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À la gauche de Syriza, le vertige du compromis

ROSA MOUSSAOUI

MARDI, 24 FÉVRIER, 2015

L'HUMANITÉ

Les concessions de l’exécutif suscitent les critiques de l’aile la plus radicale de la coalition. Certains évoquent le recours à un référendum.

C'est depuis Bruxelles que le député européen (Syriza) Manolis Glezos, figure respectée de la résistance à l'occupation nazie, a décoché une flèche cruelle contre son camp. Le vieil homme – il a 93 ans- a sévèrement critiqué l'accord conclu à l'Eurogroupe, sans même attendre le programme de réformes présenté par Yannis Varoufakis en contrepartie de l'extension de l'accord de prêt liant Athènes à ses créanciers européens. « Changer le nom de la troïka en « institutions », celui du mémorandum en « accord » et celui des créanciers en « partenaires », ne change en rien la situation antérieure (…).

Pour ma part, je demande au peuple grec de me pardonner d’avoir contribué à cette illusion. (…) Entre l’oppresseur et l’oppressé, il ne peut être question de compromis », écrit l'ancien résistant, en appelant « les amis et les membres de Syriza » à « décider s'ils acceptent cette situation ». Incendiaire, la déclaration a été relayée, sur Twitter, par l'architecte du programme économique de Syriza, Giannis Milios. À la gauche du parti, les concessions consenties pour parvenir à un compromis suscitent des interrogations, voire des crispations, certains évoquant même le recours à un référendum. Plus mesuré, le ministre délégué aux Relations économiques extérieures, Euclide Tsakalotos, admet qu'il « n'exulte pas de joie », mais que « le peuple grec a la maturité nécessaire pour évaluer ce qui a été négocié ». Serein, Georges Katrougalos répond par une franche et amicale critique à Manolis Glezos. « Il a gagné le droit d'avoir quelques fois tort.

Je pense qu'il sous-estime le fait que l'ambiguïté constructive de l'accord est le début de la négociation, pas la fin », pense le ministre délégué à la Fonction publique et à la Reforme de l'Etat. En fait, si le débat est vif, la plupart des cadres de Syriza disent avoir conscience que la Grèce est engagée dans un combat de longue haleine. « Nous n'avons pas gagné la guerre, mais nous avons ouvert une brèche. Au regard du rapport des forces en Europe, c'est très important », affirme Maria Karamessini, directrice du département de Politique sociale de l'Université Panteion

Pour cette économiste, le compromis de vendredi présente surtout l'avantage d'offrir « du temps » au gouvernement grec et de mettre en cause l'objectif irréaliste d'un excédent primaire de 3%. Et si Athènes reconnaît ses engagements envers ses créanciers, Tsipras, assure-t-elle, ne perd pas de vue l'objectif d'une renégociation de la dette au terme de ce délai de quatre mois. L'angoisse du compromis plonge-t-elle ses racines dans l'histoire de la gauche grecque ? La blogueuse et cinéaste Marie-Laure Coulmin Koutsaftis en est convaincue : « Toute signature réveille le vieux traumatisme des "déclarations de repentir et de reniement du communisme" que les militants enfermés dans les camps après la guerre civile étaient incités à signer à coup de trique. Chaque signature était considérée comme une trahison et une capitulation. »

source:http://www.humanite.fr/la-gauche-de-syriza-le-vertige-du-compromis-566489

Tag(s) : #europe

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