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Retour sur la soirée de solidarité avec le peuple palestinien organisée par le parti du Travail de Belgique

Que se passe-t-il en Palestine ? Comment les Palestiniens réagissent-ils à cette nouvelle attaque d’Israël ? Et, surtout, que pouvons-nous faire, ici ? Ces questions étaient au centre de la soirée de solidarité avec le peuple palestinien, organisée par le PTB ce 15 juillet, avec plusieurs intervenants et témoignages en direct sur place en Palestine.

Elisabeth Mertens

Photo Solidaire, Arne Lennart Nouwen

Ce mardi 15 juillet, à 19h30, la salle du PTB est pleine à craquer. Quelque 180 personnes ont répondu à l’invitation du parti à une soirée d’information et de solidarité avec le peuple palestinien. Après le mot d’accueil des animateurs, Yasmina Ben Hammou et Petya Obolensky, c’est tout d’abord Mario Franssen, de l’organisation de solidarité internationale intal, qui rappelle le cadre politico-historique des événements : « Depuis avant 1948, pour Israël, c’est toujours le même principe qui est en œuvre : le plus possible de terres, avec le moins possible de gens. Colonisation et occupation vont donc de pair pour créer un large Etat juif, sur une base raciste. Et les pays occidentaux ont toujours soutenu cette dynamique d’occupation-colonisation, ce qui n’est pas une coïncidence : les intérêts sont en effet importants dans la région. Le premier port pour exporter le pétrole irakien est Haïfa. Et, avec le développement de l’industrie israélienne et la militarisation, de gros profits sont en jeu. D’ailleurs, sur la Bourse militaire, Israël promeut ses produits comme testés "in situ". C’est un conflit permanent qui cache des intérêts importants dans la région. »

Le but : casser la résistance

La résistance a cependant toujours existé, dès la fin du 19e siècle. Elle a été particulièrement forte lors des guerres de 1948 et 1967. « La vraie cible, c’est la résistance palestinienne qui s’oppose à la colonisation, poursuit Mario Franssen. La résistance s’est unifiée sous l’OLP regroupant les différentes tendances. Avec les accords d’Oslo après la 1ère Intifada, Israël a été obligé de négocier. L’Autorité palestinienne a été créée, mais celle-ci a permis à Israël de diviser les Palestiniens (entre différents partis, avec les élections…). Or ces derniers mois, on a vu s’opérer une réunification des Palestiniens sur le terrain, ce qui a mené à une intensification de l’oppression israélienne. Il a fallu un prétexte pour attaquer et diviser à nouveau les Palestiniens, pour casser une résistance vraie contre la colonisation-occupation. Et c’est cette résistance que nous devons soutenir, parce qu’elle est le seul moyen de trouver une solution. »

Le Dr Hanne Bosselaers, de Médecine pour le Peuple Molenbeek, a passé l’an dernier quatre mois à Gaza via l’organisation Union of Health Work Committees. Pour la soirée, elle a organisé un rendez-vous pour un appel Skype vidéo avec une membre du personnel de santé de l’hôpital où elle a travaillé, dans le nord de la bande de Gaza. Hanne espère que ça va marcher, qu’il y aura de l’électricité là-bas pour la connexion. Après quelques instants, le visage souriant de son interlocutrice apparaît à l’écran et répond à Hanne qui lui demande des nouvelles, en anglais : « On va bien sûr tous au boulot, explique-t-elle, même si c’est difficile et dangereux de se déplacer dans les rues. On postpose les chirurgies mineures pour essayer de faire face aux grosses urgences. Comme en plus, c’est le seul hôpital à avoir une maternité avec un service de gynécologie-obstétrique, on est débordés. » Les plus grands besoins ? « Les médicaments, le matériel médical et l’essence. On en manquait déjà beaucoup avant le début de l’attaque. Nous n’avons pas d’électricité pendant 8 à 12 heures par jour, et nous avons besoin d’essence pour faire fonctionner le générateur. Avant, on pouvait obtenir du pétrole égyptien, qui coûtait la moitié du prix du pétrole israélien, maintenant le pétrole a doublé de prix. » A la fin de la conversation, Hanne l’informe qu’il y a un grand nombre de gens qui l’écoutent. Elle tourne son ordinateur portable pour que son interlocutrice gazaouie puisse voir l’assemblée, qui lance un tonnerre d’applaudissements et scande le slogan « solidarité avec le peuple palestinien ». Visiblement très émue, la jeune femme remercie chaleureusement pour ce témoignage de solidarité… L’émotion est aussi bien présente dans la salle bruxelloise.

La volonté israélienne d’isoler totalement Gaza

C’est au tour de Hassan Jawali, représentant de l’Autorité palestinienne à Bruxelles, de prendre la parole. Il donne des nouvelles de Gaza : « Aujourd’hui, nous en sommes au total à 194 morts, 1500 blessés dont 50 dans un état très grave, et plus de 500 maisons sont détruites. Mais l’occupant israélien poursuit aussi ses mesures de répression en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Le gouvernement israélien de droite et d’extrême droite a pris une décision stratégique : empêcher toute reprise des négociations sous l’égide des Etats-Unis et casser toute communication possible entre Gaza et la Cisjordanie. Il veut l’isolement total de Gaza, il coupe l’eau, l’électricité. Mais, à l’intérieur de la Cisjordanie, il y a également plus de 600 barrages. Le gouvernement agit au plan politique, sur le terrain et par la répression, même dans des zones qui sont sous contrôle selon les accords d’Oslo. Cela prend une nouvelle tournure avec les agressions par des colons israéliens. Ceux-ci, comme le groupe ultranationaliste "Prix à payer", établissent des programmes d’attaques systématiques des maisons, des mosquées, mais aussi de lieux chrétiens. »

Hassan Jawali souligne également le timing de l’actuelle agression : « Le gouvernement israélien a arrêté les négociations et, pour la première fois, il a essuyé des critiques de la part des Etats-Unis. Quant à nous, nous avons pu faire un gouvernement d’union nationale. Nous avons réussi à mettre fin à la division, page noire de notre histoire palestinienne. Israël devait casser cette dynamique. La responsabilité de l’enlèvement et de l’assassinat des jeunes colons israéliens – condamnés par l’Autorité palestinienne – a été mise sur le dos du Hamas. » Hassan Jawali constate cependant que la résistance est très forte : les manifestations se multiplient, là-bas comme ailleurs dans le monde : « Israël est en train de réveiller le sentiment national des Palestiniens, y compris dans la diaspora, et on observe un grand renforcement du mouvement de résistance et de solidarité, à tous points de vue, culturel, économique… Il y a clairement une volonté de chercher une nouvelle stratégie. Mais aujourd’hui, dans l’immédiat, la priorité est d’abord de mettre fin à l’attaque de Gaza et de demander la protection internationale via l’ONU. »

« Une solution : arrêter l’occupation »

Et ici, en Belgique, que pouvons-nous faire ? « Déjà, votre réunion de ce soir, répond Hassan Jawali. Ensuite, le message très clair que vous lancez, "Une solution : arrêter l’occupation", est très important ; parce qu’il ne faut pas renvoyer les parties dos à dos comme un conflit entre deux peuples, comme c’est trop souvent le cas en Occident. Il faut faire comprendre que ce n’est pas un conflit religieux ou communautaire, mais un conflit politique, un conflit colonial. Ensuite, il est fondamental de poursuivre et développer les échanges, comme vous le faites par exemple en matière de soins de santé, mais aussi en matière culturelle, sportive, etc. Parce qu’Israël veut isoler le peuple palestinien, et renforcer ce type d’échanges casse l’isolement. »

Solidarité, information, boycott

Joaquim Da Fonseca et Claudia Chin, membres du PTB, actuellement en Palestine et en Israël où ils effectuent un voyage de solidarité et d’observation pour l’organisation intal, sont joints par Skype. Ils expliquent que le mouvement de solidarité est très fort, qu’il y a tous les soirs des manifestations, suivies de répression durant la nuit. Des manifestants, aussi Israéliens, ont été arrêtés, et les bureaux des associations israéliennes organisatrices des manifestations ont été fermés. « On voit que la vie continue pour les Israéliens, explique Joaquim. Les cafés, restaurants, magasins sont ouverts, mais le climat de terreur est entretenu. A Tel-Aviv, les manifestants palestiniens et israéliens ont été attaqués par la milice d’extrême droite Betar. Les manifestants ont été choqués, la police était présente mais sans faire grand-chose. » Comment s’organisent les Israéliens qui s’opposent à ces attaques ? « Il s’agit de toute une série d’associations très diverses (de défense des droits des femmes, des droits sociaux…) qui font un front contre l’attaque. » Que faut-il faire ? « Solidarité, information, boycott. Il faut aussi montrer les Israéliens qui se mobilisent, c’est très important de ne pas faire l’amalgame entre tous les Israéliens. »

Joaquim et Claudia ont d’ailleurs à leurs côtés Youri, du Parti communiste israélien, le seul parti politique d’Israël qui organise Juifs et Arabes ensemble contre l’occupation, pour la justice sociale et pour le socialisme. Youri rappelle le contexte politique de cette attaque : « Depuis 9 mois, il y avait des négociations sous le patronage des Etats-Unis. Ces négociation ont échoué pour trois raisons. 1. Israël a continué a créer de nouvelles colonies et à en agrandir. 2. Il n’a pas tenu sa promesse de libérer les prisonniers palestiniens. 3. Israël continue de demander que l’OLP reconnaisse le caractère "juif" de l’Etat d’Israël, donc, d’être d’accord avec le sionisme. En plus, le gouvernement israélien a été encore plus sous pression parce que Fatah et Hamas ont formé un gouvernement d’union nationale, reconnu par l’UE, les Etats-Unis, la Russie et la Chine, mais qu’il a refusé de reconnaître. Ensuite, nouvelle pression : les prisonniers palestiniens ont commencé une grève de la faim. Netanyahou a donc dû faire face à une forte critique. La guerre de Netanyahou a pour but de rebattre les cartes et masquer ainsi ce qui le met sous pression : désormais, on ne parle donc plus de la grève de la faim des prisonniers palestiniens. Netanyahou affirme que le nouveau gouvernement palestinien n’est plus légitime parce que le Hamas est responsable de l’escalade. Avec le PC israélien, nous nous battons non seulement contre cette guerre, mais aussi pour les perspectives d’après la guerre. Nous n’avons pas seulement besoin d’un cessez-le-feu, mais de pressions internationales pour arrêter l’occupation et créer un Etat palestinien. C’est la 3e fois en 5 ans qu’on attaque Gaza et ce ne sera pas la dernière si on n’arrête pas l’occupation. Nous voulons réunir le mouvement le pus large possible pour exiger un cessez-le-feu. Nous allons poursuivre cette mobilisation jusqu’à mettre fin à la guerre et offrir une perspective de paix aux gens qui vivent ici. »

Etre enfant à Gaza

La photographe Asmaa Seba présente ensuite un bref reportage sur le travail qu’elle a effectué pendant plusieurs mois avec des enfants de Gaza entre 6 et 11 ans (dont certains ont perdu parents et une partie de leur famille dans la guerre) vivant dans des camps de réfugiés. Elle les a initiés à la photographie et leur a demandé de photographier ce qui était important pour eux, ce qui les frappait dans leur environnement. Asmaa utilise la photographie comme outil de thérapie. En effet, les enfants vivent des bombardements quotidiens, la peur est omniprésente et on parle très peu des traumatismes psychologiques causés par ce contexte de vie, outre les problèmes d’eau, de nutrition, d’éducation… « Il n’y a pas d’enfance à Gaza, du moins d’enfance comme je l’entends, celle de l’insouciance, constate-t-elle. Les préoccupations des enfants sont des préoccupations d’adultes. »

En dernière partie de la soirée, des membres du collectif de sans-papiers qui occupent un bâtiment boulevard Léopold II à Molenbeek prennent la parole. Ils ont dû fuir leur pays, et ils tenaient à manifester leur solidarité avec le peuple palestinien. « Nous luttons pour le droit à l’existence des sans-papiers, des réfugiés. Ici, nous sommes devant une autre occupation. Mais la lutte est aussi celle d’êtres humains qui veulent vivre dans la dignité, la liberté, l’égalité. » Un autre renchérit : « Partout, je vois une chose : ce sont les gens d’en haut qui écrasent les gens d’en bas. »

Après l’intervention de Marianne Blume, de l’Association belgo-palestinienne, et la lecture de quelques poèmes par des jeunes de Comac et une poétesse palestinienne, et avant un petit concert de Marwan Zoueini puis le repas de rupture du jeûne, ce sont des députés PTB au Parlement bruxellois Claire Geraets et Youssef Handichi qui prennent le micro pour clôturer la soirée. Ils soulignent que c’est le même message d’unité qui a été exprimé par tous les intervenants de la soirée ce soir, et rappellent qu’ils s’engagent à interpeller le Parlement régional sur la question du commerce des armes avec Israël. « Mais nous ne pouvons pas agir tout seuls, précisent-ils. On compte sur vous pour signer la pétition sur le site d’intal, et nous pourrons aller avec ces signatures au Parlement bruxellois. » Autres importants rappels : les dates des prochaines manifestations et celle de ManiFiesta, la fête de la solidarité qui aura lieu le 20 septembre et qui invite Fadwa Barghouti, l’épouse de Marwan Barghouti, militant palestinien qui est détenu depuis des années comme prisonnier politique en Israël.

Signer la pétition contre le commerce des armes avec Israël ici

Manifestations de solidarité avec la Palestine : le samedi 19 juillet à 14 h, avenue de Stalingrad à Bruxelles ; le dimanche 27 à 14 heures à Bruxelles (axe Nord-Sud, encore à préciser).

Infos ManiFiesta : manifiesta.be

source : http://www.solidaire.org/index.php?id=1340&L=1&tx_ttnews[tt_news]=38727&cHash=75cb974727c6910091399bc58f68d68d

Tag(s) : #moyen orient

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