à un rythme inférieur – 2% –, du fait des restrictions financières prévues, associées à la chute des revenus dans les produits exportables traditionnels suite à la baisse de leur prix sur le marché international, comme le nickel par exemple.

Par ailleurs, même si la tendance à la baisse des prix du pétrole nous est favorable du fait qu’elle réduit la facture d’importation des aliments, des matières premières et des produits manufacturés, il n’est pas moins certain que depuis cette année 2015 certains facteurs sont venus perturber les relations mutuellement avantageuses existantes avec plusieurs pays, en particulier avec la République bolivarienne du Venezuela, soumise à une guerre économique destinée à inverser le soutien populaire à sa révolution.

Face à ce panorama, il ne saurait y avoir de place, comme nous l’a toujours enseigné Fidel, pour le moindre défaitisme, bien au contraire. L’histoire de notre Révolution est riche de pages glorieuses face aux difficultés, aux risques et aux menaces.

Il nous revient de renforcer au maximum les réserves d’efficience, de concentrer les ressources vers les activités qui génèrent des revenus à travers les exportations et diminuent les importations, rendre plus efficient le processus d’investissement et accroître les investissements dans le secteur productif et les infrastructures, en privilégiant la durabilité de la production d’électricité et l’augmentation de l’efficacité dans l’usage des porteurs énergétiques.

En même temps, nous devons réduire toute dépense qui ne serait pas indispensable et utiliser les ressources dont nous disposons avec davantage de rationalité et avec l’objectif de développer le pays.

En dépit des restrictions, nous assurerons les services sociaux qui sont offerts gratuitement à tous les Cubains à des niveaux similaires à ceux de ces dernières années.

Nous aborderons maintenant certaines questions de politique extérieure.

Dans mes paroles du 15 juillet dernier, lors de la clôture de la 5e période ordinaire de sessions de l’Assemblée nationale, je signalais, et je cite : « Nous constatons qu’une offensive impérialiste et oligarchique a été lancée contre les processus révolutionnaires et progressistes latino-américains, à laquelle nos peuples feront face avec détermination » (fin de la citation)

Nous sommes persuadés que de nouvelles victoires attendent la Révolution bolivarienne et chaviste sous la direction du camarade Nicolas Maduro Moros, président de la République bolivarienne du Venezuela, face aux assauts permanents de déstabilisation de la droite, encouragée et soutenue depuis l’extérieur.

Nous avons toute confiance dans l’engagement des révolutionnaires et du peuple vénézuéliens, majoritairement bolivarien et chaviste, qui sauront défendre l’héritage de l’inoubliable président Hugo Chavez Frias.

Nous sommes convaincus que, de même qu’il le fit en 2002, en faisant avorter le coup d’État contre le président Chavez, le peuple vénézuélien et l’union civique et militaire ne permettront pas que les acquis de la Révolution soient démantelés et qu’ils sauront transformer cet échec en victoire.

En réaffirmant la solidarité de Cuba, qui sera toujours aux côtés de la Patrie de Bolivar, nous lançons un appel à la mobilisation internationale pour la défense de la souveraineté et de l’indépendance du Venezuela et la cessation des actes d’ingérence dans ses affaires intérieures.

Au Brésil, l’oligarchie ne ménage pas non plus ses efforts pour tenter de renverser la présidente Dilma Rousseff à travers un putsch parlementaire. Nous lui exprimons, ainsi qu’au peuple frère brésilien, notre solidarité et notre soutien dans la bataille menée dans la défense des progrès sociaux et politiques obtenus durant ces 13 années de leadership du Parti des travailleurs.

L’Histoire démontre que lorsque la droite arrive au pouvoir, elle n’hésite pas à démonter les politiques sociales, à faire profiter les riches, à rétablir le néolibéralisme et à appliquer des thérapies de choc cruelles contre les travailleurs, les femmes et les jeunes. Des décennies de dictatures militaires en Amérique latine et de nouvelles méthodes de déstabilisation contre des gouvernements progressifs nous ont montré que l’impérialisme et la droite ne renoncent pas non plus à la violence pour imposer leurs intérêts.

Dans ce contexte régional périlleux et complexe, il est essentiel de défendre l’unité de la Communauté des États latino-américains et caribéens (Celac) en tant que mécanisme indispensable, légitime, unitaire et divers de concertation politique et d’intégration, qui a permis de rassembler pour la première fois, avec un objectif commun, les 33 États de Notre Amérique.

La Proclamation de l’Amérique latine et la Caraïbe comme Zone de paix, signée par tous les chefs d’État et de gouvernement au 2e Sommet de la Celac, qui s’est tenu à La Havane en janvier 2014, est une base solide pour développer les relations entre nos pays et à l’échelle internationale.

Nous nous sentons optimistes vis-à-vis des progrès réalisés dans les conversations de paix entre le gouvernement colombien et les Forces armées révolutionnaires de Colombie-Armée du peuple, un processus qui est plus proche que jamais de déboucher sur un accord qui mette fin au conflit armé qui a ensanglanté cette nation pendant plus d’un demi-siècle. Nous poursuivrons notre labeur impartial comme garants et siège de ce processus.

Le mois prochain, Cuba assumera la présidence de l’Association des États de la Caraïbe, avec l’engagement ferme et invariable envers la cause de l’unité et de l’intégration latino-américaine et caribéenne.

Comme la presse nationale et internationale s’en est fait l’écho, actuellement plusieurs milliers de citoyens cubains se trouvent au Costa Rica, après être arrivés dans ce pays depuis d’autres pays de la région avec l’intention de se rendre aux États-Unis. Ces personnes, qui ont quitté Cuba légalement, sont tombées durant leur traversée sous la coupe de trafiquants sans scrupules et de bandes de délinquants qui n’hésitent pas à mettre en danger la vie des émigrants cubains.

Notre gouvernement a été en contact depuis le début de cette situation avec les gouvernements de la région, afin de trouver une solution adéquate et rapide, comme l’a également demandé le Pape François, en prenant en considération les conditions difficiles dans lesquelles ces personnes se trouvent. Cuba a renouvelé son engagement en faveur d’une émigration légale, ordonnée et sûre, ainsi qu’en faveur du droit de voyager et d’émigrer des citoyens cubains et de revenir dans leur pays, conformément à sa législation migratoire.

Tout comme le signale la Déclaration du Gouvernement révolutionnaire publiée le 1er décembre, la politique des « pieds secs-pieds mouillés », le programme visant les médecins cubains [Cuban Medical Professional Parole, conçu pour encourager les médecins cubains à abandonner leurs missions à l’étranger] et la Loi d’Ajustement cubains restent la principale incitation à l’émigration irrégulière depuis Cuba vers les États-Unis.

Les migrants latino-américains et caribéens méritent également un traitement humain et juste. Il faut mettre un terme aux pratiques abusives et discriminatoires, à la violation de leurs droits humains, à la séparation des familles et à la cruelle détention et l’expulsion d’enfants non accompagnés.

Passant à un autre sujet, nous avons attiré l’attention très tôt sur le fait que la politique de sanctions unilatérales contre la Russie et le renforcement du siège que l’OTAN met en place à ses frontières n’a fait qu’attiser un climat d’instabilité et d’insécurité dans la région.

La crise humanitaire provoquée par les vagues de réfugiés vers le continent européen, en raison des conditions de conflit et de pauvreté découlant de l’ordre économique international injuste, des guerres non conventionnelles et des actions de déstabilisation de l’OTAN en Afrique du Nord et au Moyen Orient, n’a cessé de s’aggraver. L’Europe se doit d’assumer sa responsabilité et de garantir le respect des droits humains de ces personnes, ainsi que de procéder à une analyse critique des causes de ce phénomène et apporter une réponse à ce problème.

Nous réitérons le droit du peuple syrien à trouver une issue digne à ses problèmes avec la participation des autorités légitimes de ce pays, sans ingérences extérieures, en préservant sa souveraineté et son intégrité territoriale.

Au mois de septembre dernier, nous avons reçu avec admiration, respect et affection le Pape François, l’année même où nous commémorions le 80e anniversaire des liens ininterrompus entre le Saint-Siège et Cuba. Nous avons apprécié sa prédication en faveur de la paix, de l’équité, de l’éradication de la pauvreté, de la défense de l’environnement, ainsi que ses réflexions sur les causes des principaux problèmes qui se posent à l’Humanité.

En cette année qui s’achève, le dialogue politique bilatéral avec de nombreux pays s’est renforcé, mis en évidence par les visites à Cuba de 184 délégations étrangères, dont 25 étaient conduites par des chefs d’État ou de gouvernement venus de toutes les régions du monde.

En septembre dernier, nous avons participé, avec la majorité des chefs d’État et de gouvernement de la planète, au Sommet de l’ONU pour l’adoption de l’Agenda 2030, qui a précisé un nouveau cadre en faveur du développement durable, avec pour objectif de réduire la pauvreté extrême, la faim, les maladies, l’inégalité de genres, le manque d’accès à l’éducation et aux infrastructures de base et la dégradation de l’environnement.

Les engagements et les actions du monde industrialisé restent insuffisants. Ce n’est qu’en construisant un nouvel ordre économique international et une architecture financière globale différente que les pays du Sud pourront atteindre les buts et les objectifs fixés.

La communauté internationale a confirmé son rejet du blocus nord-américain à différentes instances, notamment au Sommet de l’ONU et au segment de haut niveau de l’Assemblée générale, à laquelle j’ai eu l’occasion de participer et où des dizaines de chefs d’État et de gouvernement ont réclamé la fin du blocus.

Le 27 octobre, 191 États membres de l’ONU ont soutenu la résolution cubaine, un geste dont notre peuple est profondément reconnaissant et qui prouve que le monde n’oublie pas que le blocus est toujours en vigueur.

Nous avons réitéré au gouvernement des États-Unis que pour normaliser les relations bilatérales, le blocus doit être levé et le territoire occupé par la Base navale de Guantanamo doit être restitué, comme je l’ai souligné dans ma déclaration au Conseil des ministres, le 18, dans laquelle j’ai réaffirmé par ailleurs que l’on ne saurait prétendre que Cuba abandonne la cause de l’indépendance ou renonce aux principes et aux idéaux pour lesquels plusieurs générations de Cubains ont lutté durant un siècle et demi.

Pour avancer dans ce processus, le droit de tout État à se donner le système économique, politique et social de son choix, doit être respecté, sans ingérence d’aucune sorte. Jamais nous n’accepterons de conditions qui portent atteinte à la souveraineté et à la dignité de la Patrie.

L’essentiel aujourd’hui est que le président Barack Obama fasse usage avec détermination de ses vastes prérogatives exécutives afin de modifier l’application du blocus, ce qui donnera du sens à ce que nous avons obtenu et permettra de réaliser des progrès solides.

Il y a à peine un mois, nous avons célébré les cérémonies du 40e anniversaire de l’indépendance de l’Angola et le début de l’Opération Carlota, qui ont permis de rappeler la contribution internationaliste de notre peuple à cette héroïque épopée à laquelle participaient des Angolais, des Namibiens et des Cubains, et qui a définitivement modifié la carte politique de l’Afrique australe et a accéléré la fin du régime honni de l’apartheid.

Nous apprécions tout spécialement la solidarité de l’Union africaine envers Cuba; nous réitérons notre appui à son programme de développement Agenda 2063 et nous continuerons à honorer nos engagements de coopération.

Au cours de ce semestre, des progrès ont été enregistrés dans la négociation de l’Accord de dialogue politique et de coopération entre Cuba et l’Union européenne, ainsi que dans nos relations bilatérales avec ses États membres. En février prochain, j’effectuerai une visite officielle en France pour répondre à celle effectuée par le président François Hollande.

Pour conclure, compañeras et compañeros,

À quelques heures d’entrer dans l’année 58 de la Révolution, je souhaite transmettre à tous les Cubains des vœux mérités et la profonde conviction que nous saurons relever tout défi à notre objectif de construire un socialisme prospère et durable.

Je vous remercie. (Ovation)

source: http://fr.granma.cu/cuba/2016-01-04/jamais-nous-naccepterons-de-conditions-portant-atteinte-a-la-souverainete-et-a-la-dignite-de-la-patrie

Tag(s) : #cuba

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