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Turquie : vers une défaite du président Erdogan ?

4 Juin 2015

Le Parti pour la Justice et le Développement (AKP) du président Recep Tayyip Erdogan restera sans doute le principal parti après les élections turques de dimanche 7 juin. Mais, selon les sondages, il pourrait perdre près de 9 % par rapport aux élections de 2011. Le président aurait alors des difficultés à réaliser son rêve de transformer le système politique en régime présidentiel. La montée du nouveau Parti démocratique populaire (HDP), parfois comparé à Podemos ou Syriza, n’y est pas étranger.

L’ascension d’Erdogan

Depuis 2002, l’AKP a pu profiter d’une popularité en hausse. Erdogan fonde ce pouvoir sur un discours nationaliste et des réseaux religieux, mais a aussi profité d’une croissance économique importante, des négociations de paix avec les Kurdes, et la diminution du conflit à l’Est du pays. Son attachement à l’économie de marché et sa politique étrangère lui ont généralement garanti des bonnes relations avec l’Europe et les Etats-Unis. Erdogan a profité de cette popularité pour consolider son pouvoir.

En 2011, l’AKP obtient un score record avec 49 % des voix. Et en 2014, le Premier ministre Erdogan se fait élire président. Erdogan veut maintenant renforcer son autorité en donnant plus de pouvoir à la présidence. Pour y arriver, il faut que l’AKP gagne autour des 330 sièges des 550. Il pourrait ainsi décréter un référendum pour changer la constitution. Mais selon certains sondages, l’AKP pourrait obtenir moins de 276 sièges. Si c’est le cas, un gouvernement de coalition devient inévitable.

Une résistance sociale qui augmente

Cette baisse de popularité relative s’explique partiellement par la résistance sociale qui prend de l’ampleur depuis 2013. Le 13 mai 2013, l’accident à la mine de Soma, qui a coûté la vie à plus de 300 mineurs, a provoqué une série de grèves et de manifestations anti-gouvernementales. Le 28 mai, de grandes protestations embrasaient le parc Gezi à Istanbul, pour ensuite s’étendre vers d’autres villes. Pendant deux semaines, plus de 5 000 manifestations étaient organisées, avec la participation d’environ 3 millions de personnes. La réponse du gouvernement était faite de canons à eau et de matraques. Après deux semaines, la Turquie comptait plusieurs milliers de blessés.

Les demandes des manifestants étaient liées à l’environnement, la démocratie, le droit des femmes et des homosexuels, lesbiennes, bisexuels et transgenres. Le gouvernement s’en est effectivement pris au droit à l’avortement et aux programmes favorisant le rôle des femmes dans la société. D’autres se plaignent de la corruption et de la hausse des prix, affirmant que la croissance économique ne profitait qu’à une minorité. La politique étrangère turque aussi reste au centre du débat. Ses opposants accusent Erdogan de fournir du soutien logistique et militaire aux djihadistes en Syrie, afin d’affaiblir le président syrien Bachar el-Assad. Plus récemment, la construction d’un nouveau palais présidentiel, le « Palais blanc », a fâché une partie de l’opinion publique. Ce palais aux mille chambres aurait coûté plus de 350 millions d’euros.

En 2014, une série de partis communistes et de la gauche conséquente s’est réunie dans une coalition, le « Mouvement Uni de Juin » (BHH), qui ne se présente toutefois pas aux élections. Face aux attaques gouvernementales contre les droits des femmes, le Parti communiste (Turquie) se présente symboliquement aux élections avec une liste de 550 candidates 100 % féminine. En dépit du seuil électoral, le parti veut profiter de la campagne pour se renforcer, et organiser davantage de travailleurs, jeunes et femmes.

Le HDP au-dessus du seuil électoral ?

Electoralement, plus que le CHP (social-démocrate), c’est surtout le HDP qui semble cueillir les fruits de cette révolte sociale. Le seuil électoral antidémocratique de 10 % empêche généralement l’émergence de nouveaux partis. Pourtant, les sondages créditent de 11 % le nouveau parti. Fondé en 2012 avec le soutien de 35 formations de gauche, dont le parti de gauche EMEP, le parti pro-kurde BDP, de syndicats, des associations environnementales, le HDP est fortement lié au mouvement kurde. Néanmoins, dans les médias de nombreux Turcs se déclarent prêts à voter pour le HDP, signe que le parti est devenu un véritable phénomène national. Si le HDP dépasse le seuil électoral, l’AKP n’aura pas suffisamment de sièges pour changer à lui seul la constitution turque.

Dirigé par le duo Figen Yüksekdag et Selahattin Demirtaş, le HDP se présente aux électeurs comme le « cauchemar du Sultan [Erdogan] » et défend une refondation démocratique. Le parti met l’accent sur les droits démocratiques, l’environnement, et l’autonomie régionale pour les régions kurdes. Leurs listes contiennent des candidats de différentes minorités, de nombreux activistes des droits démocratiques et civils, et presque 50 % de femmes.

Face à la popularité croissante du HDP, Erdogan accuse des journalistes, les homosexuels, ou encore le « lobby arménien » de « complot ». Pour les partisans du HDP, les attentats contre leurs bureaux dans deux villes au sud du pays, sont le résultat des attaques verbales par Erdogan et le Premier ministre Ahmet Davutoglu. Et bien que certains craignent que le HDP soit prêt à négocier avec l’AKP, le parti semble pour l’instant incarner l’espoir d’une alternative démocratique au pouvoir absolu de l’AKP.

source:http://solidaire.org/articles/turquie-vers-une-defaite-du-president-erdogan

Tag(s) : #moyen orient, #élections

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