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Regards face à une situation tendue

Auteur: Laura Bécquer Paseiro | laura@granma.cu

10 décembre 2015 15:12:57

UN calme sous tension. Tel est le panorama politique au Brésil en ce moment après l’ouverture du procès politique (impeachment) contre la présidente Dilma Rousseff. Dans diverses assemblées, la chef de l'État a dit se sentir en paix et la conscience tranquille, parce qu'elle n'a commis aucune des infractions dont on l’accuse.

La semaine dernière, un groupe de députés de l’opposition conduits par le président de la Chambre des députés, Eduardo Cunha, a donné le feu vert à la demande de procès politique contre la dirigeante, sous prétexte d’une violation de la Loi de Responsabilité fiscale, pour avoir « maquillé » les comptes publics de l'année 2014.

Rousseff elle-même a demandé d'accélérer la procédure pour éclaircir et stabiliser la situation dans le pays, alors que Cunha préparait au Congrès la création de la commission chargée d'étudier la demande d'impeachment.

La nouvelle a provoqué plusieurs réactions dans le panorama politique du pays, depuis l’ancien président Luiz Inacio Lula da Silva jusqu'à des responsables connus de l'opposition comme l’ancienne candidate aux élections présidentielles Marina Silva, qui s'opposent à ce procès contre Dilma.

Pour Lula, la décision de Cunha manque de tout soutien légal : « ce n’est rien de plus qu’une démonstration de haine et la preuve qu’il a placé ses intérêts personnels au-dessus de ceux du pays. »

De son côté, l’ancien président du Tribunal suprême fédéral, Joaquim Barbosa, a mis en doute le fait que l’on puisse soumettre Rousseff à un procès politique.

« Ni le Tribunal des comptes de l’Union, ni le Tribunal suprême électoral, ne possède de mécanismes pour lancer un procès d’une telle envergure », a déclaré Barbosa durant le 7e Congrès international des marchés financiers et des capitaux qui s’est tenu ces jours-ci à Sao Paulo.

« L'impeachment est une chose très sérieuse qui, s’il était organisé, on sait comment il commence mais on ignore comment il se termine. C'est un choc séismique dans les institutions. Cela doit être quelque chose de très bien fondé, une preuve irréfutable qui implique directement la présidente de la République. Sans cela, nous sortons perdant et avec les institutions brisées », a conclu le responsable d’enquêter sur le scandale de corruption connu sous le nom de « mensalao ».

Par ailleurs, une lettre du vice-président brésilien Michel Temer adressée à Dilma Rousseff a été rendue publique, dans laquelle il déclare qu'elle n'a jamais eu confiance en lui et se qualifie de « vice-président décoratif ».

La lettre de Temer, qui dirige le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB), auquel appartient Cunha, a fait l'objet de moquerie sur les réseaux sociaux et n'a pas eu l'effet politique escompté.

Dans le même temps, des analystes politiques comme le Basque Katu Arkonada, considèrent que« l’initiative du député Cunha, qui est un cadavre politique, manque de tout type de soutien juridique, il s’agit d’une excuse politique qui s’appuie sur une erreur administrative (la violation de la Loi des responsabilités fiscales), un mouvement désespéré d’une personne désespérée, le président de la Chambre des députés, qui ne s’est pas senti soutenu par le gouvernement face aux nombreux procès pour corruption auxquels il va devoir faire face ».

Katu Arkonada, qui est également membre du Réseau en Défense de l'Humanité, a déclaré à Granma que le « putsch parlementairedoux » que l’on tente d'organiser au Brésil intervient à des moments où l'Amérique latine vit « un reflux du changement d'époque, une étape de ralentissement du cycle progressiste, voire même certains reculs, comme la défaite du kirchnérisme en Argentine et des forces chavistes aux récentes élections législatives au Venezuela ».

Face à ce scénario régional, le militant politique déclare que « nous devons plus que jamais être vigilants aux tentatives de coups d’État qui seront données contre les gouvernements progressistes », alors qu'il rappelle que « quand elle ne peut pas les sortir par la voie électorale, la droite latino-américaine conspire pour sortir de manière antidémocratique les gouvernements de gauche, et c’est ce qui est en train de se passer au Brésil ».

Arkonada propose dans le cas du Brésil d'établir comme priorité « de défendre le gouvernement de Dilma face à cette tentative de putsch parlementaire, et ensuite de soutenir la recomposition du PT (Parti des Travailleurs) pour qu'il puisse remporter les élections en 2018 avec Lula pour candidat ».

Le spécialiste consulté par ce journal estime en outre que les attaques contre Dilma prétendent atteindre Lula pour éviter son éventuel retour à la présidence. Alors que l’on attend une solution à la crise politique au Brésil, il est important de souligner le rôle d'un acteur très influent dans cette dernière : les médias de communication. La chaîne O’Globo est un exemple de la portée destructive des grands groupes médiatiques opposés à l'administration de Rousseff.

Tous les jours, cette chaîne diffuse au moins cinq minutes de propagande contre le gouvernement, où des députés de l'opposition expliquent à un horaire de pointe (entre deux novelas après l'émission du Journal télévisé) les raisons pour lesquelles la chef d'État doit être jugée. De cette manière elle joue son rôle dans la machinerie de déstabilisation à l’œuvre au Brésil.

source:http://fr.granma.cu/mundo/2015-12-10/regards-face-a-une-situation-tendue

Tag(s) : #amérique latine

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