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CONFÉRENCE INTERNATIONALE DE CASABLANCA SOUS LE THÈME « EXPÉRIENCES DES FRONTS DE LUTTE CONTRE LE CAPITALISME ET LE DESPOTISME » : les interventions

Le mouvement du 20 février, embryon du front uni de lutte populaire contre le makhzen et pour la démocratie


Le 3ème congrès national d’Annahj Addimocrati a été tenu en juillet 2012 sous le mot d’ordre « Front uni de lutte populaire contre le makhzen et pour l’édification d’un régime démocratique » au moment où le Maroc, à l’instar du reste du monde arabe, connaissait un processus révolutionnaire qui continue, en dépit du recul actuel. Ce processus exprime la nécessité du changement des régimes politiques, économiques, sociaux et culturels dominants incapables d’assurer le minimum de liberté, dignité et démocratie.


Le mouvement du 20 février a incarné ce processus puisqu’il a constitué un front de lutte sur le terrain rassemblant des groupes de jeunes et des forces politiques et sociales de référentiels idéologiques différents( de gauche, libérales et islamistes) autour du mot d’ordre « A bas le despotisme et la prévarication »et permettant, par là-même, de mobiliser les masses populaires.


Le pouvoir a pu désarticuler, temporairement, ce front en :


-attisant les divergences entre les forces de gauche dont certaines ont tenté d’imposer la monarchie parlementaire comme plafond de la lutte et d’autres la chute du régime.


-attisant les divergences entre la gauche et les islamistes


-prenant l’initiative d’un changement de la constitution poussant une partie des classes moyennes et les libéraux à l’attentisme et la démobilisation.


-.utilisant la répression de façon à intimider le mouvement sans le pousser à la radicalisation.


-tentant d’isoler le mouvement du 20 février des mouvements sociaux et du peuple:


.accord (26 avril 2011) avec les syndicats pour neutraliser la classe ouvrière et les salariés en général


.reconnaissance de la langue amazigh comme langue officielle dans la constitution dans le but de se gagner le mouvement amazigh.


.tolérance à l’égard de la construction illégale des logements et à l’occupation des artères des villes par les marchands ambulants pour neutraliser les habitants des quartiers populaires


.alimenter la caisse de compensation par environ 15,5 MMdHS ce qui a permis d’absorber temporairement la cherté de la vie


.procéder à l’emploi de quelques milliers de diplômés chômeurs


Le pouvoir a également tiré profit du fort soutien de la France et des monarchies et émirats du Golfe et des faiblesses du mouvement du 20 février :


-faiblesse organisationnelle (absence de direction ou de coordination nationales)


-caractère routinier de la lutte (marches hebdomadaires) et manque de cran (refus ou incapacité d’organiser un sit-in national)


.le mot d’ordre « A bas le despotisme et la prévarication » ne permet pas de réaliser, sinon une rupture, au moins une grande avancée.


Le processus révolutionnaire actuel ne conduira pas inévitablement à la réalisation de ses objectifs car ceci est conditionné par la capacité des forces agissantes telles que définies plus bas à tirer les leçons du mouvement du 20 février pour en dépasser les erreurs et les faiblesses.


Aussi faut-il résoudre les divergences politiques, tout faire pour que les mouvements sociaux se mobilisent au sein du mouvement du 20 février et élaborer le mot d’ordre capable de rassembler et donner une perspective politique claire à la lutte.


Le mot d’ordre :


Le mot d’ordre adéquat se base sur la définition de la contradiction principale, ici et maintenant, et par conséquent l’ennemi principal, ici et maintenant.


Le changement auquel nous aspirons doit toucher tous les niveaux (politique, économique, social et culturel) . Mais il est conditionné par le changement politique. Et puisque l’entrave principale, ici et maintenant, devant le changement politique est le makhzen comme système basé sur le despotisme, la prévarication, le pillage et la dépendance, c’est lui l’ennemi qu’il faut affronter ici et maintenant.


La chute du makhzen est un processus de longue haleine car il s’agit de démanteler ses appareils répressifs, politiques, idéologiques, sociaux, économiques et culturels. Aussi faut-il élaborer un mot d’ordre d’étape allant dans ce sens. Par ailleurs, le mot d’ordre doit être un dénominateur commun à toutes les forces de changement.


Or les forces agissantes dans le mouvement ne sont pas d’accord sur l’alternative : monarchie parlementaire, république, choix par le peuple.


Ces trois choix nécessitent une âpre lutte unitaire et populaire. Ce qui veut dire que sans l’unité des forces politiques et sociales agissantes, il n’y aura ni monarchie parlementaire, ni république, ni droit du peuple à l’autodétermination.


L’expérience des constitutions depuis 1962 montre que tant que le pouvoir constituant reste aux mains de la monarchie et des forces qui lui sont liées, il n’y aura qu’un renouvellement du despotisme.


Aussi le mot d’ordre d’assemblée constituante nous semble adéquat dans l’étape actuelle.


Les forces politiques et sociales agissantes :


Toutes les forces politiques luttant contre le makhzen ou au moins qui ne le soutiennent pas, qui sont indépendantes de ce dernier et des puissances régionales et qui acceptent la démocratie, au moins comme mécanisme (élections, institutions…). Donc, j’exclus l’USFP, le PPS, le PJD et les salafistes.(sauf éventuellement des éléments et courants démocratiques)


Les forces sociales sont les forces appelées à constituer la base du mouvement du 20 février : jeunes, mouvements sociaux, mouvements des régions marginalisées et dynamiques des marginalisés.


Les instruments de la lutte :


Le front démocratique :


C’est la garantie pour que le despotisme actuel ne soit pas remplacé par un nouveau despotisme.


Le front démocratique, et sa colonne vertébrale la gauche, doit inclure les forces démocratiques politiques et sociales appelées à jouer un rôle de premier plan dans le Front Uni dont le mouvement du 20 février constitue l’embryon.


La Voie Démocratique tente de constituer ce front démocratique en contactant les forces de gauche dont certaines hélas, n’ont pas répondu à notre appel et les forces sociales syndicales, des droits humains, des diplômés chômeurs, amazigh, femmes, …


Avec les forces qui ont répondu favorablement nous comptons bientôt passer à un autre stade de construction de ce front.


La construction du front démocratique exige de renforcer les mouvements et dynamiques sociales pouvant converger dans le M20F :


-ouverture aux jeunes, en particulier, ceux issus du M20F.


-soutien indéfectible aux mouvements luttant pour la démocratisation des syndicats


-soutien aux tentatives unitaires du mouvement étudiant et son combat pour la reconstruction de l’Union Nationale des Etudiants du Maroc.


-soutien du mouvement des droits humains


-renforcement du courant démocrate au sein du mouvement amazigh


-organisation et unification des mouvements de lutte pour le logement, des marchands ambulants et contre la prévarication des instances locales « élues »


-soutien et organisation des paysans en lutte contre la spoliation des terres collectives


-soutien du combat des régions marginalisées contre la pesante mainmise du makhzen et pour leur droit à gérer leurs affaires


Le Front de lutte :


C’est le front de lutte sur le terrain qui comprend toutes les forces agissantes telles que définies plus haut et dont le mouvement du 20 février a été l’incarnation .Ce front est nécessaire pour créer une dynamique de lutte, seule capable de mobiliser des millions d’opprimés. Pendant cette dynamique, de nouvelles forces pourront surgir et les composantes actuelles connaitre des évolutions grâce au débat démocratique et surtout à l’entraide face aux épreuves de la lutte.


Dans ce cadre, nous pensons que c’est une erreur actuellement de considérer les forces islamistes comme l’ennemi principal ou qu’ils sont et le makhzen, des ennemis principaux sur le même pied d’égalité. Ceci nous condamnerait à l’impuissance et serait une alliance objective avec le makhzen contre les islamistes.


Ceci doit s’accompagner d’un combat idéologique et politique pour la laïcité et contre les tendances anti-démocratiques au sein du mouvement islamiste et d’un débat public avec les forces agissantes telles que définies plus haut sur nos divergences (nature de l’Etat, droits individuels, position vis-à-vis de l’impérialisme, question de la femme, question amazigh, programme économique et social..) et sur le M20F comme riche expérience de lutte unitaire sur le terrain.


Intervention du représentant du Parti travailliste / Turquie (ETEP). Deniz Uztopal / le Parti du travail (EMEP) - Turquie


L’expérience du front en Turquie


L’intervention du représentant du Parti
du travail (EMEP) - Turquie


En terme de programme et des objectifs politiques, notre parti s’est fixé deux responsabilités principales : d’abord que la classe ouvrière de Turquie puisse s’organiser en tant que Parti et qu’elle puisse devenir l’avant garde de la lutte pour un monde socialiste. Le second est de réunir les forces progressistes et révolutionnaires de la Turquie afin d’aboutir la lutte pour une Turquie démocratique et anti-impérialiste.


Je ne développerai pas ici le premier point qui concerne son programme maximum et je me concentrerai sur le second afin d’exposer notre expérience sur la question du front.


Depuis très longtemps (on peut remonter jusqu’en 1992), notre Parti s’est fixé comme responsabilité « de réunir toutes les forces qui d’une raison ou une autre sont en conflit avec le système ». C’est son programme minimum. Mais celui-ci peut prendre des formes variées selon les différentes époques et surtout les rapports de forces existantes entre les différentes classes sociales (cela peux concerner aussi bien les rapports entre les classes exploitées et les classes qui exploitent et oppriment , mais aussi à l’intérieur de celles-ci).


1) le gouvernement islamo-conservateur et réactionnaire de AKP cristallise toutes les oppositions


Depuis au moins une décennie, notre Parti fait tout ce qui est en son pouvoir pour la création d’un front « réunissant toutes les forces progressistes contre le gouvernement de AKP et les forces du Capital ». En effet, Le Parti de la Justice et du développement (AKP) est au pouvoir depuis 2002 et a monopolisé tous les pouvoirs (le média a été maté ; la justice a connu de grandes réformes pour qu’elle soit au service de ce parti ; l’armée, l’Etat Major et les Services de renseignements ont été réorganisée selon les besoins de la nouvelle époque, l’éducation a été réorganisée selon les politiques conservatrices et libérales etc...), et cristallise toutes les oppositions.


Pendant plusieurs années le gouvernement islamo-conservateur et réactionnaire de AKP a tenté d’obtenir le soutien de toutes les couches populaires qui avaient subi une répression et une oppression de la part du système, notamment les Kurdes et les Alévis. Mais assez rapidement, ses tentatives ont échoué, car il n’a pas su convaincre ni les Kurdes, ni les Alévis. Le « processus de pacification » qui avait commencé il y a plusieurs années s’est transformé en un processus de plus de répression, de plus d’arrestations, plus emprisonnement pour les Kurdes et les progressistes du pays.


2) Quelques éléments de réflexions sur ce qu’est le front


Depuis l’arrivée au pouvoir de AKP, notre Parti tente de constituer un bloc face à ce rouleau compresseur. Il y a eu plusieurs tentatives, notamment lorsqu’il y avait des rendez-vous électoraux. Mais nous pensions qu’il ne fallait pas simplement se limiter aux élections, aussi importantes soient-elles, mais construire une plateforme plus durable capable de réunir les secteurs les plus combatifs des classes exploitées et opprimées, mais aussi les nations et « les minorités » opprimées.


En effet, notre Parti est le Parti révolutionnaire de la classe ouvrière, et nous pensons conformément aux expériences historiques internationales que la classe ouvrière est la classe la plus révolutionnaire, mais elle n'est pas la seule classe exploitée. Par ailleurs, dans de nombreux pays comme le notre, il y a également des problèmes d’oppression nationale d’une nation sur une autre et ce problème touche plusieurs classes et couches sociales.


C’est ainsi que les caractéristiques qui définissent un front et les formes qu’ils peuvent prendre doivent être formulées en lien avec les besoins de la lutte, c'est-à-dire sa raison d'être. Le front est une nécessité de la lutte des classes dont les contours peuvent être variés selon les pays et/ou selon les époques. Il ne peut en aucun cas être formulé indépendamment des besoins de la lutte. C’est par celle-ci et surtout pour celle-ci qu’il existe.


Cependant, nous pensons qu’il n’est pas approprié de confondre les différentes alliances et un front. Pour nous, pour qu'une formation ou une alliance puisse être considérée comme un véritable front, il faut qu'elle puisse au moins englober ou regrouper les secteurs les plus combatifs des classes et des nations exploitées et opprimées. Ce n’est seulement de cette façon qu'elle peut être réellement leurs représentants et leurs organisations. Le front est donc une organisation qui est en capacité de par sa composition d'englober au minimum les secteurs en lutte des classes et des nations exploitées et opprimées.


Il ne faut donc pas confondre les fronts avec les alliances partielles et passagères des partis qui ne sont pas encore en mesure d'englober et de regrouper les secteurs en lutte des classes opprimées et exploitées. Si ces alliances ne possèdent pas au moins les caractéristiques minimums d'un front, quelles que soient d’ailleurs leurs appellations, elles ne seront réellement jamais un front et ne pourront jamais réaliser les objectifs d'un Front.


Nous n’avons jamais épargné notre effort pour constituer un véritable front en Turquie. Il y a différentes expériences, mais je m’attarderai ici que sur notre dernière expérience : le « bloc « Travail, Démocratie et Liberté » qui s’est créer en 2010/2011.


3) L’importance du bloc « Travail, Démocratie et Liberté » de 2011


A partir de 2009/2010 un nouveau contexte a pu s’émerger en Turquie. Il est possible de décrire ce contexte autour de 4 points principaux :


1) Après la crise économique du capitalisme mondiale, les différentes gouvernements voulaient la faire payer aux peuples et aux travailleurs. Mais il y avait des résistances partout, et de nombreux gouvernement s’effondrait et était remplacé par des gouvernements technocrates. Ce qui accentué la crise politique dans de nombreux pays.


2) Ces années sont également marquées par l’effondrement la politique extérieure. En effet, d’une politique « de zéro problème avec les pays frontalier », AKP avait abouti à une situation où la Turquie ne pouvait plus s’entendre avec aucun de ses pays frontaliers. Cette question de la politique extérieure de AKP était très importante non seulement pour montrer le véritable visage réactionnaire du gouvernement, mais aussi parce qu’elle avait des répercussions importantes dans la politique intérieure directe, notamment par les révoltes qui avaient secoué tout le Maghreb et qui avaient atteint la frontière turque par la Syrie, notamment par la révolte des Kurdes syriens au nord de leur pays.


3) Ces années sont donc marquées par les premières difficultés sérieuses de AKP. En effet, en lien avec le rôle qu’il voulait jouer au Proche-Orient et au Moyen-Orient, ce gouvernement fut contraint, face aux résistances du peuple kurde. C’est ainsi qu’il fut contraint d’entamer des pourparlers avec le Mouvement de l’autonomie kurde. Mais très vite, son véritable visage et ses véritables ambitions réactionnaires ont apparu à la lumière du jour. En effet, il était désormais évident que le gouvernement mettait en avant « une solution » au problème kurde sans prendre en compte les représentants politiques des Kurdes. Bien au contraire, le gouvernement avait décidé d’intensifier la répression des forces politiques des Kurdes, mais que ces derniers avaient montré par ces manifestations très massives qu’il était impossible de résoudre « le problème kurde » contre les Kurdes eux-mêmes. La question kurde était donc au centre de la lutte pour la démocratisation de la Turquie.


4) Et enfin, c’est à partir de ces années que le gouvernement a perdu une partie non négligeable de son soutien dans la population. Il avait d’abord organisé de nombreuses « assises » autour des problèmes les plus importants et historiques du pays. Conforté par une croissance économique importante, le AKP avait pu obtenir soit le soutien, soit l’attente d’une partie non négligeable de la population. Mais à partir de ces années, les Alévis (une croyance issue de la communauté musulmane qui a toujours été réprimée en Turquie) ont cessé d’accorder « le bénéfice de doute » au gouvernement et de nombreux intellectuels et journalistes libéraux qui le soutenaient ont commencé à s’en éloigner en prenant une position contre.


C’est dans ce « nouveau » contexte que le bloc « Travail, Démocratie et Liberté » a pu réunir :


a) ceux qui craignaient que AKP créait un régime « uni parti »,


b) les milieux intellectuels qui espéraient pendant un certain temps que AKP puisse résoudre les problèmes accumulés du pays depuis plusieurs décennies,


c) mais aussi les principales forces progressistes du pays (hélas pas toutes, c’est pour cela qu’il peut encore s’élargir davantage et englober encore des forces pour créer véritablement un front)


Il a pu apparaitre comme une véritable alternative pour de très larges couches de la population. C’est ainsi que lors des élections législatives de 12 juin 2011, il a pu faire élire 36 députés et être le véritable gagnant des élections. Il apparaissait comme la véritable force organisée de l’opposition au gouvernement.


Après les élections, ce bloc s’est orienté vers la fondation d’une force plus organisée et encore plus large en créant un Congrès (le HDK - Le Congrès démocratique des peuples). Notre parti a joué également un rôle dans la fondation de celui-ci. Dans ce congrès, le mouvement de libération nationale kurde représente la force principale, mais une partie importante des forces progressistes et démocratiques du pays ont également pris leurs parts. Mais hélas tous n’ont pas encore accepté d’y participer. Depuis deux ans, le HDK a mené un travail important et est suivi attentivement par les syndicalistes et de nombreuses organisations de travail qui n’ont pas encore participé. Mais il apparait comme le véritable centre d’opposition au gouvernement AKP.


Comme dans tous les blocs ou fronts, il y a également des débats et des discussions, parfois houleuses, à l’intérieur de HDK. En effet, il est naturel que chacun des participants puisse attribuer une responsabilité différente à ce front et puisse analyser sa place et celles des autres de façon différente. Cela ne signifie pour nous qu’il faut mener encore davantage les discussions et essayer constamment de trouver les points de convergences et sans pour autant renier les points de divergences. En effet, pour nous, l’existence de ce front est une nécessité qui répond à un besoin particulier du moment et du contexte. Aussi, ce que nous, nous avons constamment mis en avant à l’intérieur de ce front, c’est qu’à chacun de nos pas, à chacune de nos avancées, nous devons revoir notre analyse collective et tirer les leçons de notre pratique pour faire avancer la lutte sociale et politique pour créer une Turquie démocratique et anti-impérialiste.


4) Les difficultés actuelles du HDK


En mars dernier, il y a eu des élections municipales en Turquie. Le Code électoral turc interdit la participation aux élections sous forme d’alliances. Il a donc fallu créer un parti politique qui groupe l’ensemble de la plateforme politique de HDK. C’est ainsi que nous avons collectivement crée HDP (le Parti démocratique des peuples).


a) Mais les premières divergences ont commencé à apparaitre lors des discussions préalables pour les candidats. Une des principales forces de HDK, c'est-à-dire le BDP (Le Parti de la paix et de la démocratie), le mouvement kurde, a décidé de participer à l’Est du pays (au Kurdistan) avec son propre parti, et à l’ouest avec la HDP. Une première décision qui a affaibli le travail du HDK.


b) Ensuite, les désignations des candidats ont également affaibli le HDP, car à part quelques rares exceptions près, l’ensemble des candidats ont été ceux des organisations membres de l’alliance. Or, nous pensions d’une part que la formidable révolte populaire de juin 2013 avait mis en avant certaines figures capables d’élargir les influences de HDP, mais qu’il fallait adopter des manières de désignations des candidats de façon à ce que ces derniers soient ceux des plus larges couches populaires, et non ceux simplement de HDP. Mais nous pensons que ces difficultés peuvent être surmontées.


c) Mais de nouvelles difficultés sont venues rajoutées à celles qui existaient auparavant. En effet, après les élections, le BDP a décidé de se dissoudre pour participer entièrement et complètement au HDP. Cela pose un sérieux problème politique. D’abord, étant la principale force de HDP, la participation de l’ensemble des militants de BDP va transformer cette dernière en un Parti de masse de BDP. Autrement dit, il ne sera pas un parti d’alliance comme initialement envisagé qu’il faudra élargir encore davantage avec les forces qui peuvent encore prendre leurs places pour une Turquie démocratique et anti-impérialiste, mais un parti de masse qui a un programme politique et des adhérents. Or, le problème c’est que chacun des partis politiques, mais aussi les autres organisations qui y participent ont déjà leurs programmes politiques, luttent pour une même cause (la Turquie démocratique et anti-impérialiste), mais veulent aller encore plus loin. Nous voulons par exemple effectivement résoudre le problème kurde de façon démocratique et pacifique, car elle constitue l’enjeu principal de la démocratisation de la Turquie, mais au-delà nous voulons à terme prendre le pouvoir et instaurer un régime sans classe. Ce constat est également valable pour les autres partis politiques. Autrement dit, il est inévitable que cette décision de BDP restreigne davantage le HDP, voire l’affaibli. Nous pensons qu’un front doit être large, souple et ne doit pas avoir les mêmes contraintes qu’un parti politique.


Conférence publique des partis et organisations révolutionnaires à Casa le 14 juin 2014


Thème : Expériences de fronts de luttes contre le capitalisme, l’impérialisme, les dictatures.


Intervention du Parti Communiste Révolutionnaire de Cote d'Ivoire Achy Ekissi / (PCRCI)


Communication du Parti Communiste Révolutionnaire de Côte d’Ivoire (PCRCI)


Nous re
mercions le Parti La Voie Démocratique de nous avoir associés à cette conférence publique. Nos salutations vont à l’ensemble des partis et organisations communistes marxistes léninistes, des partis, mouvements et fronts antiimpérialistes et anticapitalistes ici présents. De telles rencontres sont à souhaiter pour renforcer nos liens, se nourrir des expériences mutuelles. Dans cette dynamique, il est possible de pouvoir construire un front de luttes contre le capitalisme et l’impérialisme les ennemis de nos peuples.


Dans biens des pays comme en Tunisie, au Benin, en Grèce, en Turquie, en France, en Espagne, etc. des fronts de luttes contre l’impérialisme et les dictatures se sont constitués. La question du front a toujours été une préoccupation du mouvement communiste international. Le prolétariat et son parti dans chaque pays ont la lourde tâche d’organiser ces fronts en tenant compte de la réalité concrète du pays.


En Côte d’Ivoire, il n’y a pas encore de front organisé comme en Tunisie, au Bénin, etc. Cette situation est un handicap sérieux pour la progression de la lutte pour la conquête du pouvoir politique pour le prolétariat et ses alliés.


Quelques rappels permettront de bien apprécier la situation actuelle et les tactiques du parti communiste pour conduire les luttes de classe.


La Cote d’Ivoire est une néo-colonie française. Les pouvoirs successifs depuis l’indépendance formelle de 1960 sont tous des pouvoirs grands serviteurs des intérêts impérialistes en particulier des intérêts français.


En 1990, elle a connu la première crise socio-politique qui bouleversa l’autocratie houphouétiste. Le peuple dans ses différentes composantes, ouvriers, paysans, commerçants, transporteurs, jeunesse estudiantine et scolaire, s’est révolté contre le pouvoirau cri de « Houphouët voleur, Houphouët dehors». En l’absence d’un parti communiste révolutionnaire, cette lutte fut dirigée principalement par la petite bourgeoisie réformiste qui se contenta de l’instauration du multipartisme et de la liberté d’organisation. Ce mouvement d’essence démocratique petit bourgeois permit néanmoins pour la première fois au peuple d’user des droits de manifester dans les rues, de crier sa colère contre l’exploitation, la misère, la domination impérialiste.


Cette dynamique s’est maintenue jusqu’en 2010 avec des pics en 1992 (manifestations générales, grèves générales), 1995 (boycott actif des élections), 1999 (manifestations générales récupérées par des putschistes qui ont mis fin au pouvoir du PDCI RDA) ,2002 (récupération du mécontentement général par une rébellion armée pro-impérialiste), 2004 (protestations sauvagement réprimées par le pouvoir Gbagbo), 2010-2011 (crise post électorales). Tous ces pics ont correspondu soient à des mouvements de luttes contre les pouvoirs en place mais récupérés par les partis bourgeois du fait de la faiblesse du parti communiste, soient à des affrontements entre les fractions bourgeoises entrainant des massacres au sein de la population.La crise post-électorale 2010-2011 est l’exemple même des combats entre les fractions bourgeoises (partisans de Gbagbo contre partisans d’Alassane Ouattara) qui ont entrainé plus de 3000 morts. Les vainqueurs, le camp Ouattara, installé par l’impérialisme français, exerce sur les opposants bourgeois déchus comme sur les révolutionnaires une dictature féroce.


Les tactiques du PCRCI de 1991 à aujourd’hui (le parti est créé en novembre 1990) ont consisté essentiellement à renforcer les fronts de lutte des masses populaires pour faire face au despotisme, à l’exploitation capitaliste, à la domination impérialiste.


Notre programme minimum indique que l’étape immédiate de la lutte des peuples de Côte d’Ivoire est la libération du joug de l’impérialisme et des bourgeois qui les soutiennent. Ce programme minimum reflète les exigences fondamentales des masses populaires au moment actuel et qui peuvent être résumées comme suit :


- Rejet de la domination impérialiste


- Rejet des pouvoirs autocratiques


- Rejet de la mauvaise gestion des biens publics


- Rejet de la corruption et des crimes politiques


- Rejet de l’exploitation capitaliste


Les partis réformistes représentant les intérêts de la petite bourgeoisie intellectuelle sont essentiellement des partis pro-impérialistes. Ils dénoncent de temps en temps les agissements de l’impérialisme, mais n’envisagent pas le devenir de la Côte d’Ivoire en dehors du système impérialiste international. Ils sont foncièrement anticommunistes. Quand ils sont dans l’opposition ils soutiennent les luttes sociales ; mais une fois au pouvoir ils deviennent les bourreaux des travailleurs en lutte et des révolutionnaires.


La bourgeoisie ivoirienne, sous-traitant des grands monopoles impérialistes, n’a pas encore donné les preuves de son opposition d’intérêts avec les impérialistes. Elle souffre en silence des brimades des multinationales et de la mauvaise gestion des pouvoirs néocoloniaux.


Aussi, pour l’instant, le Parti Communiste s’appuie-t-il sur les classes fondamentalespour organiser les luttes contre la domination impérialiste, le despotisme et l’exploitation capitaliste.


Néanmoins, le parti recherche constamment une base d’alliance de lutte avec les organisations et partis politiques de la petite bourgeoisie, alliance qui pourrait évoluer vers un front organisé sur la base des exigences des masses populaires ci-dessus énumérées.


Après la crise post-électorale, il y a un recul notable des luttes des masses populaires. Les luttes ont baissé aussi bien dans les entreprises, la fonction publique qu’au sein de la jeunesse scolaire. Cette situation s’explique par le traumatisme causé par les massacres perpétrés, mais aussi par une politique du pouvoir Ouattara de remise en cause systématique des acquis démocratiques et des libertés. Le Parti a proposé une plate-forme de lutte en vue de regrouper les organisations et les formations politiques qui veulent s’engagerdans le combat contre ce pouvoir. Cette tactique a permis le regroupement des organisations d’étudiants en lutte, autour du parti, des centrales syndicales objets d’ostracisme de la part du pouvoir autour de la Centrale Syndicale proche du parti. Des partis politiques sont entrés en contact avec le PCRCI pour la formation d’un front de gauche. Nous travaillons avec acharnement pour faire avancer cette dynamique de front. Au cours des élections prochaines de 2015 le parti entend développer cette tactique encore plus en avant.


En conclusion, nous pouvons dire qu’à chaque tournant de la vie politique de la Côte d’Ivoire, le PCRCI analyse les contradictions majeures de la société, les exigences des masses populaires, les dispositions et les rapports des forces politiques pour en déduire la tactique de rassemblement des forces en lutte contre le pouvoir pro-impérialiste.


Pour l’instant nous n’avons pas encore un front organisé ; mais conscient que cette tactique est nécessaire, le PCRCI y travaille inlassablement sans sacrifier les exigences des masses populaires.


Achy Ekissi


Secrétaire Général

Tag(s) : #afrique, #moyen orient

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