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Réaction de l'ANACR à propos de la Série «Un village français»,

Paris, le 14 décembre 2015

Madame Dana HASTIER

Directrice exécutive de France 3.

7, Esplanade Henri de France,

75015-PARIS

Madame la Directrice,

Il n’est pas dans notre propos de contester aux réalisateurs d’une œuvre de fiction une liberté de création que ne sauraient avoir ceux d’un documentaire explicitement de caractère historique, tenus à une rigueur dans la relation et la présentation des faits.

Pour autant, et d’autant plus que, bénéficiant d’un conseiller historique de réelle notoriété, la Série «Un village français», en dehors de quelques anachronismes, a, avec le concours de comédiens talentueux, crédibilisé auprès d’un large public – souvent sans recul par rapport à l’image – l’archétype de la vie d’un village français sous l’Occupation, les derniers épisodes diffusés - et plus particulièrement les 3 derniers – ne peuvent que susciter la réprobation, l’indignation, car donnant une image faussée de ce que fut la Libération, ce que furent les Résistants à la Libération.

Ce qui ne saurait se résumer à des aventures sentimentales entre Résistants et sœurs de miliciens, à des procès truqués et exécutions de miliciens, à – scènes affligeantes dans les derniers épisodes - des membres des Milices patriotiques avinés à la recherche de collaborateurs à arrêter sinon massacrer sur place en beuglant l’Internationale.

Les scénaristes, qui dans ces derniers épisodes reprennent des poncifs dont pourtant les historiens ont fait justice, telle la pseudo-menace de prise de pouvoir par les «communistes», devraient, avec un minimum de respect, se rappeler – et rappeler – que, durant toute l’Occupation, nombre de Résistants sont tombés face aux pelotons d’exécution nazis en chantant l’Internationale :

« Il chantait lui sous les balles
Des mots sanglant est levé
D'une seconde rafale
Il a fallu l'a
chever

Une autre chanson française
A ses lèvres est montée
Finissant la Marseillaise
Pour toute l'huma
nité »

a écrit en 1943 le poète résistant Louis Aragon, dans sa Ballade de celui qui chanta dans les supplices.

Il y a en France 36 000 communes. Il est statistiquement possible que dans quelques-unes d’entre elles, réparties à travers la France, tel ou tel fait regrettable - voire condamnable - ait pu avoir lieu, la falsification consistant à les rassembler tous dans une unité de lieu, dans une seule petite ville, alias la «Villeneuve» de la Série, laquelle ne pouvant être perçue par le téléspectateur non spécialiste de la période que comme étant «la» «réalité» de toute la France lors de la Libération. Laquelle fut d’abord une période de joie de la liberté retrouvée, d’espérance de la victoire sur le nazisme la guerre continuant, d’attente du retour des prisonniers et des déportés, de souhait d’une France rénovée dont le Programme du Conseil National de la Résistance et les travaux de l’Assemblée Consultative Provisoire avaient dessiné les contours..

Nous demandons donc à la Direction de France 3 de faire part à l’antenne de cette protestation et d’organiser, avec notamment des représentants des organisations de Résistance, un débat permettant sinon de corriger du moins de mettre en évidence les graves distorsions de la réalité que véhiculent les derniers épisodes de la Saison 6 ; et d’associer ces organisations d’anciens Résistants au conseil historique de la réalisation de la Saison 7, dont le thème «l’Epuration», soulève - au vu de la Saison 6 - de grandes inquiétudes quant à la rigueur de son traitement historique.

Je vous prie de recevoir, Madame la Directrice, l’expression de mes sentiments distingués.

Louis CORTOT

Compagnon de la Libération

Président de l’ANACR

Tag(s) : #France, #anticommunisme

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