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PTB: La « guerre culturelle » de Zemmour et d'une nouvelle droite (extrême)

La venue de Eric Zemmour en Belgique suscite la polémique. Alors que beaucoup tentent de faire de celui-ci une victime de la censure, il est essentiel de revenir sur le fond de sa pensée. Zemmour participe aujourd'hui à une opération de banalisation des idées de droite extrême. Et le voir en Belgique à la tribune des cercles de l'élite n'est pas anodin.

Le fait qu'Eric Zemmour soit l'invité de cercles de l'élite économique de Belgique comme le Cercle de Lorraine (où il donne une conférence le 6 janvier), le Cercle de Wallonie (le 15 janvier) ainsi qu'au Golfing Club B19 à Uccle (le 6 janvier) est loin d'être innocent. D'abord, par la personnalité de l'orateur. Eric Zemmour défraie l'actualité avec ses propos racistes ainsi que ses déclarations visant à minimiser le rôle du régime de Vichy durant la seconde guerre mondiale. Au nom notamment de la défense de « la culture chrétienne qui a façonné la France », il est également accoutumé aux sorties homophobes, sexistes ou encore racistes. De toute évidence, Eric Zemmour s'est donné une mission : utiliser les nombreuses tribunes médiatiques qu'il dispose en radio, télé et presse écrite pour mener une « guerre culturelle » et propager l'idéologie de l'extrême-droite.

Son domaine à lui est de rendre acceptable au-delà de l'extrême-droite les idées d'extrême-droite.

Dans sa récente interview au quotidien italien Corriere de la Serra, il se définit clairement par rapport au Front National français. A la question « [Avez-vous] l’intention d’être l’idéologue du Front national ? », Eric Zemmour répond : « Non, sur certains thèmes nous sommes éloignés. Le Front national, par exemple, [n'a pas assez clarifié sa position contre] le mariage homosexuels et, d’un point de vue social, il est [désormais] trop à gauche. Mais je ne me situe pas sur le terrain des partis, mon domaine est celui des idées. Je mène une guerre culturelle, comme le dirait Gramsci. » Traduction : Zemmour est bien d'accord avec le Front National mais il le trouve trop à gauche sur certains points. Et son domaine à lui est celui de travailler l'opinion publique et de rendre acceptable au-delà de l'extrême-droite les idées d'extrême-droite.

Ensuite, la venue de Zemmour en Belgique est également loin d'être innocente en raison du moment choisi par ces cercles de l'élite pour lui offrir leur tribune. En pleine période de crise économique et de contestations sociales, les propos réactionnaires, racistes, sexistes ou homophobes de Zemmour ont une fonction précise : diviser pour mieux régner.

Zemmour accentue les tensions « identitaires » entre pauvres pour faire oublier les tensions sociales entre pauvres et riches.

« On ne peut pas dire qu’il y a des tensions sociales entre pauvres et riches et ne pas voir qu’il y a des tensions identitaires entre pauvres et pauvres », a toujours affirmé Zemmour avant de faire porter tous les maux de la société sur l'immigration, l'Islam, les homosexuels... L'intérêt pour les cercles de l'élite de propager Zemmour devient clair : cela permet d'accentuer les tensions « identitaires » entre pauvres au point d'en faire oublier les tensions entre classes sociales. Et si, en plus, cela offre des boucs émissaires faciles à la crise...

Si le discours de Zemmour doit être combattu et s'il faut y répondre, c'est parce qu'il incarne la frange la plus décomplexée d'un mouvement qui cherche à détourner le débat de l'austérité en pointant du doigt des boucs émissaires ou en remettant au goût des jours des idées qui avaient été vaincues avec la victoire de la France de la Résistance sur celle de la collaboration. Le racisme est l'instrument politique du « diviser pour régner » qui dresse ceux qui ont peur de tout perdre contre ceux qui n'ont rien. A l'instar des propositions ou prises de position récentes d'un certains nombre de responsables politiques de haut niveau en Belgique. Pensons notamment aux déclarations du Secrétaire d'Etat à l'asile et à la migration, Théo Francken, ou celles de Jan Jambon sur la collaboration. Ce discours qui est aujourd'hui une lame de fond en Belgique et en Europe doit être combattu. Zemmour est un représentant de ce courant, un idéologue de l'intolérance et de la haine qui est en train de banaliser des idées d'extrême-droite. Le discours identitaire relativement marginalisé au-delà du Front National en France, s'élargit au niveau culturel entre autre grâce à des gens comme Zemmour.

Face à ce mouvement qui se développe et qui se marque notamment dans des pays voisins par la popularité du FN en France ou des manifestations « anti-islam » en Allemagne, l'enjeu est d'opposer une réponse claire qui mettent en avant des alternatives sociales, solidaires, diverses et multiculturelles.

Comac, le mouvement de jeunes du PTB participe notamment à un appel pour un contre-évènement à la venue de Zemmour ce mardi 6 janvier au Cercle de Lorraine. L'objectif est de faire entendre une autre voix, un autre discours face à celui de Zemmour : une vision où toute individus, dans sa diversité, a sa valeur ajoutée et où notre modèle de société est celui de la solidarité.

La France de Zemmour : blanche, masculine, hétérosexuelle, traditionnelle et intolérante.

Ennemi de ce qu'il appelle le « multiculturalisme effréné », Eric Zemmour fait ainsi de l'immigration, des musulmans et de l'évolution de la place des femmes dans la société les symptômes de la décadence de la France. Une France dont il a une image bien précise : elle consiste à « donner à ses enfants des prénoms français, être monogame, s'habiller à la française, manger à la française, du fromage par exemple […] faire la cour aux filles. ». Une France blanche masculine traditionnelle et intolérante dans laquelle on comprend vite qu'il ne laisse aucune place pour ceux qui sont différents.

« La plupart des trafiquants sont noirs et arabes, c’est comme ça, c’est un fait.». Ces propos tenus à la télévision, et qu'il n'a jamais reniés, lui avaient déjà valu une condamnation par la justice française pour provocation à la haine raciale en 2011 et sont symptomatiques des sorties de Zemmour. Un des ennemis de sa France rêvée, c'est donc bien l'immigration. Il entretient d'ailleurs savamment la confusion autour des termes, prétendant que tous les gens nés hors de France (voire leurs enfants) seraient des étrangers et gonflant ainsi largement les statistiques. Peu importe que des familles soient là depuis plusieurs générations et soient tout aussi « françaises » que les autres. Pour lui, il y a « les français d'avant » et les autres, « ceux des banlieues », « ceux qui ne veulent pas s'assimiler ». Une invasion par ailleurs tout à fait fantasmée de la France qui se base sur des mensonges et des faux chiffres. Comme lorsqu'il déclare qu'« en 2012, l'INSEE a relevé qu'il y avait 5 millions d'étrangers en France et que leurs enfants de moins de 4 ans représentent 7 millions. Soit 12 millions au total. ». Alors qu'il n'y a en France, par exemple toutes nationalités confondues, que 3 à 4 millions d'enfants de moins de 4 ans… Mais peu importe car ces affirmations lui permettent de soutenir ses thèses et de vendre son discours.

Le discours de Zemmour est très largement alarmiste, haineux et dirigé contre les musulmans.

Mais ne nous y trompons pas, sa cible principale est bien l'immigration arabo-musulmane, ce « peuple dans le peuple, des musulmans dans le peuple français, [qui] nous conduira au chaos et à la guerre civile » comme il l'a déclaré récemment dans une interview. « Des millions de personnes en France, mais ne veulent pas vivre à la française. ». Le discours de Zemmour est très largement alarmiste, haineux et dirigé contre les musulmans. Ainsi quand on l'interroge sur cette fameuse « guerre civile » qu'il évoque, il parle des banlieues, des « territoires islamisés de France » et « d'une majorité de gens qui en agressent d'autres ». Reprenant d'ailleurs une citation attribuée au Général De Gaulle, il affirme que « les Français et les arabes, c’est comme l’huile et le vinaigre, mettez-les dans une bouteille ils se sépareront. »

« Infériorité naturelle des femmes » et « holebis contre-nature »

Mais Zemmour ne s'en prend pas qu'aux immigrés et aux musulmans, il est également connu pour ses attaques sur la question des femmes et du féminisme. Selon lui, les féministes et, plus largement, la « féminisation de la France » et « l’État maternel et infantilisant » sont une autre raison de sa décadence. À l'infériorité naturelle de la femme, il oppose un culte de la « virilité », du patriarcat et de la famille traditionnelle. Il explique par exemple que le consumérisme contemporain serait lié au féminisme car, avant, le patriarcat permettait de « contenir les pulsions consommatrices ». Tandis que les femmes, elles, perdraient selon lui toute rationalité une fois la porte du shopping franchie.

Zemmour regrette l'époque où les rapports sociaux reflétaient l'infériorité naturelle qu'il attribue aux femmes.

Zemmour regrette donc cette époque, où les rapports sociaux reflétaient l'infériorité naturelle qu'il attribue aux femmes. Une période où le féminisme n'avait pas obtenu ni le droit de participer à la vie politique ni celui de posséder son corps et d'avorter ou non. Une époque qu'il évoque avec nostalgie par une image révélatrice de sa vision de la femme : une époque où « le jeune chauffeur de bus » peut « glisser une main concupiscente sur un charmant fessier féminin » sans que « la jeune femme ne porte plainte pour harcèlement sexuel »1.

Un troisième grand cheval de bataille de Zemmour est contre les « lobby LGBT » et le mariage entre personnes du même sexe. Ils sont également un maux qui touche la France pure donc il est nostalgique et qu'il rêve de voir se reconstruire. Il a ainsi expliqué que si l'on justifie l’union entre personnes du même sexe, « pourquoi ne pas également demander le mariage entre un père et sa fille, entre un frère et une sœur ? » Il parle d'un « lobby LGBT qui voudrait changer l'homme ». Pour lui, l'homosexualité est simplement contre nature et n'a pas de place dans l'ordre « naturel » qu'il compte ré-instaurer.

Une lame de fond pour trouver des boucs-émisaires

Zemmour exalte donc des conflits prétendument « culturels », essayant d'attiser la haine et l'intolérance à l'égard de ceux qui sont différents. C'est en effet dans ses propres déclarations, dans ses thèses, chez Zemmour lui même qu'on retrouve cette logique de « guerre civile » qu'il prétend dénoncer.

C'est dans ses propres déclarations qu'on retrouve cette logique de « guerre civile » qu'il prétend dénoncer.

On la retrouve lorsqu'il nie la nationalité française à 4 millions de ses concitoyens musulmans lorsqu'il nie aux étrangers naturalisés leur nationalité, lorsqu'il crée et oppose les différentes catégories de français et les rend coupables de la situation actuelle. Un discours qui dissimule derrière le racisme et la misogynie les vrais responsabilités dans la crise économique et sociale : celles de gouvernements qui font payer aux pauvres – quelle que soit leur origine- une crise qu'ils n'ont pas provoqués.

Les droits sociaux et démocratiques, insuffisants certes, mais qui ont été acquis de haute lutte par le mouvement social dans nos sociétés, sont aujourd'hui remis en cause par les politiques d'austérité menées par les gouvernements belges et européens. Ces droits, Zemmour les attaque, et il construit tout un discours qui justifie et détourne l'attention de leur démantèlement.

Comme tout un courant de la nouvelle droite aujourd'hui, Zemmour se présente comme un « outsider », comme quelqu'un qui critique « l'idéologie dominante », « l'individualisme », « la domination du marché » ou la « mondialisation financière » au nom notamment de la défense « des classes populaires ». Mais il ne porte en réalité aucune critique réelle du capitalisme. Au contraire, s'appuyant sur une nostalgie des temps anciens (ceux de la « grandeur de la France »), Zemmour s'attaque aux acquis sociaux et démocratiques qui ont fait progresser des politiques d'égalité. Pour lui, l'ordre naturel des choses est inégalitaire. Dans sa vision, il y a des gens qui seraient en quelque sorte naturellement dominants et d'autres dominés, ce serait inné, sans qu'il n'y ait aucune explication sociale là-derrière. Les gens doivent accepter ces inégalités. Il réfute tout ce qu'il appelle l'idéologie du « caractère social des inégalités » et des discriminations et qu'il identifie à mai 68.

Source:http://ptb.be/articles/la-guerre-culturelle-de-zemmour-et-d-une-nouvelle-droite-extreme

Tag(s) : #europe, #anticommunisme

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