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Portugal: la droite perd les élections, mais s'impose par la force

26 Octobre 2015

Joaquim Da Fonseca

Après 10 ans d'austérité, le peuple portugais a élu, lors du scrutin législatif du 4 octobre dernier, une majorité parlementaire de gauche. Le Président du Portugal veut néanmoins imposer la droite au pouvoir, les créanciers et les marchés internationaux étant plus importants que le respect de la démocratie.

Une austérité imposée par l'Europe

Depuis plusieurs années, le peuple portugais subit les mesures d’austérité imposées par les le FMI et l'Union européenne afin de l'aider à éponger sa dette. Comme en Grèce, les travailleurs portugais subissent des coupes dans les salaires, un abaissement du salaire minimum, le gel des pensions, une hausse du temps de travail, la suppression de jours fériés, la privatisation des entreprises publiques, hausse de la TVA...

Les mesures du gouvernement de droite du Premier ministre Passos Coelho, au pouvoir depuis 4 ans, ont eu pour effet d’entraîner un portugais sur 4 à vivre sous le seuil de pauvreté et parfois à cumuler jusqu'à 50 heures de travail hebdomadaire pour boucler les fins de mois. Le gouvernement Coelho a poussé des centaines de milliers de Portugais sur les chemins de l'exil. La dette quant à elle n'a toujours pas été épongée.

Lors de la campagne électorale, la coalition de droite a défendu son bilan et la poursuite des mesures d'austérités.

Résultat des élections

Le 4 octobre dernier, cette coalition a perdu les élections législatives. Certes, en se groupant, les deux partis de droite forment toujours le premier groupe parlementaire. Néanmoins, avec leur coalition Portugal en Avant (PaF) ils reculent de 51 à 38% des voix et de 121 à 107 députés, ils n'ont plus la majorité absolue de 115 sièges.

Le parti socialiste, a toujours appliqué l'austérité européenne, mais depuis qu'il est dans l'opposition, il semble vouloir opter, dans ses discours en tous les cas, pour une politique plus à gauche. Il reste le deuxième parti, mais gagne des voix et des sièges. Il obtient 32,3% et 86 parlementaires

Mais ce sont surtout la gauche radicale, anti-austérité, du Parti communiste et le Bloc de gauche, qui ont connu une réelle ascension, Le Bloc de gauche passe de 5 à 10% et de 11 à 19 sièges. La CDU, le front qui rassemble le Parti communiste et les verts, se maintient et augmente même légèrement son score (passant de 7,9 à 8,4%) et gagne un siège passant à 17 parlementaires.

Le soir des élections, les éditorialistes de la presse portugaise estiment que ces résultats vont mener à un gouvernement de large coalition entre la droite et le PS. Le PaF fait déjà appel au secrétaire général du PS, António Costa, en vue de négocier un programme et former un exécutif.

Un accord au sein des partis de gauche pour un gouvernement de rupture

Mais la majorité des Portugais, après plusieurs années de violence économique, a voté contre le gouvernement, contre les mesures d'austérité, pour une rupture à gauche. Le PS, le Bloc de gauche et le Parti communiste portugais obtiennent dorénavant la majorité des sièges au parlement.

C'est pour cette raison que le soir même des élections, le Parti communiste portugais et le Bloc de Gauche ont déclaré que, malgré de grandes divergences avec le PS, ils étaient prêts à soutenir un gouvernement PS qui mettrait fin aux mesures d'austérité et mènerait une politique progressiste.

Dans les jours qui ont suivi les élections, les discussions entre le PCP, le Bloc et le PS ont mené à un accord : les deux formations de gauche soutiendraient, sans entrer au gouvernement, un exécutif PS emmené par Costa et ce « tout en gardant notre identité, sans abdiquer sur notre nature ou tout autre chose », précisait Jéronimo de Sousa, le secrétaire général du PCP, à la TV portugaise.

Le Parti socialiste, qui ne possède pas la majorité absolue au parlement, pourrait compter sur les voix à sa gauche pour des mesures telles que l'augmentation des salaires minimums, le dégel des pensions, la fin de taxations injustes. Des mesures progressistes permettant au peuple portugais de respirer et surtout, respectant sa volonté exprimée par les urnes de rompre avec la politique de Passos Coelho.

L’accord négocié ces dernières semaines prévoit donc une stabilité basée sur un soutien critique du BE et du PCP au gouvernement PS jusqu'aux prochaines législatives.

Le président passe en force

Pourtant, lors de son discours prononcé le 22 octobre, c'est à la droite, minoritaire, que le Président de la République, Cavaco Silva, a confié la tâche de former un gouvernement. Il était pourtant bien informé de l'accord que venait de passer la gauche.

Cavaco Silva a justifié son coup de force antidémocratique en expliquant que les Portugais devaient craindre « un manque de confiance des institutions financières, de nos créanciers, des investisseurs et des marchés financiers externes ». Il a déclaré qu' « il ferait tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher que soient envoyés de faux signaux aux institutions financières, aux investisseurs étrangers et aux marchés ».

En gros, votez pour qui vous voulez, moi je ferai tout pour empêcher autre chose qu'une politique libérale au service des marchés financiers. Même le journal anglais « The Telegraph » le reconnaissait : « Au Portugal, la démocratie passe en second plan face à l'UE et aux règles imposées à ses membres ».

Verdict dans 10 jours

Cavaco Silva entend mettre la pression sur les parlementaires. D'ici dix jours, le Premier ministre Pasos Coelho devra obtenir la confiance du parlement pour son programme et son nouveau gouvernement. Le PS, le BE et PCP se sont engagés à voter une motion de défiance contre ce dernier et présenter ensuite leur alternative gouvernementale.

D'ici là, les partis proaustérité et leurs médias tenteront de faire basculer une partie suffisante de parlementaires (sans doute parmi l'aile droite du PS, voire même le PS en entier). Ils chercheront à leur faire rompe l'accord avec le Bloco et le PCP.

Mobilisation de la gauche et des mouvements sociaux

Le secrétaire général du parti communiste, Jerónimo de Sousa, a vivement réagi au discours du président « Il est inacceptable que Cavaco Silva ne se comporte pas comme le garant de la souveraineté et de l'indépendance nationale, mais comme le défenseur des marchés financiers, des spéculateurs et des intérêts des capitalistes transnationaux. Le PCP réaffirme qu'il s'engage à lutter pour une politique en faveur des droits des travailleurs et du peuple, qui améliorent ses conditions de vie et combattent les injustices sociales. »

Pour l'instant, les dirigeants européens n'ont, semble-t-il, pas encore réagi, peut-être veulent ils se faire plus discrets après avoir imposé par la force des mesures criminelles au peuple grec. Ils semblent faire confiance à leurs alliés portugais pour étouffer dans l’œuf l'émergence d'une alternative de gauche, même extrêmement limitée et timide comme pourrait l'être celle menée par un gouvernement du PS portugais.

Au Portugal, il faudra aussi - et surtout - compter sur la force d'un mouvement syndical et social. Il fera entendre aux parlementaires la volonté de la rue de rompre avec l’austérité et d'aller vers plus de justice sociale.

source:http://solidaire.org/articles/portugal-la-droite-perd-les-elections-mais-s-impose-par-la-force

Tag(s) : #europe, #élections

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