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Venezuela : défaite électorale pour les héritiers de Chávez

André Crespin

Ce dimanche 6 décembre, les Vénézuéliens étaient appelés aux urnes pour la 20e fois en 17 ans de révolution bolivarienne. Ils y renouvelaient les 167 députés de leur Parlement. L’opposition, dont la victoire était annoncée depuis plusieurs semaines dans les sondages, s’est confirmée lors du décompte des votes…

Si sa victoire était attendue, personne n’imaginait cependant que l’opposition raflerait 2/3 des sièges du Parlement. Pourquoi et comment cette défaite a-t-elle pu se produire ? L’avenir de la révolution bolivarienne initiée par Hugo Chávez est-il menacé ?

Attaque en règle contre les acquis de la révolution

La vie quotidienne des Vénézuéliens risque bien d’être fortement affectée par ce basculement politique. Il n’a pas fallu 24 heures à Fedecamaras (l’équivalent de la FEB au Venezuela) pour demander au nouveau Parlement d’annuler la LOTT, la loi organique du travail et des travailleurs qui, comme son nom l’indique, régit les relations entre employeurs, travailleurs et syndicats. Ayant été votée sous Chavez, les patrons veulent s’en débarrasser au plus vite.

Les « misiones » qui fournissent gratuitement soins de santé, cours d’alphabétisation et aliments subsidiés dans chaque recoin du pays seront également dans la ligne de mire du nouveau Parlement.

La privatisation des grandes entreprises nationales et le vote de lois favorables aux investisseurs et au capital seront le troisième cheval de bataille de la droite vénézuélienne, bien décidée d’en finir avec le « chavisme ».

Résultats

Les résultats définitifs ne sont pas encore connus. Ce mardi matin (8 décembre), le site officiel du pouvoir électoral annonce que 55 sièges sont acquis pour le camp du président Nicolás Maduro, 107 pour l’opposition de droite, trois pour les représentants indigènes (qui seraient liés à l’opposition). Avec une majorité des 2/3, la droite va pouvoir modifier la constitution à sa guise. Les conséquences risquent d’être lourdes pour la révolution bolivarienne car cela ouvre la porte à l’éviction même du chef de l’État avant la fin de son mandat.

A qui la faute ?

Dans un livre publié récemment, The WikiLeaks files, Julian Assange et ses collaborateurs montrent avec de nombreuses preuves à l’appui que les USA ont toujours mis des efforts intenses pour déstabiliser le pays depuis l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chávez. Ils ne lui ont jamais pardonné d’avoir nationalisé le pétrole, d’avoir mis l’économie au service du peuple et d’avoir travaillé à une intégration régionale sans les USA, tournée en premier lieu vers Cuba et les autres pays progressistes de la région. Déjà en 2002, le documentaire « La révolution ne sera pas télévisée » avait montré à quel point les Américains étaient impliqués dans le coup d’État manqué et à quel point ils avaient travaillé main dans la main avec l’opposition. Depuis lors, leur rôle pernicieux n’a jamais cessé. L’économie a été sabotée, des pénuries ont été organisées, l’opposition a été financée et organisée pour encourager « l’alternance ». L’ingérence étasunienne est certainement pour beaucoup dans les causes qui sous-tendent la situation économique difficile que traverse les Vénézuéliens aujourd’hui. Celle-ci a malheureusement poussé une partie d’entre eux à voter contre le gouvernement (plutôt qu’à soutenir le projet de la droite).

La chute vertigineuse des prix du pétrole a également joué un rôle déterminant. Membre de l’OPEP, 95 % du commerce extérieur du Venezuela est basé sur les hydrocarbures. En moins d’un an, le prix du baril est passé de plus de 100 dollars US à moins de 40 dollars US. Les revenus pétroliers ont fondu comme neige au soleil. Le gouvernement bolivarien, conformément à ses principes, n’a pas effectué de coupes dans les secteurs de santé, éducation, etc. Mais, le reste de l’économie en a pâti.

Réaction de Maduro

Intervenant à la télévision dès l’annonce officielle des premiers résultats, le président Maduro a reconnu sa défaite et salué le fait que le scrutin ce soit déroulé calmement. Le vote a eu lieu dans un contexte économique difficile, saboté en partie par une opposition qui entretient les pénuries de produits de première nécessité pour attiser le mécontentement populaire. Une véritable « guerre économique » tel que le dénonce le gouvernement bolivarien. Le président Maduro estime d’ailleurs qu’il ne s’agit pas « d’une victoire de l’opposition, mais bien de celle d’une contre-révolution ». Car l’intention de la droite vénézuélienne est bien de détricoter au plus vite les acquis sociaux gigantesques développés en 17 ans de révolution bolivarienne. Bien que Maduro ait déclaré que « rien n’est s’est arrêté, rien ne s’arrêtera, tout continuera comme prévu », le nouveau Parlement fera tout pour mettre des bâtons dans les roues du gouvernement, voire pour le faire tomber.

Quelles perspectives ?

Après le retour de la droite au pouvoir en Argentine le mois dernier, la tentative de destitution (avortée) de la présidente brésilienne Dilma Roussef la semaine dernière, c’est maintenant au tour de la gauche vénézuélienne de subir un revers. C’est toute l’Amérique latine progressiste qui retient son souffle. Le Venezuela étant un moteur de l’intégration régionale et premier partenaire commercial de Cuba, c’est un continent entier qui va subir les offensives d’une droite qui a le vent dans le dos et qui compte bien en profiter.

La révolution bolivarienne est face à des défis de taille si elle veut perdurer. Malgré le handicap d’un Parlement qui lui sera franchement hostile, il est important de pouvoir atténuer les conséquences économiques (inflation, pénuries, etc.) que la population subit au quotidien. La diversification de l’économie aurait pu réduire dans une certaine mesure la dépendance aux importations qui rend le pays si vulnérable. Maintenant que la droite contrôle le parlement, la marge de manœuvre de Maduro et de son équipe n’en sera que plus restreinte. Mais quel pays pétrolier a-t-il réussi dans l’histoire à diversifier son économie avec succès ? C’est donc un véritable challenge auquel doivent s’atteler les Vénézuéliens.

Maduro et son gouvernement semblent cependants être prêts à tirer toutes les leçons de ce scrutin et à travailler d’arrache-pied pour continuer de l’avant. Maduro a réuni dès lundi son cabinet ministériel pour un premier débriefing. A la suite de celui-ci, le Vice-Président a été chargé personnellement de plancher sur les défis économiques immédiats. Par ailleurs, Maduro a convoqué pour ce mercredi 9 décembre les 900 délégués de son parti, le PSUV, pour un congrès à Caracas en vue d’évaluer la situation, élaborer des propositions et des plans d’action. A leurs côtés, le peuple vénézuélien qui soutient la révolution bolivarienne jouera lui aussi un rôle primordial dans le rapport de force avec la droite qui risque bien de s’aiguiser davantage.

« Ce n’est pas le temps de pleurer, mais bien celui de se battre » déclarait Maduro à l’issue de son intervention le soir des élections. « Nous sommes le peuple, nous venons d’en bas. Nous savons ce que sont les difficultés. »

Les défis pour les progressistes vénézuéliens sont de taille. Force est de constater que les conditions leurs seront défavorables dans les mois et années à venir. La solidarité des progressistes du monde entier à l’égard de la révolution bolivarienne a toujours été sans failles depuis ses débuts. C’est maintenant que les difficultés se présentent qu’elle devra se déployer avec toutes ses forces. Le rapport de force se joue aussi en dehors des frontières du Venezuela.

source:http://solidaire.org/articles/venezuela-defaite-electorale-pour-les-heritiers-de-chavez

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Tag(s) : #Venezuela, #élections

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